C’est sans doute dans le Grand Ouest que la structuration d’une filière est le plus avancé. Le projet initié par les chambres d’agriculture il y a cinq ans visait à structurer une filière de légumineuses à graines pour l’alimentation humaine.
L'association Leggo dans le Grand Ouest compte plus de 50 partenaires
Peu à peu, on a empilé les briques, ainsi s’est constituée l’association Leggo. Le chantier a d’abord consisté à identifier quelles légumineuses il était possible de produire dans les différents terroirs du Grand Ouest selon les types de sol et le climat. Il s’agissait aussi de mettre en relation l’amont et l’aval. « Il ne faut pas que les producteurs qui se lancent se retrouvent à la récolte assis sur un tas de graine sans savoir à qui les vendre, explicite Julie Rio. Il faut aussi expliquer à l’aval que tel type de produit ne pourra être livré à telle date à cause des aléas climatiques, et que s’ils veulent de la graine toute l’année il faudra qu’ils s’adressent à des marchés d’importation ».
L’association a déployé huit « démonstrateurs », sortes de tests grandeur nature sur plusieurs territoires de Bretagne et Pays de la Loire pour explorer la capacité d’un territoire à produire et valoriser les légumineuses du champ à l’assiette. En Bretagne, cela a permis de mettre en avant certaines caractéristiques de graines de pois chiche ou lentilles locales. En vallée de la Sarthe, le démonstrateur a permis de mettre en lien les besoins des cuisiniers de la restauration collective et les contraintes des producteurs. « Ces démonstrateurs permettent de s’assurer que la graine est vraiment dans un schéma de filière, et on va au-delà de ce que le marché permet, parce que l’on est dans de l’innovation », précise Julie Rio.
Aujourd'hui, l’association Leggo compte plus de cinquante partenaires, sur une zone qui s’est beaucoup élargie en cinq ans, puisqu’elle s’étend désormais aussi sur les régions Centre – Val de Loire et Ile de France. L’ambition initiale était de multiplier par quatre les surfaces cultivées et d’atteindre les 20 000 hectares en quelques années. Leggo ne communique plus de chiffres, « c’est impossible à quantifier ».
Le soja représente la moitié des surfaces de légumineuses en Occitanie
En Occitanie, le projet de développement des légumineuses à graines, baptisée Fileg, aura dix ans l’an prochain. Il s’est structuré en association (avec 80 acteurs de l’amont à l’aval), s’inspirant de ce qui se fait dans le Grand Ouest. Fileg veut développer la production de toutes les légumineuses locales, qu’elles soient bio ou conventionnelles, à destination de l’alimentation humaine ou animale. L’ambition était immense : doubler la surface à horizon 2030. Un objectif bien loin d’être atteint, puisque de 100 000 hectares en 2020, on est passé à… 80 000 en 2024. Ici, le soja représente près de la moitié des surfaces de légumineuses. « Cette culture pivot en agriculture biologique a été fortement chahutée par deux ravageurs ces dernières années, des producteurs ont donc arrêté », rapporte Christophe Vogrincic, co-coordinateur de Fileg.
L’association travaille à tous les niveaux de la filière : accompagnement des producteurs, développement de farines à base de légumineuses, travail sur l’appertisation, accompagnement des cuisines centrales de restauration collective, observatoire économique, promotion des légumineuses auprès du grand public etc. « L’objectif c’est de développer les légumineuses dans tous les marchés possibles, c’est pour cela que l’on travaille aussi avec les industriels pour faire de l’innovation de produits, le but c’est de démocratiser les légumineuses et d’augmenter la taille du gâteau ». La consommation progresse d’année en année, tous les voyants sont verts, « le frein majeur se situe surtout au niveau de la production », soupire Christophe Vogrincic.
La Nouvelle-Aquitaine s'intéresse aussi à l'alimentation humaine
En Nouvelle-Aquitaine, pas d’association mais un réseau de partenaires aux ambitions un peu plus modestes qui porte le nom de « Protéi-NA ». L’objectif était au départ de développer l’indépendance protéique des élevages. « On a intégré l’herbe, les céréales et les oléagineux, tout ce qui peut être source de protéines et qui contribue à réduire l’importation de soja », explicite Laëtitia Séguinot, chargée de mission à la chambre d’agriculture de Nouvelle-Aquitaine. Au départ, l’écrasante majorité des projets concernaient l’alimentation animale. Puis le réseau s’est intéressé à l’alimentation humaine. Un nouveau programme de trois ans porte sur la structuration des filières légumineuses à graines pour l’alimentation humaine (lentilles, pois chiches, haricots).
Mais les sources de financement s’étant un peu taries, les projets sont beaucoup moins nombreux qu’il y a cinq ans. Le réseau se concentre aujourd'hui essentiellement sur des actions de communication. Il s’est toutefois fixé une feuille de route, à horizon 2030 : structurer des filières protéines végétales résilientes, transmettre les connaissances auprès des acteurs de terrain, ou encore diversifier la production de protéines végétales.
Dans les Hauts-de-France, faire parler le même langage à tous
Dans les Hauts-de-France, Filo-Leg, porté par la chambre d’agriculture, n’est pas structuré en association mais s’inspire de ce qui se fait dans le Grand Ouest en en Occitanie. Sa feuille de route : « Créer un espace d'échange et de coopération entre acteurs pour organiser la relocalisation de la production des légumineuses à graines à destination de l'alimentation humaine ». Filo-Leg se concentre surtout sur la lentille, la féverole et le pois. Les travaux portent sur les rotations, les sujets variétaux et les débouchés. Étudier par exemple comment une lentille peut s’inclure au mieux dans une rotation pour avoir la meilleure stabilité économique possible.
Une cartographie de l’ensemble des acteurs présents sur le territoire, de l’amont à l’aval, a été dressée, s’inspirant d’un chantier conduit en Occitanie par Fileg. De quoi permettre aux uns et aux autres de se connaître. « Dans les Hauts-de-France, il y a des secteurs où il y a dix ans il n’y avait pas une graine de légumes secs, c’est donc une nouveauté, argumente Françoise Labalette, responsable du pôle économie et filières à l’interprofession des protéines végétales (Terres Univia). Il faut que chacun ait une place singulière dans la chaîne de valeur et que l’on fasse travailler au moins trois maillons ensemble pour valoriser ces productions sur le territoire ». Les webinaires se multiplient pour mettre en lien les uns et les autres, et « faire parler le même langage à tout le monde »,
Un contrat de filière dans le Grand Est
La région Grand Est s’inspire elle aussi de l’expérience du Grand Ouest. « Il se passe beaucoup de choses dans le Grand Est actuellement », s’enthousiasme Arthur Le Berre, chargé de mission qualité filière légumineuses à Terres Univia. Le Conseil régional coordonne tous les acteurs, et cela aboutit à la signature d’un contrat de filière en juin dernier. Ce collectif, qui ne porte pas de nom, rassemble producteurs, collecteurs et transformateurs. Il est formé autour de cultures usuelles (pois, féverole, lentille) et plus anecdotiques comme le sainfoin. Il s’inspire de l’expérience du Grand Ouest en mettant en place des démonstrateurs pour tester des variétés et itinéraires innovants.
D’autres initiatives, moins importantes, existent à l’échelle de régions ou départements. Le projet Gran’Aura, en Auvergne-Rhône-Alpes, qui vient de se terminer, a permis de constituer une cartographie des potentiels.