Retour d'expérience Éleveurs et céréaliers testent le pâturage du blé au stade immature

Terre-net Média

On en parlait sur Terre-net en début d'année : Samuel Foubert et Dominique Fessard ont testé, avec l'appui des Civam normands, le pâturage du blé par les brebis au stade immature cette année. Après la récolte et les derniers chiffres enregistrés, ils nous donnent leur avis. (Article mis à jour, publié initialement le 1er octobre 2021)

Pâturage de blé par des brebisPour Thomas Lafouasse, la pratique du pâturage des cultures par les ovins se pilote comme un outil agronomique. (©Samuel Foubert)

Interrogés en février dernier par la rédaction, Dominique Fessard et Samuel Foubert, respectivement céréalier et éleveur ovin dans l'Eure, nous avaient donné rendez-vous après la moisson pour faire le bilan de leur première année de pâturage de blé par les brebis au stade immature (3 talles). 

Dominique Fessard a découvert cette technique sur un groupe Facebook ovin : curieux, il propose à Samuel Foubert de faire un test chez lui. Pour l'éleveur ovin, c'est l'opportunité de « diversifier les ressources fourragères en période hivernale » pour ses animaux. 

Revoir le reportage publié en février dernier sur le sujet > Déprimer les céréales par les animaux, une technique ancienne à se réapproprier ?

Point de vigilance : « le piétinement par les brebis »

« Les brebis sont alors entrées dans la parcelle le 6 février 2020, le ventre vide (plusieurs heures d'attente entre la sortie du couvert et l'entrée sur le blé) », explique Célie Bresson, chargée de mission élevage pour le réseau des Civam normands. La parcelle d'un ha a été divisée en 4 paddocks, un pour chaque jour de pâturage : 

  • jour 1 : 1 150 m² sur 24h, pluie : 13 mm depuis la veille ;
  • jour 2 : 1 725 m² sur 26h, pas de pluie, t°< 0 (début de la vague de froid) ;
  • jour 3 : 2 205 m², pas de pluie, t°< 0 ;
  • jour 4 : 2 550 m², pas de pluie, t°< 0.
Conditions de l'essai : 
- Parcelle semée début novembre 2020 (semis tardif)
- Précédent : maïs ensilage
- Culture suivante : maïs (après un couvert colza-vesce semé à la volée)
- Fertilisation : 1er passage : 40 m3 de lisier de bovins et 2e passage : 60 u d'azote minéral début avril
- Pas de traitement : IFT = 0

Principal point de vigilance pendant cette période : « le piétinement par les brebis. On s'était donné une limite à ne pas dépasser dans le cadre de l'essai : pas de trace de pattes de plus de 15 cm de profondeur, précisent les agriculteurs. Pendant toute la durée du pâturage nous n’avons jamais constaté de trace de plus de 10 cm de profondeur ».

Pâturage de blé par des brebisIci, l'état du second paddock juste avant de déplacer les brebis (le troisième paddock, pas encore pâturé se situe juste derrière). (©Civam normands) 

Quel bilan pour ce premier essai ? 

Des relevés ont été réalisés avant moisson : « le blé pâturé est en moyenne plus haut que le témoin (92 cm en moyenne, contre 85 cm). Le pâturage semble aussi avoir favorisé le tallage de la culture : 4 talles en moyenne sur le blé pâturé, contre 3 sur la bande témoin. Cela se traduit par un plus grand nombre d'épis sur la partie pâturée : 174 épis par zone de mesure (2 rangs sur 1 m), contre 140 sur la bande témoin. [...] Cependant le plus grand nombre de talles sur la partie pâturée a été contrebalancé par un plus faible remplissage des grains ».

Les agriculteurs témoignent de cet essai : « quand après le premier jour de pâturage, j'ai vu que la parcelle, c'était de la boue : j'ai eu un peu peur mais je n'ai rien dit, confie Dominique Fessard. Finalement, c'est la partie la plus propre de la parcelle à la récolte. Il y a plus d’adventices sur la partie qui a été pâturée pendant le gel alors que pourtant c’est la partie qui était la moins abimée après le passage des animaux ». Avec 60-63 q/ha, l'agriculteur se dit satisfait : « la parcelle de blé a reçu uniquement 60 u d'azote chimique et 40 m3 de lisier, et il est meilleur que le blé témoin ». Un nouvel essai est déjà envisagé pour la campagne à venir ! 

Pour Samuel Foubert aussi, ce test a été positif. « Cela nous permet d'apprendre et de  faire parler de cette pratique, pour pouvoir peut-être développer à l'avenir de nouveaux partenariats avec des agriculteurs », précise-t-il.

Voir la fiche complète de l'essai réalisé par les Civam normands > Essais de pâturage de blé au stade immature (stade 3 talles)

« Piloter les moutons comme un outil agronomique »

Agriculteur bio à Pécqueuse (Essonne), Thomas Lafouasse accueille également trois bergers itinérants et leurs troupeaux pendant l'hiver sur son exploitation, depuis quatre ans maintenant. Le point de départ : le salissement de ses luzernières. « On s'est lancé avec l'hypothèse que les moutons allaient les nettoyer [...] et après quatre ans, ça a l'air de marcher ! », témoigne-t-il. 

« On réalise un pâturage en fin d'automne-début d'hiver et un autre avant la reprise au printemps. Les moutons mangent notamment le ray-grass, ce qui permet à la luzerne d'avoir de lumière et de prendre le dessus. Au pire, on perd une partie de la première coupe, au mieux, on a tout bon sur toute la ligne ! »

Découvrir le témoignage complet de Thomas Lafouasse en vidéo (cliquez sur le curseur pour lancer la lecture) : 

Cliquez sur le curseur pour lancer la vidéo.

Plus d'infos sur l'exploitation de Thomas Lafouasse :
- 330 ha en agriculture biologique dont 10 ha maraîchage, environ 100 ha de luzerne, 100 ha de blé d'hiver et 100 ha de légumineuses et cultures de printemps. 
- 9 UTH
- Vente directe, transformation de pâtes

Thomas Lafouasse pratique aussi le pâturage des couverts : « cela évite un passage de matériel pour la destruction des couverts. La seule incertitude, c'est l'exportation des moutons, on n'a pas de réponse technique aujourd'hui ». Mais après trois années d'expérience, l'agriculteur semble plutôt satisfait : « cela améliore la fertilité des sols ».

Avec le recul, Thomas Lafouasse note l'importance de « faire pâturer les animaux dans des conditions saines » pour éviter d'éventuels problèmes sanitaires ou de piétinement. Pour lui, il faut faire pâturer « soit sur gel, soit sur sol portant ». « C'est un échange de bons procédés avec les éleveurs : je leur laisse à disposition de la nourriture gratuitement d'octobre à avril-mai et en échange, je leur demande de positionner les moutons là où je leur dis, et à telle date. Il faut le piloter comme un outil agronomique », complète-t-il.

Vous aussi, donnez votre avis et votre expérience dans les commentaires ci-dessous.

© Tous droits de reproduction réservés - Contactez Terre-net


Tags

A lire également

Chargement des commentaires


Contenu pour vous