Stratégie fongicide céréales Bernard Pigot, agriculteur : « Trois passages, mais à doses réduites »

Nicolas Mahey Terre-net Média

Bernard Pigot cultive 90 hectares de céréales à Savigny-sur-Clairis, dans l’ouest de l’Yonne. Il effectue habituellement trois passages fongicides sur ses blés et deux sur ses orges. « Pour minimiser les coûts, je traite toujours à doses réduites et je change de produits chaque année pour contourner les résistances », explique-t-il. Une stratégie qu’il estime avoir fait ses preuves et qu’il ne compte pas modifier pour la campagne à venir.

Traitement fongicide du blé.Bernard Pigot insiste sur « l’importance de bien surveiller les cultures lors des tours de plaine ». (©Terre-net Média)

Installé depuis 1978, Bernard Pigot cultive 90 ha répartis entre 30 ha de blé, 25 ha de colza et autant d’orge d’hiver. 7 à 8 ha sont occupés par du maïs grain et le reste est laissé en jachère. Située dans l’Yonne en bordure du Loiret, son exploitation n’est qu’à quelques kilomètres de Courtenay, où se trouve sa coopérative. « Je n’ai pas rencontré de problèmes majeurs de maladies lors de la dernière campagne, note-t-il. 2017 n’a pas vraiment été propice aux champignons, mais j’ai quand même dû intervenir. » En termes de rendement, les blés ont atteint 85 q/ha et les orges 75 q/ha.

Bernard Pigot fait partie d’un groupe technique d’observation, mis en place par la Chambre d’agriculture de l’Yonne. Les rencontres ont lieu toutes les deux semaines sur une ferme différente. « Nous allons voir les parcelles, observons les plantes et prévoyons les interventions à réaliser selon les besoins. Confronter l’avis de chacun est appréciable. De manière générale, il faut insister sur l’importance de bien surveiller les cultures lors des tours de plaine. »

D’anciens produits en solution de secours

En 2016/2017, la maladie la plus présente dans le secteur a été sans surprise la septoriose. « C’est celle qui nous préoccupe le plus. Les rouilles peuvent être aussi très préjudiciables. Elles ne reviennent pas à chaque campagne, toutefois il faut se méfier : une fois qu’elles sont là, il est souvent trop tard et il faut en tenir compte dans les programmes. L’an passé, je n’en ai pas eu, mais je suis intervenu en préventif, ce qui a sans doute eu un effet sur l’installation de la maladie », souligne le cultivateur. Côté programme justement, Bernard Pigot commande ses produits en décembre. Des phytos qu’il choisit lui-même en allant « à la pêche aux infos » auprès de ses collègues ou en s’informant via la Chambre et dans les publications spécialisées. « Les vendeurs proposent des itinéraires tout faits. Néanmoins, je préfère faire mes propres choix », affirme-t-il.

Bernard Pigot« Si la pression maladie est forte, partir sur un seul traitement est trop hasardeux. » (©Bernard Pigot)D’année en année, il applique une règle simple et immuable : toujours changer de matières actives pour éviter les résistances. « Les programmes clé en main fonctionnent d’ailleurs sur ce principe, fait-il remarquer. Depuis mon installation, de nombreuses nouveautés ont été homologuées mais à chaque nouvelle substance, des résistances apparaissent. On est parfois obligé d’utiliser d’anciens produits en solution de secours. D’où l’intérêt de ne pas employer systématiquement les mêmes molécules… Beaucoup d’agriculteurs le savent et le mettent en pratique. »

Pas d’impasse au stade dernière feuille

En revanche, concernant le nombre de passages et les dates d’intervention, Bernard Pigot a des habitudes bien établies et n’a pas l’intention de les abandonner : trois applications sur blé, deux sur orge. S’il fait quelques fois l’impasse sur la troisième en blé, il ne renoncera jamais aux deux premières : « Même s’il y a peu de maladies, il ne faut pas manquer un stade crucial, la sortie de la dernière feuille, la plus importante à protéger absolument car elle permet aux épis de se remplir. Si au contraire, la pression est forte, partir sur un seul traitement serait à mon sens trop hasardeux : beaucoup de produits agissent en préventif et si la maladie s’installe très en amont, il est souvent trop tard pour intervenir au stade dernière feuille. »

Selon l'exploitant, un traitement le matin, en conditions d’hygrométrie maximales, serait plus efficace (pas de pertes par volatilisation) et l’ajout de produits mouillants favoriserait la fixation des matières actives sur la cible. En 2017, il est passé trois fois dans ses blés. « Le Cherokee est un produit que j’apprécie particulièrement parce qu’il n’engendre pas de phénomènes de résistance. J’y ai recours pour prévenir les risques septoriose et rouille. Le deuxième passage est primordial. Parfois, je supprime le troisième si l’état sanitaire des cultures est satisfaisant – absence de fusariose notamment – , et si le traitement sur dernière feuille a bien fonctionné, mais ce n’est pas toujours facile à évaluer. »

« Je préfère jouer la sécurité »

Bernard Pigot traite toujours à dose réduite. Pour alléger la facture d’abord, mais aussi parce qu’il est sensible aux questions environnementales. Coût estimé de ses interventions fongicides : 90 à 95 €/ha. « Les produits coûtent cher. Avec ces dosages, on obtient un bon compromis entre prix, efficacité et impact sur l’environnement », conclut-il. Quant à franchir le pas de ne faire qu’un seul traitement, Bernard Pigot n’y est pas favorable. « Je préfère jouer la sécurité. Certains collègues n’interviennent qu’une fois, mais le rendement en pâtit. Il m’est arrivé de trop diminuer les doses pour limiter les dépenses, et d’être un peu juste sur le plan maladies. Pour moi, garantir un certain niveau de production est essentiel. »


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