Groupe AEI du Perche (Orne) Agriculture de conservation des sols : concilier écologie et économie

Terre-net Média

En 2012, les agriculteurs de 2 GVA du Perche (dans l’Orne) décident de travailler sur les manières de réduire les apports d’intrants, les produits phytosanitaires et les charges de manière générale (mécanique, fuel, temps de travail…). L’objectif sous-jacent est de tendre vers une plus grande autonomie des exploitations. Le groupe AEI du Perche, labellisé GIEE en 2014, cherche à associer non-labour, semis direct sous couverts végétaux et rotations comprenant des intercultures et des cultures associées pour régénérer le sol.

Groupe AEILe groupe a invité sept marques d'équipements agricoles à présenter leur semoir en conditions réelles. (©Trame) Le groupe AEI (Agriculture Écologiquement Intensive) du Perche émane des Groupes Vivre en Agriculture (GVA de l’Orne). CE GIEE (groupement d'intérêt économique et environnemental), composé aujourd’hui de 20 adhérents, s’intéresse en particulier aux techniques d’agriculture de conservation. Il cherche à associer non-labour, semis direct sous couverts végétaux et rotations comprenant des intercultures et des cultures associées pour régénérer le sol, trouver des solutions biologiques aux attaques d’adventices, recréer de la biodiversité et de la matière organique. Les agriculteurs du groupe cherchent à se réapproprier des savoirs agronomiques. Cet exercice qui nécessite d’accepter une vraie « révolution culturelle » dans les pratiques quotidiennes suscite un réel enthousiasme, un regain de créativité et de sens du métier chez les membres du GIEE.

 « Je décompacte la terre avec des végétaux »

Eric Debray, éleveur et cultivateur à Céton, dans l’Orne, travaille en non-labour depuis vingt ans. Il pratique l’agriculture de conservation et fait évoluer ses techniques grâce au groupe AEI du Perche. Âgé de 52 ans, Éric Debray est producteur de volailles du Mesnil sur 3 500 m² et exploite 240 ha de terres : 100 ha de blé, 67 ha de maïs grain (tête d’assolement), 13 ha de féveroles, 40 ha de colza, le reste en jachère et bandes enherbées. Avec la vingtaine d’autres adhérents, il réfléchit, se forme, partage des expériences, investit et avance vers une agriculture plus respectueuse de l’environnement. « Je ne décompacte plus la terre avec la ferraille, mais avec les végétaux », raconte-t-il. La technique du non-labour prend une dimension importante dans le Perche où les sols, souvent en pente, sont érodés par le passage des engins agricoles.

Produire autant et autrement

Éric Debray est responsable du groupe AEI dont le principe est : "Produire autant et autrement, en utilisant moins de produits phytosanitaires et en travaillant avec la vie du sol". « En 2012, nous étions 8 adhérents. En 2017, 20, de 28 à 70 ans », se réjouit-il. Parmi les adhérents du groupe AEI, on trouve des cultivateurs 100 % céréales, toutes cultures, des éleveurs laitiers, de volailles ou de vaches allaitantes. Tous visent la production de biomasse et culture dérobées. « Cette année, nous avons eu des formations intensives sur le semis direct et le couvert permanent ». La force du groupe réside dans l’envie commune de s’informer, de tester et de partager des expériences, et d’évoluer.

Un sol jamais nu

Pour appliquer le non-labour, Éric Debray change et allonge ses rotations et ne laisse jamais le sol nu. « Je plante aussitôt après la moisson. Les plantes produisent de l’énergie, du glucose pour la microfaune du sol. Les graines prennent mieux dans un sol vivant. En 2017, j’ai moissonné le blé le 20 juillet, et le 23, j’implantais un couvert tournesol, féverole, pois, phacélie et seigle. Et au printemps, un maïs sera semé. » Autre angle d’attaque, semer du trèfle avec le colza : « Le trèfle repart dès que la moisson du colza est terminée. La plante vivante dans le sol concurrence les repousses d’adventices et de colza ».

Essais et démonstrations de matériels

Le groupe réalise de nombreux essais de semis-direct (sous couverture végétale ou non). Par exemple, certains membres ont essayé d’implanter du colza associé avec de la féverole en semis direct. Un autre membre a organisé une démonstration de semoirs de semis direct en octobre dernier. Sept marques d’équipements agricoles étaient présentes : Sly, Aurensan, Weaving, GreatPlains, John Deere, Horsh et Semeato. L’objectif était de semer du blé (300 grains/m²) dans du trèfle implanté l’année dernière avec du colza. Cette manifestation a rassemblé plus de 130 personnes dans la parcelle pour comparer la meilleure implantation de graine, la meilleure ouverture et fermeture du sillon...

Grâce au "monde AEI du Perche", Éric Debray et quatre adhérents ont loué un strip-till. Le matériel permet le travail de la ligne de semis uniquement et évite de remuer la terre. « Nous avons fait des essais, testé des couverts différents. Et finalement, la Cuma de Mamers en a acheté un ».

 Le contrat avec le groupe AEI

Éric Debray insiste sur la force du groupe AEI Perche : « Nous étions tous démoralisés, le groupe nous a reboostés ». Les chiffres pour le blé 2017 donnent raison à l’agriculture de conservation des sols. « J’ai des rendements de 80-82 quintaux/ha, contre 79 pour les silos du coin. Concernant les charges opérationnelles, je suis à 307 €/ha contre 450 en conventionnel et 370 pour le groupe. Les rendements colza à 40 quintaux et maïs grain à 100 quintaux sont dans la moyenne avec, la aussi, des charges réduites. Il en est de même pour les charges de mécanisation qui diminuent de 80 à 100 €. Il ne me faut plus que 5 à 15 l de carburant pour implanter une culture, au lieu de 50 à 60 avant ».

Le contrat du groupe est rempli : une agriculture plus respectueuse de l’environnement tout en gardant l’objectif économique en ligne de mire. Et Éric Debray conclut : « Je produis des céréales de qualité que je transforme en poulet haut de gamme (120 jours minimum) avec un retour au sol d’engrais organique non négligeable. C’est ce que j’appelle de l’agro-écologie ».

Le groupe Agriculture Écologiquement Intensive du Perche
  • Une quinzaine de dates de rencontres par an.
  • Une adhésion comprenant des réunions, la venue d’intervenants et des rencontres en bouts de champs. Ou la même formule comprenant, en plus, le suivi d’un conseiller de la Chambre d’agriculture de l’Orne en productions végétales.
  • Une communauté Google+ où chacun partage des articles, des photos des remarques, des échecs et des réussites.

L’agriculture de conservation, un sujet qui intéresse

Les techniques de conservation des sols posent question à bon nombre d’agriculteurs dans l’Orne, mais aussi dans les départements voisins. Le dynamisme de ce groupe du Perche a initié la création d’un second groupe sur cette même thématique sur le secteur d'Argentan. Ce groupe a aussi été labellisé GIEE en 2017 et va pouvoir bénéficier de la capitalisation des travaux réalisés par le groupe du Perche.

Hélène Sagot - Animatrice de groupes GVA/GIEE – Chambre d'agriculture de l’Orne - Tél. : 06 67 99 48 85

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