Moisson dans le Limousin Le gel à l'origine de résultats inégaux en orge d'hiver

Yoann Frontout Terre-net Média

Les moissons d’orge d’hiver en 2016 avaient été, comme pour le blé, mauvaises voire très mauvaises, de façon générale dans tout l’Hexagone. Le Limousin n’échappait pas à cette tendance, bien que l’ouest de la France ait été moins touché que l’est. Les prévisions annonçaient des récoltes meilleures en 2017. Quelle est la réalité sur le terrain ?

Orge à maturité.Le Limousin compte 13 000 hectares d'orge d'hiver en 2017. (©Terre-net Média)

En Limousin, comme dans d’autres territoires où les surfaces cultivées sont moins importantes, le nombre d’agriculteurs réalisant quelques hectares ou dizaines d’hectares n’est pas à négliger. Pour eux comme pour la plupart des céréaliers français, 2016 n’était pas une bonne année. En orge d’hiver, les rendements étaient globalement mauvais. La météo n’avait en effet pas été très clémente, avec des mois de mai et juin particulièrement froids et pluvieux couplés à un manque d’ensoleillement. Conséquences : un mauvais remplissage des grains et certaines maladies favorisées, comme la rhynchosporiose.

Des moissons encore en avance

La maturité de l’orge était à nouveau précoce cette année, suite à un mois de juin chaud et sec accélérant la floraison. De nombreux agriculteurs ont ainsi pu moissonné tôt et échapper aux épisodes orageux de fin juin/début juillet. Selon Agreste, au 1er juillet, sur l’ensemble de la France métropolitaine, les rendements en orges d’hiver seraient meilleurs que l’année précédente avec presque 10 q/ha de plus, mais légèrement en dessous de la moyenne 2012-2016. Pour l’ex-région Limousin, la moyenne annoncée est de 52 q/ha, supérieure de 11 q/ha à celle de 2016. Un bref tour d’horizon des exploitations cultivant de l’orge permet de se rendre compte que les résultats sont cependant très hétérogènes.

Un mois d’avril difficile

La Chambre d’agriculture de Haute-Vienne le souligne : « Pour les récoltes d’orge en Limousin, on observe de grosses disparités d’une zone à l’autre ». Ce qui n’est pas une surprise tant le contexte pédoclimatique peut se révéler très changeant, même entre deux communes voisines. Deux épisodes météorologiques marquants ont impacté les cultures cette année : la sécheresse et les températures élevées dans la première quinzaine d’avril, suivies d’un épisode de gel à la fin du mois. Le coup de chaud a induit une perte de talles par manque d’eau, touchant toutefois plus le blé que l’orge qui avait atteint le stade de maturation. Le coup de froid, quant à lui, a plus ou moins gelé les épis dans leur gaine, avec un impact très variable selon les variétés et les situations géographiques des parcelles.

Carte des températures minimales atteintes entre le 15 avril et le 7 mai 2017. Carte des températures minimales atteintes entre le 15 avril et le 7 mai 2017. (©Arvalis - Institut du végétal et Météo-France)

Sur les chantiers de l’entreprise Barget, les rendements en orge s’étalent de 65 à 70 q/ha, quand les parcelles n’ont pas été impactées par le gel, à 40 voire 35 q/ha dans les zones les plus touchées. Deux agriculteurs travaillant pour la même coopérative agricole, Natéa, ont par exemple des résultats sensiblement différents. Le premier, sur 30 hectares, a obtenu 70 q/ha, contre 58 q/ha l'année dernière et le poids spécifique oscille entre 66 et 70 kg/hl. Si son orge a été touchée par le gel, l’impact a été limité car ce ne sont que les pointes des épis, là où les grains sont les plus petits, qui ont gelé.

Le second agriculteur, sur 20 hectares d’orge, a fait environ 55 q/ha avec un PS de 68 kg/hl. C’est 20 q/ha de moins que ce qu’il produit en moyenne. Il sème toujours son orge plus tôt que de coutume dans la région : mi-octobre au lieu de mi-novembre, afin que l’enracinement soit meilleur avant l’hiver et qu’ainsi, le gel et les intempéries de décembre ne détruisent pas les pieds. Un choix normalement bénéfique mais qui s’est révélé pénalisant cette année avec les gelées tardives (- 6°C à - 7°C mesurés sur ses parcelles).

Un gel sur épis plus ou moins présent

Un facteur clef, en dehors du relief, est pointé du doigt pour expliquer l’impact très variable des gelées : la proximité avec un environnement boisé ou non. Celui-ci semble offrir une protection aux cultures avoisinantes, limitant durant la nuit le refroidissement des températures et offrant aux céréales un "cocon thermique". Il est à noter également que les variétés d’orges ne répondent pas de la même façon au gel et que diversifier sa production permet de limiter les risques. Si les cultures sont touchées, pas de solutions miracles, si ce n’est éviter tout stress supplémentaire.

Des résultats  donc en moyenne plutôt bons mais avec des écarts importants. Par ailleurs, les deux épisodes climatiques ayant impacté l’orge d'hiver en fin de cycle ont touché de plein fouet l'orge de printemps durant le début de son développement. Quantité comme qualité risquent de ne pas être au rendez-vous.


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