Guerre en Ukraine et sanctions
Quels impacts sur les échanges et sur les marchés agricoles ?

Un champ de blé en Russie. Le pays est aujourd'hui le premier exportateur mondial. (©Pixabay)
Un champ de blé en Russie. Le pays est aujourd'hui le premier exportateur mondial. (©Pixabay)

 

Avant même que Vladimir Poutine n'ordonne, à l'aube du 24 février, des frappes militaires et l'invasion de son voisin ukrainien, l’Union européenne et les États-Unis avaient décidé le 22 février la mise en place de sanctions économiques. Ces dernières prennent déjà la forme d’une saisie des biens des oligarques russes proches de Vladimir Poutine. D'autres sanctions, comme une éventuelle exclusion du système international interbancaire Swift pour couper l'accès de la Russie au dollar, suivront sans nul doute.

L’Allemagne a de son côté stoppé le projet de gazoduc Nord Stream 2 destiné à acheminer le gaz russe vers l’Europe. Le pays est celui qui, au sein de l'Union européenne, a le plus de liens commerciaux avec la Russie, mais elle y envoie seulement 2 % de ses exportations.

Néanmoins, on se souvient qu’en 2014, les sanctions économiques mises en place contre la Russie après l’annexion de la Crimée ont provoqué en retour un embargo du pays contre les importations agricoles et alimentaire venues de l’Union européenne, des États-Unis, du Canada, de l’Australie et de la Norvège. Un embargo qui a permis au pays d’accélérer le redressement de son agriculture, alors que les productions de fruits, de viande et de produits laitiers européennes, et notamment françaises, avaient fortement souffert de cette situation. Cette fois encore, les sanctions que Moscou pourraient prendre en réaction déstabiliseraient les marchés et les flux d’échanges commerciaux, avec des conséquences pour les débouchés des producteurs. 

Craintes sur le blé et le maïs

Les sanctions économiques mises en place en réaction au conflit ouvert par Vladimir Poutine pourraient conduire ce dernier à mettre fin aux exportations de blé. Alors que le pays est aujourd'hui le premier exportateur mondial, cette réaction ferait augmenter les prix avec des conséquences sur la sécurité alimentaire des pays qui importent et qui seraient obligés de se tourner vers d’autres origines, plus chères. Les taxes à l’exportation mises en place l’année dernière ont eu un effet parfois similaire.

L’Ukraine représente de son côté 4 % de la production mondiale de blé, mais 12 % des exportations, notamment vers l’Egypte et l’Indonésie. Et comme le rappelle Sébastien Abis, directeur du Club Déméter et chercheur associé à l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), « 40 % de la production de blé se réalisent dans les Oblast de l'Est du pays avec 8 % pour les indépendantistes de Louhansk et du Donetsk (où se situe le port de Marioupol) où la Russie veut "maintenir la paix". »

« Le pays est en quatrième position sur les exportations de blé et de maïs et s’affirme en leader sur l’huile de tournesol avec plus de 50 % des parts de marché à l’échelle mondiale », rappelle de son côté le cabinet Agritel.

« Les craintes d’un conflit armé bloquant la logistique ukrainienne sont réelles. Si elles se concrétisent, le marché mondial se verrait couper d’une source importante de matières premières agricoles. À début février, l’Ukraine disposait encore de plus de 6,3 Mt de blé tendre à exporter, soit une quantité record pour cette période de l’année. Habituellement sur les mois de février et de mars le pays compte pour 8 à 10 % du marché mondial. Du côté du maïs, le constat est encore plus lourd car le pays compte habituellement pour 25 à 30 % du commerce des quatre grands exportateurs sur cette même période », précise également le cabinet.

Des impacts sur l'énergie en UE

Du côté de l'Union européenne, les conséquences au niveau agricole se sentiraient surtout sur la hausse des cours du blé. Cependant, sur les près de 160 milliards d'euros d'exportations russes en 2021, 60 % concernant les produits énergétiques (hydrocarbures et produits pétroliers raffinés). 

 L'UE a importé de Russie 35 % de ses besoins en gaz l'année dernière, et un conflit ouvert mettrait le marché du gaz sous tension. De même pour le pétrole, et pour les engrais, la Russie fournissant un quart des importations européennes. 

Des conséquences sur l'économie européenne ?

Le commissaire européen à l'économie, Paolo Gentiloni, a prévenu le 22 février que l'incertitude relative à la conjoncture économique européenne allait « fortement » augmenter en lien avec ce contexte de crise. La hausse des cours du pétrole et du gaz pourrait pénaliser le pouvoir d'achat des ménages européens et certains secteurs industriels, avec des impacts négatifs sur la croissance.

Du côté russe, si elles perturberont probablement les échanges commerciaux du pays, les sanctions ne seraient pas forcément dissuasives. L’Union européenne reste le premier débouché commercial de la Russie avec 40,6 % de ses exportations en 2020, mais son poids diminue depuis 2014 où elle représentait 52,1 % des exportations russes. A défaut de commercer avec l’Union Européenne et les États-Unis, la Russie peut d’ailleurs compter, et de plus en plus, sur la Chine pour exporter les matières premières, et pour les produits importés qu'elle ne pourrait plus faire venir de l'UE. L'année dernière, les exportations de produits chinois en Russie ont progressé de 22 %. 

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