Quelle stratégie de fertilisation azotée adopter dans ce contexte incertain ?

Pulvérisation engrais liquide sur un  champ de blé
Et vous ? Quelle est votre stratégie pour la fertilisation azotée des cultures de la campagne en cours ? N'hésitez pas à partager votre avis dans les commentaires en dessous de l'article. (©Stéphane Leitenberger/Adobe Stock)

« Dans ce contexte incertain, toutes les pistes sont envisagées par les agriculteurs », souligne David Boucher, responsable innovation et ferme pilote du groupe Carré, basé dans les Hauts-de-France. Pour Sébastien Guérinot, basé au sud de Provins en Seine-et-Marne, « les dés sont jetés, j’ai acheté les engrais solides au printemps et je ne compte pas changer de stratégie. Ce n’est pas évident ! Si on était sûr que les prix du blé restent comme ça, je ferais vraiment à l’économie, mais je ne veux pas non plus manquer un possible rebond », indique l’agriculteur.

Il a prévu de « réaliser, comme d’habitude, des reliquats azotés en sortie d’hiver (RSH) pour le plan prévisionnel de fumure et de lever le pied sur les parcelles qui ont peu de potentiel ». « Il est important d’estimer le plus précisément possible les RSH, rappelle Arvalis dans ses guides Choisir & Décider régionaux. Avec des semis 2025 plutôt précoces et des conditions climatiques encore inconnues pour les mois à venir, les biomasses produites d’ici la sortie d’hiver et l’azote absorbé par les céréales représentent des éléments incontournables à prendre en compte dans le calcul de la dose prévisionnelle d’azote. »

À partir des essais réalisés entre 1990 et 2022, l’institut technique présente, dans le tableau ci-dessous, l’écart entre la dose d’azote optimale à apporter pour ne pas être limitant pour le rendement et la dose à apporter pour être à l’optimum économique, en fonction du contexte de prix de vente du blé et de prix d’achat de l’engrais :

Ecart de dose kg Nha entre optimum technique et optimum technico-économique en fonction du prix du blé et de l'azote
Ecart de dose (kg N/ha) entre optimum technique et optimum technico-économique en fonction du prix du blé et de l'azote (© Arvalis)

Viser des apports au plus proche des besoins

Après avoir calculé la bonne dose, David Boucher du groupe Carré met en avant l’importance de viser des apports au plus proche des besoins de la culture. « On apporte généralement de l’azote trop tôt, sur des sols frais. » « En blé, les besoins en azote sont relativement faibles durant le tallage, mais ils augmentent fortement durant la montaison et restent élevés jusqu’à la fin de la phase de remplissage des grains. Le dernier apport contribue grandement à la teneur en protéines des grains », rappelle Arvalis.

Périodes d'apport favorables à la croissance du blé et à une absorption maximale
Périodes d'apport favorables à la croissance du blé et à une absorption maximale (© Arvalis)

Cette campagne, Sébastien Guérinot pense « tester le pilotage du dernier apport par satellite, proposé par son négoce Alternae, sur 26 ha (7 €/ha) afin de moduler selon le potentiel. Après c’est la météo aussi qui fait le job derrière. En colza, je réalise les pesées entrée et sortie hier à l’aide d’une application. »

En plus des reliquats azotés, Benoît Herrouet, installé au sud de la Charente, compte également essayer le pilotage du dernier apport sur blé tendre par drone, avec exo.expert. « Je ne faisais plus de dernier apport jusque-là, mais on a eu beaucoup de réfactions en 2025, donc on va voir pour moduler au mieux en fonction des besoins. Les sols de l’exploitation sont très hétérogènes. Le passage du drone va aussi être réalisé sur colza. Des licences sont à débloquer, mais le semoir est adapté pour la modulation ».

L’agriculteur charentais a réservé ses engrais azotés pour le blé et le colza, « à un prix équivalent à celui du printemps 2025. Pour les autres cultures, on attend de voir ce qui va se passer en janvier », précise-t-il.

Trouver le bon équilibre

« Il n’est pas toujours facile de trouver le bon équilibre des priorités entre apporter l’azote au bon stade et s’assurer qu’une pluie intervienne après l’apport, notamment dans le contexte de climat changeant que nous traversons. Celui-ci peut avoir tendance à inciter à la sécurisation avec un solde précoce des apports d’azote », note Grégory Vericel, ingénieur chez Arvalis.

Mais la stratégie ne semble payante que de manière épisodique. L’institut technique a étudié « cette stratégie en comparaison avec un fractionnement classique en 3 apports et une stratégie de pilotage intégral des apports azotés sur 2023, 2024 et 2025. Ainsi en moyenne sur 25 essais, la perte de rendement associée à une tactique très sécuritaire visant à effectuer un apport tallage conséquent et à solder la dose d’azote à épi 1 cm fait perdre 0,9 q/ha en comparaison à un fractionnement classique en trois apports. Cette baisse de rendement est également associée à une baisse de – 0,3 % de protéines. La pratique sécuritaire obtient aussi des performances très en retrait par rapport à une tactique de pilotage intégral basée sur l’outil Ferti-Adapt-CHN (- 2,6 q/ha et — 0,47 % de protéines en moyenne). Le fractionnement, visant à répondre au plus près des besoins des plantes, semble ainsi plus impactant que le cumul de précipitations après un apport, sans toutefois remettre en cause l’impact de la pluie dans la valorisation de l’azote ».

David Boucher souligne aussi le choix de la forme d’azote, qui peut impacter le rendement ainsi que la qualité de la récolte. « De nombreuses études en céréales ont montré que sur le plan de l’efficience de l’absorption de l’azote, l’ammonitrate sort gagnant devant l’urée et surtout devant les solutions azotées lorsque ces deux dernières formes sont sans adjuvant ni enrobage. En blé, il n’y a pas d’écart de rendement significatif entre une fertilisation à base d’urée ou d’ammonitrate, mais l’urée est moins efficace pour gagner des protéines (-0,23 % point de protéines par rapport à de l’ammonitrate) », précise Grégory Vericel.

« Les solutions azotées sont moins efficientes tant sur les plans du rendement que des protéines avec, en moyenne, 3,3 q/ha de rendement en moins qu’avec l’ammonitrate, et plus d’un demi-point de protéines en moins. Cette moindre efficience pourrait s’expliquer par une plus grande propension de l’azote de la solution azotée à être organisé par les micro-organismes du sol. »

« Ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier »

« Au sein du groupe Carré, on travaille différentes pistes pour réduire la dépendance aux engrais azotés, les biostimulants notamment. Pour le moment, une seule technologie a répondu positivement dans les essais de façon pluriannuellle, ce sont les algues Ascophyllum. La diversification de l’assolement est également un point important, précise David Boucher. Dans l’Oise, le tournesol donne de bons résultats. »

En Seine-et-Marne, Sébastien Guérinot a également introduit le tournesol depuis 2018, avec environ 60 ha par an désormais. « La culture peut être complexe à mener, mais elle fonctionne bien sur l’exploitation, avec des prix porteurs et peu d’intrants. Dans nos terres séchantes, c’est la culture avec laquelle on obtient la meilleure marge, précise l’agriculteur. Le problème oiseaux est dilué, car il y a beaucoup de tournesols autour de la ferme. Il faut être équipé pour la récolte, mais on n’a pas de mauvais blés derrière, la structure du sol est bonne et la parcelle propre ».

« L’idée est d’essayer de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. » Pour la récolte 2027, le producteur envisage d’intégrer le soja dans sa rotation, aussi pour des questions de désherbage, et de supprimer peut-être l’escourgeon et le blé sur blé. « Les mauvaises années permettent aussi de se remettre en question ».

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