Marché du blé Les éléments à suivre dans les prochains mois

Terre-net Média

Le blé français a démontré sa compétitivité au cours des dernières semaines, malgré un fret qui le pénalise souvent à l’export. La demande internationale s’est intensifiée, les exports français vers pays tiers ont été hier encore revus à la hausse par FranceAgriMer, et les prix ont retrouvé le chemin de la hausse depuis début septembre. Mais qu’en sera-t-il dans les prochains mois ? Plusieurs éléments vont jouer, du côté de l’offre mais aussi de la demande, et seront déterminants dans l’orientation des cours pour le reste de la campagne.

Épis de bléPour écouler la production française, il faudra maintenir le niveau de compétitivité dans les prochains mois. (©Pixabay)

« La seule certitude, c’est que rien n’est certain », affirmait Pline L’Ancien. Vingt siècles plus tard, ces paroles continuent de résonner par leur justesse. Le principe peut s’appliquer à tout, et surtout aux marchés agricoles.

De grandes incertitudes planent notamment sur le marché du blé et seront déterminantes dans l’orientation que prendront les cours dans les prochains mois. Bien que des évènements totalement imprévus puissent surgir, il est possible d’identifier les éléments majeurs à suivre.

À lire aussi le dernier point de FranceAgriMer sur le marché du blé : Les exportations françaises de blé tendre revues à la hausse par FranceAgriMer

>> Du côté de l’offre

  • Perspectives de production dans l’hémisphère sud

En Australie et Argentine, la sécheresse pourrait détériorer les perspectives de production. « Une incertitude plane sur les niveaux de rendement qu’on pourra atteindre dans ces pays-là. Cela ne s’annonce pas très bien, les récoltes pourraient être moins bonnes que prévu encore le mois dernier  », explique Laurent Crastre, analyste marché des grains chez Tallage. La situation offre donc un potentiel de hausse. 

  • Situation en Amérique du Nord

Au Canada, une vague de froid touche les cultures ainsi que des précipitations, ce qui retarde les récoltes et pourrait mener à une dégradation de la qualité des blés de printemps.

  • Mer noire

Les exportations ont démarré fort en Russie et en Ukraine, où les récoltes ont été très bonnes cette année. La mer Noire a été très active à l’export sur le début de campagne, mais les disponibilités près des ports baissent et les prix ont commencé à se redresser un peu ces dernières semaines. « Cela pourrait permettre aux prix français de suivre. Mais il est certain qu’on ne pourra pas se permettre de monter plus vite que les blés russes et ukrainiens, si on veut réussir à écouler notre blé. Il faudra rester assez agressifs. On pourrait tout de même voir nos prix augmenter un peu, en cas de hausse en mer Noire », poursuit Laurent Crastre.

>> Du côté de la demande

  • Compétition pour la demande animale : Maïs

« Actuellement, le blé est plus compétitif que l’année dernière dans les rations, en Europe surtout, mais aussi en Asie (la principale hausse de consommation feed au niveau mondial est attendue dans l’Union européenne), ce qui soutient la demande en blé, affirme Laurent Crastre. » Néanmoins, le marché de l’orge est assez lourd, tout comme celui du maïs. « La récolte de maïs pourrait cependant être moins importante que prévue, notamment aux États-Unis, où beaucoup d’opérateurs sont assez pessimistes, du fait des précipitations et de la forte vague de froid en cours. Du côté de l’Amérique du Sud, au Brésil et en Argentine, les récoltes de maïs sont attendues bonnes mais ça reste plutôt sec alors c’est à surveiller. En cas de hausse des cours du maïs, le blé gardera une compétitivité intéressante dans les rations, ce qui devrait soutenir son prix. »

  • Potentielle récession

En cas de crise, la demande pourrait être réduite et des problèmes liés aux taux de change pourraient être présents, impactant les cours du blé.

  • Demande algérienne

L’organisation de l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC), organe d’Etat en charge des importations, a été revue à la suite des problèmes de corruption. « L’Algérie va davantage rationaliser ses utilisations de blé, explique Laurent Castre. Elle a par exemple sauté un appel d’offres pour livraison en octobre, qui était attendu par le marché. Le pays cherche également à étendre ses fournisseurs. Jusqu’à présent, la Russie était peu présente en Algérie en raison du seuil de dégâts causés par des insectes fixé à 0,1 % sur les cargaisons. Or, la limite pourrait passer à 0,5 %. Cela reste spéculatif, mais en cas de mise en place, la Russie pourrait prendre davantage de parts de marché. La révision du seuil n’est toutefois pas attendue sur cette campagne. »

  • Demande marocaine

La production de blé a été mauvaise cette année au Maroc et le pays pourrait importer davantage que ce qui est prévu actuellement. « Il existe un potentiel de hausse pour les exportations françaises vers le Maroc », confirme Laurent Crastre.

>> Le Brexit

La production a aussi été très bonne au Royaume-Uni cette année. « Ils ont commencé leur campagne d’exportation de manière très agressive, pour placer un maximum de blé à l’export afin de limiter les dégâts qu’il pourrait y avoir suite au Brexit, explique Laurent Crastre. S’il n’y a pas d’accord, la taxe qui serait appliquée le rendrait beaucoup moins compétitif, ce qui pourrait potentiellement laisser plus de place au blé français au sein de l’Union européenne. »

>> La parité

La parité joue de manière non négligeable sur les échanges. Une faible parité euro/dollar, comme c’est le cas actuellement, est bénéfique aux exportations européennes. Laurent Crastre précise que : « a priori, et bien que les prévisions soient périlleuses en la matière, le contexte n’offre pas forcément de soutien à la valeur de l’euro par rapport au dollar, dans les prochains mois. Ce qui est favorable aux exports ».

De nombreux éléments seront donc à suivre ces prochains mois !

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