Pour produire et exporter plus de blé Les céréaliers ont-ils encore besoin d’un ministère de l’Agriculture ?

Terre-net Média

Le ministère des Affaires étrangères n’hésite pas à s’appuyer sur les capacités d’exportation de blé de notre pays pour élaborer et gérer les relations diplomatiques de la France. Pour l’Agpb, cette dimension géostratégique de la culture de blé justifie la revendication de ses adhérents en faveur d’une politique de production auprès du ministère de l’Agriculture. L’avenir des céréaliers n’est pas, selon eux, la Pac et ses réglementations.

Philippe Pinta, président de l'Agpb, Matthias Fekl, secrétaire d'Etat au commerce extérieur, et Pascal Boniface, directeur de l'IrisPhilippe Pinta, président de l'Agpb, Matthias Fekl, secrétaire d'Etat au commerce extérieur, et Pascal Boniface, directeur de l'Iris (©Agpb) Dépités par la mise en œuvre de la réforme de la Pac, les céréaliers de l’Association générale des producteurs de blé (Agpb) s’affranchissent du ministère de l’Agriculture.

Ils déplorent que la dimension géostratégique de la production de blé soit reléguée au second plan par le ministère de l’Agriculture. En effet, la réforme de la Pac donne d’abord la priorité à la dimension écologique de leur activité. Et la convergence des aides engagée cette année ne pourra qu’accroître, après 2017, la distorsion économique des céréaliers français avec leurs collègues allemands et même roumains mieux soutenus.

Autrement dit, la réforme de la Pac s’inscrit en porte-à-faux avec les ambitions des céréaliers de l’Agpb de produire plus de blé pour compenser la baisse des soutiens publics, pour être mieux armés face à la volatilité des prix et pour conquérir de nouveaux marchés à l’export.

La dimension géostratégique du blé sous-estimée 

C’est auprès du ministère des Affaires étrangères et du Développement international et de ses services diplomatiques que les céréaliers français ont déniché leurs interlocuteurs pour défendre leurs revendications. Pour eux, produire plus de blé ne présente que des avantages puisqu’ils s’appuient justement sur la dimension géostratégique de cette céréale pour gérer leurs relations avec l’international.

Le colloque du 18 juin dernier intitulé « Le blé : enjeux géopolitiques et diplomatie économique » illustre très bien cette convergence d’intérêts. Il a été organisé par l’Iris (Institut de relations internationales et stratégiques) et par l’Agpb sous le haut patronage de Laurent Fabuis, ministre des Affaires étrangères et du développement international, à l’occasion de la publication de « Géopolitique du blé, un produit vital pour la sécurité mondiale » écrit par Sébastien Abis, analyste géopolitique.

Le ministère des affaires étrangères plutôt que de l’Agriculture

A ce jour, les 18 millions de tonnes de blé vendues (soit la moitié de la production française) et l’excédent commercial de 8 milliards d’euros réalisé en 2014, équivalent à 76 rafales exportés chaque année.

Selon Sébastien Abis, c’est l’indépendance alimentaire de la France qui donne à notre pays les moyens de mener sa propre politique étrangère. Et en particulier les moyens de jouer la carte de la proximité avec les pays de la rive sud de la Méditerranée.

La France n’a pas que des armes à vendre pour défendre la paix !

Proche du Maghreb, la France est seule à être en mesure de proposer des quantités régulières de céréales d’une année sur l’autre à l’exportation. Ce qui n’est pas le cas de ses concurrents à la merci d’accidents climatiques récurrents et très nuisibles pour assurer une certaine régularité de leurs récoltes.

Mais pour renforcer ses positions, encore faut-il donner les moyens d’accroître la production française de blé et d’avoir par conséquent accès à la recherche et à l’innovation.

Il devient urgent de mettre au point des variétés de blé plus productives, en mesure de faire face à l’évolution des conditions climatiques.

Du blé pour construire une politique étrangère

En effet, les rendements stagnent depuis 15 ans et le taux de protéines moyen est inférieur à 11,5 %. Les blés  récoltés en France ne répondent pas tous aux cahiers des charges des importateurs.

Au niveau mondial, la dimension géostratégique de la production de la culture du blé forge aussi depuis des siècles les relations internationales entre les pays.

« Qui détient du blé, détient une partie de son indépendance pour nourrir son peuple et sur la scène diplomatique, les moyens de construire sa politique étrangère », a rappelé Pierre Blanc, enseignant-chercheur à Sciences Agro et Sciences Po Bordeaux. C’est pourquoi la Chine tient à rester autosuffisante à 95 % pour le blé et le riz. Et il y a encore quelques années, l’Arabie saoudite voulait produire du blé pour pourvoir à une partie des besoins de sa population.

L’indépendance alimentaire est pour les Etats-Unis une opportunité d’avoir les moyens d’apporter de l’aide alimentaire à des pays émergents « amis », démunis pour financer sur les marchés leurs importations. Le cas d’école de cette politique de soutien est l’aide apportée à l’Egypte dans les années 1980.

Fournir du blé et financer la stabilité institutionnelle des régimes politiques en place, est beaucoup moins onéreux et beaucoup plus efficace que de vendre des armes pour faire taire des populations révoltées et affamées !

Mais la communauté internationale s’est faite aussi dépassée par les événements faute d’être intervenue à temps. Tous les experts conviennent que les dernières crises moyen-orientales sont d’origine climatique et agricole (printemps arabe, guerre en Syrie). Elles ont déstabilisé les régimes politiques les plus intransigeants et provoqué de nombreux conflits qui poussent des millions de personnes à émigrer. Jamais la planète n’a eu autant de réfugiés sur les routes.


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