[Témoignages] Agriculture de précision « La connaissance du sol, la base et le point commun de toutes les agricultures»

Nathalie Tiers Terre-net Média

Ajuster les doses de semis et d’azote tout en optimisant les rendements : cela est désormais possible à l’intérieur de chaque parcelle. À condition d’être prêt à investir dans des diagnostics détaillés de potentiel et de fertilité du sol, et dans du matériel équipé en technologie de guidage et de modulation.

Carte et profil de solÀ partir du zonage des champs en fonction des mesures de conductivité électrique, plusieurs endroits sont ciblés en concertation avec l'agriculteur par l'ouverture de fosses pédologiques. (©Nathalie Tiers)

C’est une nouvelle étape dans l’agriculture de précision visant à optimiser d’une part la valorisation des intrants synonymes de charges, d’autre part l’expression des rendements synonymes de produits. « Les agriculteurs doivent faire face à des contraintes toujours plus fortes d’ordre agronomique, climatique et réglementaire, déclare Simon Juchault, directeur des services de la coopérative vendéenne Cavac. Or, pour optimiser les pratiques, la connaissance du sol, c’est la base et le point commun entre tous les types d’agricultures. Le développement des innovations en machinisme et dans les technologies digitales représente une vraie opportunité dans ce domaine. »

Cavac est l’une des 33 coopératives agricoles françaises proposant à ses adhérents le service be Api. Api comme « agriculture de précision intra-parcellaire ». Celle-ci consiste à caractériser l’hétérogénéité du potentiel du sol et de sa fertilité à l’intérieur de chaque parcelle. D’une zone à l’autre, un champ peut notamment disposer d’une réserve en eau variable : cela fait une grande part de son potentiel. Par ailleurs, l’historique des pratiques agricoles a une influence sur sa fertilité. Celle-ci est en partie le fruit du travail de plusieurs générations d’agriculteurs, et du regroupement de petits champs exploités différemment avant les remembrements et agrandissements.

Modulation intra-parcellaire des intrants

Avec be Api, l’agriculteur a accès à un diagnostic potentiel du sol et/ou un diagnostic fertilité. Pour le premier, le zonage du champ est réalisé par la mesure de la conductivité électrique. Celle-ci révèle l’état du sol, variable selon plusieurs critères tels que la texture, la structure, la réserve en eau. À partir de la carte de conductivité, plusieurs endroits du champ sont ciblés en concertation avec l’agriculteur pour l’ouverture de fosses pédologiques (tous les 5 à 7 ha en moyenne). L’intervention d’un pédologue permet d’affiner la connaissance du sol dans chaque zone.

De son côté, le diagnostic fertilité démarre par l’analyse des images aériennes anciennes de l’IGN permettant de repérer comment s’est constituée la parcelle au fil des ans. Là encore, un plan de prélèvement d’échantillons pour analyse de sol est décidé en concertation avec l’agriculteur. Une fois que les cartes de potentiel de sol et de fertilité (P, K, CaO) sont établies, le technicien de coopérative accompagne l’agriculteur dans la modulation intra-parcellaire des apports de semences, engrais, fongicide, voire demain irrigation. Ces cartes peuvent aussi être mises en relation avec les éventuelles cartes de rendement.

Du matériel spécifique souvent disponible

Bien sûr, tout cela a un coût : 60 €/ha pour le diagnostic potentiel du sol et 85 €/ha pour le diagnostic fertilité (réalisés une fois pour toutes), auxquels s’ajoute le coût du service d’accompagnement par la coopérative. Pour être capable de moduler ses apports, l’agriculteur doit aussi avoir accès à du matériel spécifique (guidage du tracteur par GPS, semoir, épandeur, pulvérisateur). « Ces équipements sont déjà disponibles et sous-utilisés dans beaucoup d’exploitations, constatent Antoine Moinard et Loïc Moreau, référents be Api respectivement pour les coopératives Cavac et Terre Atlantique. Leur surcoût est souvent compensé uniquement grâce aux économies d’intrants réalisées par la coupure de tronçons qui évite les recouvrements. » Pour Samuel Merceron, référent be Api de la coopérative Cap Faye, cet investissement dans la connaissance du sol doit aussi être mis en perspective vis-à-vis de la plus-value permise en comparaison à d’autres investissements.

Profil solDans chaque zone du champ, l'analyse du profil par un pédologue permet d'affiner la connaissance du sol : texture, réserve utile en eau, profondeur des racines. (©Nathalie Tiers)

À Chanteloup dans les Deux-Sèvres, Berthy et Laurent Talbot cultivent 145 ha en agriculture biologique. « Nos diagnostics sont en cours de finalisation, explique Berthy, administrateur Cavac. Nous aimons la technicité et nous sommes dans une démarche permanente de progrès. Nous sommes déjà équipés de l’autoguidage, et d’un semoir compatible pour la coupure de tronçons et la modulation. La moissonneuse possède aussi un capteur de rendement montrant de grosses variations dans les parcelles. En superposant ces cartes aux futures cartes de potentiel du sol et de fertilité, nous pourrons trouver des explications. » Avec be Api, les deux frères ambitionnent d’homogénéiser progressivement la fertilité des parcelles, et d’adapter leurs pratiques en fonction du potentiel du sol. Ils souhaitent aussi valoriser des effluents organiques disponibles localement, bien que le matériel de modulation ne soit pas encore disponible dans leur Cuma pour ce type d’apport.

 « Rentable ou remboursé »

Plus au sud à Aigrefeuille d’Aunis en Charente-Maritime, Éric Gay, vice-président de Terre Atlantique, exploite 220 ha et élève 80 mères charolaises. « Nous atteignons nous aussi la fin des diagnostics, et je dispose du matériel pour adapter mes pratiques en fonction de l’hétérogénéité de mes parcelles. J’ai déjà pu mesurer l’intérêt de la modulation avec Farmstar. Je souhaite valoriser au mieux mes effluents organiques et maîtriser l’usage des engrais, sachant que 200 ha sont en zone de captage d’eau pour La Rochelle. »

À ce jour, Cavac, Terre Atlantique et Cap Faye ont déployé be Api sur près de 10 000 ha, pour un total de 180 000 ha au niveau national. « Nous savons que les trésoreries seront tendues pour la prochaine campagne, indique Thierry Darbin, directeur de be Api. C’est pourquoi nous proposons de cibler les parcelles très hétérogènes et que nous renouvelons notre offre « be Api fertilité – rentable ou remboursé ».

À partir du zonage du champ en fonction des mesures de conductivité électrique, plusieurs endroits sont ciblés en concertation avec l’agriculteur pour l’ouverture de fosses pédologiques.


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