L'actu de Terres Inovia Quels sont les impacts de la neige et du froid sur les protéagineux ?

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Suite aux récents épisodes de neige et de froid qui se sont abattus sur le grand nord de la France, nous vous proposons de faire le point sur les risques encourus par les cultures protéagineuses d’hiver.

Parcelle sous la neigeMalgré le retour de températures négatives, les protéagineux semblent être peu impactés du fait de leur stade peu avancé et grâce à une couche de neige qui par endroit protège les plantes du froid. (©Terre-net Média)

Les cultures protéagineuses d’hiver sont sélectionnées entre autres pour leur résistance au froid. Leur capacité à résister dépend de différents facteurs liés à l’espèce, la variété, la date de semis ainsi que les conditions hivernales.

Impact du gel sur les plantes

Le gel provoque la formation de cristaux de glace qui entraîne la destruction des cellules. Les dégâts peuvent s’observer sur uniquement une partie de la plante, ou aller jusqu’à la destruction de celle-ci.

L’importance des dégâts de gel dépend :

  • du stade de développement de la culture ;
  • de la profondeur de semis ;
  • des conditions d’arrivée du froid : une arrivée progressive permet à la plante de s’endurcir ;
  • du niveau des températures négatives ;
  • de la présence d’un manteau neigeux qui permet à la culture de supporter des températures plus basses ;
  • des conditions hydriques du sol (risque de dégâts accru si le sol est humide
    de la teneur en eau des plantes (dégâts plus importants sur des plantes gorgées d’eau).

Que faut-il observer dans vos parcelles ?

Pois d’hiver : stade et variété

La résistance du pois d’hiver est maximale entre les stades 2 feuilles et 4 feuilles, où les pois peuvent alors supporter des températures de l’ordre de - 15°C en l’absence de neige. Cette résistance diminue ensuite, en particulier lorsque l’initiation florale est atteinte. La plante peut alors résister à des températures proches de - 5°C si celles-ci sont ponctuelles.

Le choix de la variété va être également un facteur important à prendre en compte, les nouvelles variétés résistant mieux au froid. Retrouvez la synthèse variétale 2017 du pois d'hiver en cliquant ici.

Féverole d’hiver : profondeur de semis

Les seuils de résistance au froid en féverole sont moins bien connus que ceux du pois. La féverole d’hiver résiste à des températures de l’ordre de - 12 °C de la levée jusqu’aux alentours du stade 6-7 feuilles, qui correspond à l’initiation florale. Ce stade dépassé, la partie aérienne de la culture est sensible à des températures de l’ordre de - 5°C, mais le collet et l’appareil racinaire peuvent encore supporter des températures de l’ordre de - 12°C, si la graine a été enterrée assez profondément (au moins 7-8 cm).

Comme en pois, les nouvelles variétés semblent plus résistantes au froid, même si elles restent inférieures aux meilleures variétés de pois. Retrouvez la synthèse variétale 2017 de la féverole d'hiver en cliquant ici.

Lupin d’hiver : type de sol

Le lupin atteint l’initiation florale vers le stade 7-8 feuilles. Avant ce stade, le lupin peut résister à des températures de l’ordre de - 10°C. Au-delà de ce stade, la culture peut présenter des dégâts de gel à partir de températures minimales de l’ordre de - 5°C. Le lupin est très sensible à tout excès d’eau et résiste mieux au froid dans les sols très filtrants (sols sableux) que dans les sols argileux ou limoneux.

Résistance au froid des protéagineux d'hiverCe schéma présente les résistances au froid des principaux protéagineux d'hiver en fonction de leur stade de développement. (©Terres Inovia) Notion d’endurcissement

Les protéagineux d’hiver ont la capacité de s’endurcir, c’est-à-dire de s’acclimater au froid pour mieux y résister. Pour que l’endurcissement se fasse dans de bonnes conditions, les températures doivent descendre progressivement et non brutalement.
Les modèles développés par l’Inra ont permis de mettre en évidence que certaines variétés de pois d’hiver mettent plus ou moins de temps à s’endurcir, cette durée étant comprise entre 35 et 49 jours. Des tests en conditions contrôlées sont en cours pour déterminer la vitesse d’endurcissement des différentes variétés de pois d’hiver.

Que peut-on en conclure pour la campagne 2018 ?

Après des semis dans des conditions parfois mal ressuyées pour le pois, le froid s’est installé rapidement mais progressivement sur le nord-est durant décembre. Dès le début de l’année, les températures sont remontées faisant diminuer l’endurcissement des protéagineux avant de redescendre début février. Actuellement, les pois d’hiver sont au stade 5-6 feuilles dans le Grand Est. Dans le Grand Ouest, les pois d’hiver atteignent les stades 4-6 feuilles, les féveroles les stades 2-4 feuilles et les lupins portent une dizaine de feuilles. Malgré le retour de températures négatives, les protéagineux semblent être peu impactés de par leur stade peu avancé et grâce à une couche de neige qui, par endroit, protège les plantes du froid.

Cependant, les sols très humides peuvent entraîner une plus grande sensibilité des plantes, des dégâts mécaniques (risque de cisaillement par action mécanique du gel), ainsi que le déchaussement en sol argilo-calcaire. Il est conseillé de surveiller l’état de ces parcelles à risque. Les semis de la campagne 2018 ont dans leur majorité pu être réalisés aux bonnes dates (octobre pour les lupins, novembre pour pois et féveroles), et ont été suivis d’un hiver doux et (très) humide.

Évaluer les dégâts dans vos parcelles

Les dégâts liés au gel apparaîtront avec le retour de températures douces. Les dégâts de gel apparaissent tout d’abord sous forme de brûlures sur le bord des feuilles, brûlures qui progressent sous forme de nécroses du haut vers le bas de la plante. Ces nécroses sont de couleur beige/brun pour le pois et noires pour la féverole et le lupin. La destruction des tiges principales peut être sans conséquence chez le pois et la féverole si les ramifications prennent le relais.

Il est également important de vérifier l’état du collet et de la racine même si les parties aériennes semblent saines : si ces derniers sont bruns et mous, la plante va dépérir plus tardivement et ne repartira pas. En revanche, s’ils sont bien blancs et sains, il n’y aura pas de dégâts. Un diagnostic précoce peut être effectué en prélevant des plantes (les mettre dans un pot de terre) et en les ramenant progressivement à une température de 15 à 20°C : au bout de quelques jours, si les plantes reprennent leur vigueur et restent vertes, c’est qu’elles n’ont pas gelé.

Dégâts sur poisAsphyxie racinaire sur lupin
Exemple de brûlures sur pois (©Terres Inovia)Asphyxie racinaire sur lupin (©Terres Inovia)

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