; Résultats d'essais Terres Inovia sur l'application d'un 2e fongicide colza

L'actu de Terres Inovia Deuxième fongicide à mi-floraison : cette pratique est-elle justifiée ?

Terre-net Média

La protection fongicide au stade G1 a eu lieu pour la majeure partie des cas et les colzas présentent un bon état végétatif. Y a-t-il lieu d’envisager un relai fongicide 10-12 jours après le stade G1 en Normandie et dans l'Ile-de-France ? Jean Lieven de Terres Inovia fait le point sur la question et présente des résultats d'essais réalisés dans l'Hexagone.

ColzaDans les essais Terres Inovia, les analyses statistiques sur la variable « rendement aux normes » ne permettent quasiment jamais de montrer un écart de rendement significatif entre les deux modalités étudiées : T1 versus T1 puis T2 sur colza.(©Terre-net Média)

Avec le prix des graines élevé et le potentiel prometteur à ce jour, des agriculteurs peuvent, dans certains cas, être tentés d’envisager un 2e fongicide pour maximiser la protection des tiges, feuilles et siliques du colza. Cette pratique trouve traditionnellement plus d’adeptes dans les situations à haut potentiel.

En plus de maximiser la protection vis-à-vis du sclérotinia, ce sont aussi les maladies secondaires telles que alternaria ou cylindrosporiose qui sont alors visées. Cette pratique est-elle bien justifiée ?

Fongicide au stade G1 puis complément à J+10-12 : que montrent les références ?

En compilant 53 essais conduits dans différentes régions de France depuis 2011, il apparaît que le gain moyen « brut » en rendement procuré par le deuxième fongicide s’élève à 0,7 q/ha (- 3,7 à + 5,0 q/ha). Les 15 essais en Normandie et Ile-de-France portent cette valeur moyenne à 1,7 q/ha (tableau ci-dessous). En prenant une hypothèse de prix 2022 du colza à 70 €/q et en intégrant les coûts inhérents au passage pulvé (hypothèse 10 €/ha) et au surcoût du fongicide T2 (hypothèse 22 €/ha), les calculs rabaissent le gain moyen « net » permis par le deuxième fongicide à hauteur de 0,2 q/ha (- 4,2 à + 4,3 q/ha). Les 15 essais en Normandie et Ile-de-France portent cette valeur moyenne à 1,2 q/ha (- 1,6 à + 4,5 q/ha).

Dans les essais de Normandie et Ile-de-France, l’année 2016 (fin de cycle très humide propice aux maladies) se démarque fortement par des gains nets du T2 proche de 2,7 q/ha en moyenne. Les autres années, confondues, ne montrent un gain net moyen que de 0,3 q/ha. Les gains les plus élevés sont généralement observés lorsque la comparaison s’appuie sur une base T1 de type Propulse 0,5. C’est en tendance plus faible lorsque la base T1 est plus dosée, par exemple Propulse 0,8.

Résultats d’essais comparant l’intérêt d’un deuxième traitement fongicide (ex : Sunorg Pro 0.4, Amistar 0.5, etc.) après le traitement effectué à G1 (ex : Propulse 0.8, Pictor 0.25 + Sunorg Pro 0.4...) Même base T1 pour chaque comparaison.

 Nb essais de 2011 à 2019Rdt moyen Témoin Non TraitéRdt moyen Fongi G1 (T1)Rdt moyen Fongi G1 + 12 j (T1 + T2)Gain brut moyen permis par le T2 q/haGain net moyen permis par le T2 q/ha
Normandie & IDF*1541,044,846,51,71,2
Autres régions**3837,941,241,50,3- 0,2
Ensemble5338,842,242,90,70,2

Légende : * = 8 essais Terres Inovia et 7 essais Chambres d’agriculture Normandie et Ile-de-France ; ** = 38 essais Terres Inovia

Dans les essais, les analyses statistiques sur la variable « rendement aux normes » ne permettent quasiment jamais de montrer un écart de rendement significatif entre les deux modalités étudiées (T1 versus T1 puis T2).

En termes de fréquence :

  • 26 essais sur 53 (49 %) ne montrent aucun gain net par rapport à l’application unique au stade G1 ;
  • 36 essais sur 53 (68 %) montrent un gain net inférieur à 1 q/ha ;
  • 9 essais sur 53 (17 %) montrent un gain net compris entre 1 et 2 q/ha ;
  • 8 essais sur 53 (15 %) montrent un gain net supérieur ou égal à 2 q/ha. En excluant 2016, seuls 4 essais sur 43 deviennent concernés (9 %).

Traitement à mi-floraison : quel effet du passage de tracteur et pulvérisateur ?

L’écrasement direct par les roues cause évidemment le plus de dégâts. Des pertes sont aussi imputables à l’endommagement de la culture entre les roues, sous le tracteur : décalage de maturité, siliques non battues, humidité de la graine, impuretés… Certains agriculteurs récoltent les trains de pulvé dans un second temps, cela dépend beaucoup des aspects organisationnels des exploitants.

Plus la distance entre deux trains de pulvé est faible, plus les dégâts sont élevés. Plus le colza a atteint une taille haute, plus les dégâts sont élevés. Cette année, les colzas sont hauts, contrairement aux années précédentes. La figure ci-dessous présente des résultats de calculs théoriques de pertes de q/ha faisant varier les paramètres « potentiel de rendement », « largeur pulvé » et « perte estimée dans le train de pulvé ».

Simulation pertes de rendement colzaSimulation des pertes de rendement q/ha (casse, écrasement colza) causés par un 2e passage fongicide stade G1 + 10-12 jours. Hypothèse retenue pour la largeur entre roues = 2 m. (©Terres Inovia)

Certes, la météo actuelle est pour l’instant a priori propice aux maladies et la durée de floraison pourrait être assez longue mais la taille des colzas cette année incite à ne pas sous-estimer les conséquences d’un éventuel deuxième passage de tracteur en floraison du 15 au 25 avril.

À la vue de ces données, il paraît important de prendre en compte les pertes de rendement liées au passage de pulvé avant d’envisager un deuxième traitement à mi ou fin floraison.

Les gains de rendement procurés par le 2e fongicide sont difficiles à prédire car ils dépendent fortement de la météo qui va plus ou moins favoriser le complexe de maladies de fin de cycle. À l’exception des années à printemps humide, les gains nets restent toutefois en tendance assez limités en Normandie et Ile-de-France même s’ils sont supérieurs aux autres régions. Ils dépendent aussi du choix du produit et de la dose appliquée au stade G1.


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