Du sans labour au sans phyto Profiter des capacités naturelles des cultures, quitte à ne jamais intervenir

Mathilde Carpentier Terre-net Média

Stéphane Billotte construit son système en cherchant d’abord à copier les fonctionnements naturels et à ramener les équilibres. Adepte du semis direct sous couvert, il se réserve des marges de manœuvre. Au final, il profite d'un système résistant autant d'un point de vue écologique qu'économique.

Stéphane BillotteStéphane Billotte voit tout de suite l’intérêt de la démarche dans ses terres peu profondes. « A défaut de prendre soin de son sol, du fait de l’érosion, la terre s’en va, les ronds de cailloux s’agrandissent. » (©Terre-net Média)

Stéphane Billotte, à cheval sur l’Yonne et la Côte-d’Or, cultive « des terres de qualités très hétérogènes ». Le rendement en blé peut atteindre 40 comme 100 q/ha dans une même parcelle. L’assolement historique se réduisait à colza, blé et orge d’hiver. Concernant le travail du sol, 20 % de la Sau restaient en non labour strict car les terres sont trop superficielles, et le reste était labouré une fois tous les quatre ans. Au départ, l’agriculteur se concentre sur la matière organique et le fonctionnement du sol. Les pratiques ont suivi l’avancée de la réflexion. Le non labour total date de 1997. La rotation s’allonge à partir de 2002 avec l’orge de printemps. « Je voulais corriger des problèmes récurrents d’adventices, et ce malgré l’intensification du déchaumage avec effet faux semis. Je pensais qu’à force, l’infestation diminuerait. »

« Cet échec a participé à ma quête d’alternatives, jusqu’à chercher à copier les écosystèmes naturels. » Le premier semis direct vient au printemps 2003. Celui sous couvert arrive l’année suivante, « sur 10 % de la Sau pour commencer ». Guidage, bas volume, couverts biomax, diversification de l’assolement,… Stéphane Billotte poursuit la transformation de son système. Le semis direct sous couvert (Sdsc) intégral est atteint en 2009. Colza associé, fertilisation localisée, mélanges variétaux,… Les techniques s’adaptent autour de l’objectif de préservation des équilibres naturels, du sol à la plante, en passant par la microfaune, les auxiliaires mais aussi les ravageurs.

Limiter le glyphosate

L’agriculteur produit la semence de chaque espèce de son assolement et mélange les variétés au semis. « Sauf en orge brassicole et en production de semences bien sûr. » Quant aux itinéraires, le colza, par exemple, est implanté en direct avant le 15 août. « A défaut de pouvoir respecter cette échéance, il faut anticiper avec un léger travail du sol sur 3-4 cm. » Stéphane Billotte se réserve des marges de manœuvre. « Il ne s’agit pas d’être dogmatique. Les conditions françaises diffèrent du Canada ou du Brésil. Je refuse de faire exploser mes charges de désherbage et de fertilisation pour faire du semis direct à tout prix. » Derrière féveroles et pois, un travail du sol, léger également, se substitue à l’action du désherbant et favorise les repousses « pour un beau couvert à moindre coût ». Si le semoir ne passe pas dans le couvert, une éventualité dans le pois, un passage de déchaumeur le transforme en mulch. « Je souhaite aussi limiter le recours au glyphosate. »

Sol en agriculture de conservation
« Un des éléments fondateurs d'un sol vivant : le couvert permanent. » Stéphane Billotte produit ses semences et compose son mélange biomax : féverole, tournesol, pois, vesce, sarrasin. Le semis a lieu trois jours après le passage de la moissonneuse-batteuse. (©Terre-net Média)

Assolement : huit cultures qui passent partout

Son panel de cultures s’étend maintenant à la féverole associée à la vesce, au pois, lin oléagineux, à la production de semences de trèfle et luzerne et au sarrasin en dérobée. « Huit cultures principales qui doivent passer partout, même si des problématiques rencontrées dépendent souvent les successions. »

Adventices : rotation, couverture et herbicide à l'automne

La rotation est le premier levier de lutte contre les mauvaises herbes : introduction de cultures de printemps, du sarrasin qui dispose d’un fort effet allélopathique. « Trois années de luzerne ou deux années de trèfles, résolvent aussi bien des problèmes. Une infestation de ray-grass, vulpin et brome se corrige par quatre années sans céréales. » Par ailleurs, un couvert dense, en ne laissant pas passer la lumière, empêche l’émergence des adventices. « Ceci dit, je désherbe systématiquement blé et orge à l’automne avec un produit à base de diflufenican et d’isoproturon, renforcé si besoin. Le plus mauvais passage d’automne sera toujours plus efficace au final en termes de rendement que n’importe lequel au printemps, conséquence d’un moindre stress occasionné sur la culture. »

Maladies : miser sur les défenses naturelles

Stéphane Billotte protège par défaut ses cultures avec une macération de plantes faite maison qui a une action de stimulation des défenses naturelles. En 2014, il n’a opéré aucune intervention en orge et s’est contenté de deux passages sur un quart des blés contre septoriose et rouille (coût de la protection : 23 €/ha) et d’un contre sclérotinia du colza. Les semences ne sont pas traitées non plus. « Un sol équilibré favorise la vie de la microfaune et plus il y a de vie, moins les pathogènes peuvent prendre le dessus. Pour preuve, dans mes terres limons battants acides, favorables au piétin verse, il est fortement déconseillé de laisser les pailles à la récolte. Pourtant, alors que je suis en non labour, je ne vois pas de maladie, et n’ai pas du tout besoin d’intervenir. »

Insectes : robustesse et sucre

Zéro insecticide. « Par expérience, je sais que les insectes visent les plantes affaiblies, plutôt rares dans mon système, celles qui ont reçu un coup d’herbicide par exemple. » Cependant j’additionne à ma solution de plante du sucre (5 g/ha). Le tout pulvérisé le matin, au moment où le taux de sucre des feuilles est le plus bas. « Celles-ci l’absorbent mieux et leur teneur modifiée envoie un message trompeur aux ravageurs, qui perturbés s’en détourneront. »

Limaces : les ignorer pour limiter le problème

« Les limaces ont deux générations par an, les carabes, une tous les quatre ans. Si je mets de l’antilimace une fois, je devrais vivre avec le problème pendant quatre ans ! Il faut accepter d’avoir des dégâts, quitte à ressemer le temps de voir revenir les carabes. Je préfère voir un rond mangé par les limaces que d’épandre les granulés bleus. »

Fertilisation : légumineuses et non labour

« Le fonctionnement du complexe argilo humique fait qu’il est inutile d’apporter plus que sa capacité d’absorption. Il faut d’abord s’occuper du C/N. Pour cela, je vise la matière organique labile, la fraction qui se décompose facilement. Plusieurs possibilités s’offrent à moi pour faire travailler le carbone du sol : engrais verts, apports d’azote, travail du sol. » Stéphane Billotte apportant 165 u/ha en moyenne il y a 10 ans, aujourd’hui 110 suffisent grâce aux légumineuses, à une bonne minéralisation du sol qui relargue l’azote et à l’absence de pertes par le travail du sol profond.

Matériel : des dents plutôt que des disques

Le semoir, Condor d’Amazone, est à dents et non à disques. « Ce n’est pas le plus adapté aux semis dans les couverts, mais il l’est pour sécuriser la dépose de la graine dans des terres à cailloux. Et les dents créent un environnement plus favorable à la graine. » Stéphane Billotte a diminué ses charges de mécanisation et sa consommation de fioul, de 110 l/ha à 35-38 l/ha. « Je ne pourrai pas aller plus loin à cause de la distance entre mes parcelles. »

Parcelle de bléStéphane Billotte avoue n'avoir que peu de choix d’espèces à implanter dans ses terres de 15 cm de profondeur. « Et en objectif de rendement, je me fixe plutôt sur les moins mauvaises des mauvaises années, histoire de réduire les risques. » (©Terre-net Média)

Résultats : autant de produit, deux fois moins de charges

Les charges opérationnelles sont faibles, au niveau de la moitié de la moyenne du centre de gestion : 200 €/ha en moyenne, 230 €/ha sur la récolte 2014. Les produits sont au niveau de la moyenne donc les marges plus élevées. L’important c’est la marge globale de l’exploitation à considérer en bout de rotation (4-5 ans) et pas après chaque culture. « Par exemple, j’ai testé les lentilles l’année dernière dans une parcelle et j’ai pris une gamelle à la récolte. Mais le blé suivant est aujourd’hui le plus beau de l’exploitation. »

Résultats pluriannuels de Stéphane BillotteSur les récoltes 2008 à 2014, Stéphane Billotte supporte environ deux fois moins de charges pour autant de produits que la moyenne du Cer. (©Stéphane Billotte) 


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