Coronavirus et krach pétrolier La tempête sur les marchés agricoles pourrait durer encore deux mois

Terre-net Média

Le coronavirus a entraîné une baisse de la demande mondiale de pétrole. Mais le refus de la Russie d’une réduction de sa production a provoqué un cataclysme sur le cours du pétrole, ce qui a eu de lourdes conséquences sur les marchés financiers et agricoles, et notamment sur le colza. Pour Gautier Le Molgat, directeur général adjoint d'Agritel, les perturbations pourraient encore durer deux mois. (Article publié initialement le 11 mars à 11h37)

Champ de colzaLe cours du colza sur Euronext a perdu 10 €/t lundi 9 mars 2020. (©Pixabay)

Le cours du baril de pétrole s’est effondré ce lundi, en perdant 30 % en début de journée avant de terminer en repli de 25 %. Il a accusé sa plus forte baisse journalière depuis le 17 janvier 1991 (début de la guerre du Golfe). Le prix du baril de Brent de la mer du Nord a atteint 33,90 $ sur les bourses asiatiques, soit près de 30 €, alors qu’il s’élevait à 50 € début mars, et 70 € début janvier.

La chute de l’or noir a provoqué un mouvement de panique sur les places financières mondiales ainsi que sur les matières premières. Mais c’est le colza qui a le plus souffert, en encaissant 10 € de pertes à la clôture. « Qui dit pétrole qui se casse la figure, dit impact direct sur les énergies, ce qui se répercute sur les biocarburants, impactant ensuite les huiles, et qui a finalement des conséquences sur le colza. Voilà le cheminement logique du repli de ce lundi », explique Gautier Le Molgat, directeur général adjoint d'Agritel.

Toutefois, le spécialiste rappelle que « le marché n’intègre pas les fondamentaux qu’on attend toujours tendus pour la nouvelle récolte ». La tendance baissière observée actuellement pourrait donc être seulement "passagère", compte tenu du futur qui semble plutôt haussier à moyen - long terme pour le colza .

Le coronavirus à l’origine de tous les maux

Si le pétrole a connu un tel repli, c’est parce que fin de semaine dernière à Vienne, l’Opep (Organisation des pays exportateurs de pétrole) menée par l’Arabie Saoudite, et la Russie, ne sont pas parvenus à s’entendre. Le coronavirus a nettement réduit la demande mondiale de pétrole brut, et l’offre est devenue excédentaire. « Ils se sont réunis pour essayer de manière conjointe de contenir l’offre afin de faire remonter les prix ».

Depuis le dernier effondrement des prix du pétrole en 2016, l’Arabie Saoudite et la Russie avaient convenu d’un accord pour limiter leur production et réussir à maintenir le prix à un niveau correct.

Mais ce 6 mars, alors que l’Arabie Saoudite tentait de négocier une nouvelle réduction de production à hauteur de 1 million de barils par jour pour l’Arabie Saoudite et 500 000 barils par jour pour la Russie, afin d’affronter la crise mondiale provoquée par le Covid-19, Moscou a cette fois-ci refusé d’adhérer à ce nouveau plan de restriction, parce qu’« ils ont besoin de rentrer de l’argent ». En réponse, l’Arabie Saoudite a décidé de changer de stratégie et a annoncé augmenter sa production et réduire drastiquement ses prix du baril à livraison. « Mais l’Arabie Saoudite est le pays où les coûts de production sont les plus bas. Et le simple fait d’avoir fait cette annonce, a conduit le marché à revenir sur des niveaux qu’on avait en 2016 ». Le prix a chuté de 10 % le jour-même, avant la baisse spectaculaire de lundi. Certains économistes s’attendent même à ce que le creux record de 2016 soit prochainement atteint.

Une baisse du rouble bénéfique aux exports, moins à l'économie russe

Mais la baisse du prix du baril va coûter cher aux Russes. « Ils dépendent beaucoup de la vente des énergies, que ce soit du pétrole ou du gaz, et la chute du cours du brut a entraîné un affaiblissement du rouble par rapport au dollar en quelques heures ». La parité revient sur des niveaux élevés, ce qui « affaiblit les Russes ». « C’est mauvais pour l’économie du pays, en revanche c’est très bien pour leurs exportations de grains », qui pourraient être boostées. 

Pour cette campagne, le risque semble limité : « les Russes ont bien fait comprendre aux exportateurs qu’il ne fallait pas trop pousser pour éviter d’avoir des prix qui montent trop dans le pays ». Mais si la situation perdure, « ça sera un vrai avantage pour eux. Le pays s’attend à une grosse récolte l’année prochaine et si en plus ils ont une devise qui est très faible, ça va leur être largement favorable ».

Encore deux mois compliqués 

« Lundi, on a marqué un krach. On a eu une vraie correction, mais mardi la situation se calmait déjà ». En février 2016, le pétrole avait touché le fond et était resté comme ça à peu près un mois, avant qu’un accord soit finalement trouvé pour réduire la production. « On peut s’attendre à ce que ce soit une histoire de semaines ».

Cependant, l’impact du coronavirus apparaît plus incertain et dépendra de la tournure que prendront les événements. « Mais en Chine, la situation s’améliore déjà. Le simple fait que les Chinois sortent plus, consomment plus de pétrole, etc, la demande va repartir à la hausse ». D’après l’expert, « on risque de vivre encore deux mois compliqués, le temps que ça se réajuste ». Mais finalement « le coronavirus aura eu un impact plus important sur les bourses » et la question est de savoir « comment on fait pour tenir notre devise ? Les Américains ont lâché très vite des solutions pour tenter de redynamiser leur business. Nous Européens, il va falloir qu’on fasse très attention à l’impact de la parité, notamment pour notre activité export sur la fin de campagne ».

Une volatilité exacerbée cette année

« Beaucoup de facteurs extérieurs ont impacté les cours du colza cette année, tels que les variations de prix du pétrole ou un marché des huiles très volatile. Alors forcément, ça a eu un impact sur la graine de colza, alors même que les fondamentaux montraient que la petite récolte au départ devrait engendrer des prix élevés ».

Par ailleurs, « on a mis longtemps avant de voir le flux d’importation arriver en Europe, notamment de graines de canola et de soja, parce qu’il a fallu attendre qu’ils soient récoltés. Au départ, du colza ukrainien a été importé, mais il a fallu attendre le mois de novembre pour récupérer du canola canadien. Le temps que ça s’ajuste, ça a causé des variations ».

Mais parmi toutes ces éléments pouvant impacter les prix, « c’est avant tout le marché des huiles qui a été le facteur déterminant de la variation du marché de la graine de colza cette année », souligne Gautier Le Molgat.

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