Semis sous couvert Des légumineuses pour réduire la fertilisation azotée du maïs

Terre-net Média

Le groupe coopératif Maïsadour teste depuis 2012 le semis de maïs dans un couvert de trèfle blanc. Cette technique diminue la dépendance en azote de la culture de 80 u en gardant un rendement assez stable. Des agriculteurs semblent déjà intéressés.

Passage de strip-till en avril 2013En avril, deux passages de strip-till sont nécessaires pour bien écarter le trèfle de la ligne de semis. (©Maïsadour)

Si implanter des légumineuses dans un maïs au stade 6-7 feuilles commence à se développer, semer le maïs dans le couvert est moins banal. Dans les Landes, les terres sableuses et souvent carencées en potasse sont bien adaptées à une couverture permanente. Depuis 2012, le groupe coopératif Maïsadour expérimente la technique chez quelques agriculteurs adhérents qui, pour certains, envisagent déjà de continuer.

« L’auto-fertilité de nos parcelles sableuses est faible car elles sont riches en matière organique issue de l’historique forestier, avec un potentiel de minéralisation peu élevé. La région est aussi sujette aux vents de sable », explique Sylvain Pons, conseiller agronomique chez Maïsadour. La couverture permanente du sol amène de l’azote minéral à la culture, limite l’érosion éolienne et concurrence les adventices. En outre, le travail au strip-till permet de conserver l’activité biologique. « Les semences coûtent en moyenne 60 €/ha. L’idée est de lisser cet investissement sur les deux à cinq ans de vie du couvert. La limite du système : la compétition avec le maïs, qui apporte beaucoup d’ombre. »

Bien écarter le trèfle sur la ligne de semis

Pour le couvert, la coopérative a choisi un trèfle blanc nain : la variété rasante Aberace de Jouffray Drillaud, qui dépasse rarement 10 cm. Elle s’adapte à la concurrence d’autres espèces et supporte les sols sableux et acides. À l’idéal, le trèfle doit être semé en automne, au plus tard le 15 octobre, pour bien s’implanter avant l’hiver et être assez couvrant lors des semis de maïs. Dans les Landes, le gel hivernal, souvent peu intense, ne met pas en danger le couvert. Principal point de vigilance : l’implantation du maïs. Pour que le trèfle ne se referme pas sur la ligne de semis, Maïsadour a emblavé ses parcelles d’essai après deux passages de strip-till. Ce travail permet d’obtenir une structure meuble sur 30 cm tout en écartant le trèfle.

Après avoir localisé un engrais riche en azote, Maïsadour a utilisé la technique de l’herbisemis (application d’un désherbant en même temps que le semis). « Pour plus de sécurité, il faut appliquer un herbicide non sélectif du trèfle sur une largeur supérieure au strip-till. » Et traiter ensuite avec un produit sélectif pour désherber le maïs en plein.

Pas de broyage des résidus après récolte

Autre point sensible : les résidus de culture de maïs, broyés à la récolte et laissés au champ, peuvent étouffer le couvert. Pour éviter ce problème, Sylvain Pons suggère « de récolter avec un cueilleur classique sans broyeur, de laisser les cannes en place et de revenir les broyer en janvier-février, lorsque le trèfle a repris de la vigueur ». Bien que ce procédé risque de favoriser le développement des parasites présents dans les cannes, comme la sésamie.

Dans ses essais, Maïsadour a comparé le rendement du maïs avec labour, en strip-till simple et sous couvert de trèfle. « Grâce à la couverture du sol, nous avons réduit l’apport d’azote de 80 u sans trop d’impact sur le rendement, inférieur de 4 % seulement à celui en strip-till simple. L’écart est un peu plus important entre le couvert et le système labouré, qui reste le plus sécurisant en termes de performances. » Maïsadour compte poursuivre ses expérimentations avec des mélanges de légumineuses, incluant plusieurs trèfles – nain, intermédiaire, géant - ou du lotier.

Un maïs avec couvert de trèfleLe couvert de trèfle concurrence les adventices, apporte de l'azote minéral au maïs, limite l'érosion et stimule l'activité biologique du sol (©Maïsadour)

Alain Labat, Landes
« Une rotation maïs/soja sous couvert »

« Je me suis décidé quand j’ai vu un profil cultural en technique simplifiée, avec des racines qui descendent profondément par rapport au système labouré. Le strip-till est un bon compromis entre labour et TCS. Je me suis donc équipé de l’outil », raconte Alain Labat, maïsiculteur dans les Landes. Son exploitation compte 75 ha de cultures, dont 60 ha de maïs et 15 ha de soja. Lorsque Maïsadour lance ses essais de maïs sous couvert de trèfle, l’agriculteur met quelques ares à la disposition de la coopérative. « La zone d’expérimentation était tassée sous le labour. En trois ans, les vers de terre ont quasiment décompacté la parcelle. Revers de la médaille, ils attirent les sangliers, qui retournent le trèfle sans toutefois toucher au maïs », raconte l’agriculteur. En 2015, il emblave, en plus des essais, 5 ha de maïs et quelques ares de soja sous couvert. S’il a eu plus de mal à semer le trèfle de manière homogène sur 5 ha, l’agriculteur a constaté avec surprise que sa parcelle était bien verte, alors que ses cultures ont une forte tendance à la jaunisse au stade 5-6 feuilles. « J’avais tout essayé ! », insiste-t-il.

Des herbicides compatibles avec le trèfle

Alain se montre par ailleurs confiant vis-à-vis de la technique du soja sous couvert et envisage à l’avenir une rotation maïs/soja. « En soja, les désherbants respectent mieux le couvert qu’en maïs où ils restent toxiques pour le trèfle, même s’ils sont dits sélectifs. Sur le maïs en revanche, il est possible de traiter en fonction des stades du trèfle. » Si le soja est moins compétitif pour la lumière que le maïs, il a par contre, cette année, consommé de l’eau au détriment du couvert. « Tout est histoire de compromis entre la croissance du trèfle et la performance de la culture », conclut Alain Labat.


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