Commercialisation des céréales Une campagne 2017-2018 poussive pour les blés français

Terre-net Média

Malgré une légère atténuation ces derniers jours, l’euro fort face au dollar pénalise toujours fortement les exportations de blé français. Avec une concurrence accrue grapillant nos parts de marché, la campagne de commercialisation 2017-2018 reste difficile.

Franceagrimer a revu une nouvelle fois ses prévisions d'exportations de blé vers pays tiers à la baisse.FranceAgriMer a revu une nouvelle fois ses prévisions d'exportations de blé vers pays tiers à la baisse. (©Terre-net Média)

Après une campagne de commercialisation 2016-2017 à oublier en termes de volumes, les acteurs de la filière céréalière pouvaient s’attendre à une belle campagne 2017-2018. Il n’en est rien. Les exportateurs français ne parviennent pas à atteindre les objectifs fixés en début de campagne.

FranceAgriMer, qui tenait mercredi 14 février son conseil spécialisé pour les céréales, a révisé à la baisse les objectifs d'exportations de la France vers les pays tiers, à 9 millions de tonnes (Mt) contre 9,3 Mt envisagés un mois plus tôt. On est loin des 10,2 Mt d’exportations espérées en début de campagne.

Difficile, pour l'organisme public, de faire autrement. Les nombreux appels d’offres lancés par le Gasc, l’office public égyptien, ont été remportés par les blés en provenance de Russie et de Roumanie.

Avec sa production record de 84 Mt, la Russie s’impose largement sur le marché égyptien. À la mi-février de la campagne 2015-2016, le pays avait déjà expédié 1,95 Mt de blé vers l’Egypte, puis 2,62 Mt à la mi-février 2016-2017. Pour cette campagne, l’Egypte a déjà acheté 4,28 Mt de blé russe, et seulement 60 000 t de blés français.

La « flambée » ces dernières semaines de l'euro face au dollar semble être le principal facteur des difficultés françaises et européennes en général, selon Marc Zribi, chef de l'unité « grains et sucre » chez FranceAgriMer. Certes, le phénomène s'est un peu atténué, offrant une « petite bouffée d'air » aux blés français en termes de compétitivité. Mais, comme le rappelle Rémi Haquin, président du conseil spécialisé céréales de FranceAgriMer, il est « difficile pour les opérateurs de vendre du blé pour un prix final au producteur inférieur à 140 €/t ».

Sur le marché algérien, où la France disposait de la meilleure part de marché ces dernières années, les blés français doivent composer avec une concurrence argentine accrue. « L'origine française est "challengée". Même si on réalise un bon score, notre part de marché se dégrade un peu », relève Rémi Haquin.

L’Indonésie, nouveau premier importateur mondial de blé

Lors de son conseil spécialisé, FranceAgriMer a aussi mis en exergue la montée en puissance de l’Indonésie. En doublant ses achats en provenance de pays tiers en moins de 10 ans, le pays est devenu cette année le premier importateur mondial de blé, tout juste devant l’Egypte, les deux pays importent chacun un peu plus de 12 Mt.

Cette hausse constante des importations indonésiennes se justifient par trois facteurs. « D’abord la population augmente sensiblement. Le niveau de vie aussi, avec une occidentalisation des régimes alimentaires. Conséquence d’un embargo aux importations de maïs, les besoins en blé pour l’alimentation animale sont en forte progression. De même, des mesures gouvernementales pour limiter les importations de farine contraignent les opérateurs à importer des grains destiné à un secteur de la meunerie en plein développement.

Faut-il y voir un nouveau débouché potentiel pour les blés français ? Pas vraiment. « L’Ukraine, la Russie et l’Australie en profitent, mais pas l’Europe. »

Exportations de blé vers l'IndonésieExportations de blé vers l'Indonésie (©Franceagrimer)

Des prévisions qui pourraient encore baisser

Alors que le mois dernier, une révision à la hausse des exportations de la France vers l'Union européenne avait fait mieux que compenser la révision à la baisse vers les pays tiers, la vente de blé hexagonaux vers les voisins européens a été légèrement revue à la baisse ce mois-ci, de 150 000 tonnes à 8,45 Mt. Au total, ce sont donc environ 440 000 tonnes de grains de blé tendre en moins qui pourraient trouver preneur à l'exportation pour cette campagne 2017/2018, un chiffre qui pourrait encore être revu à la baisse, selon Rémi Haquin.

Malgré une campagne de commercialisation qui se confirme, mois après mois, être très poussive, les représentants de FranceAgriMer cherchent à rester positifs. « La qualité des blés français est cette année au rendez-vous, rappelle ainsi Ludovic Pâris, délégué de FranceAgriMer pour la filière céréalière. En conséquence, le blé peut d'autant mieux se conserver et se stocker, en attendant des jours meilleurs en termes de prix. »

 


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