L'actu de Terres Inovia Évaluer la rentabilité du tournesol pour mieux saisir son intérêt

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La rentabilité s’évalue le plus couramment de façon annuelle, à l’échelle d’une culture ou de l’assolement. Élargir le calcul de rentabilité à la rotation, à l’échelle pluriannuelle (€/ha/an), permet un regard plus représentatif de l’état économique de son système. Cet article vous amène à quantifier les intérêts du tournesol, cet allié de choix pour vos rotations et assolements.

Super Graine économieSelon Terres Inovia, le tournesol affiche une bonne régularité de la marge dans le temps. (©N. Harel)

Cet article, écrit par notre partenaire Terres Inovia, est en exclusivité pour les lecteurs de Terre-net. Bonne lecture !

Qu’est-ce que la rentabilité économique d’une culture et comment l’évaluer ?

L’indicateur historiquement le plus utilisé, car le plus simple, est le produit brut (€/ha) issu du calcul [Rendement x Prix de vente]. Pourtant, ces éléments cruciaux ne suffisent pas à connaître la réelle rentabilité de sa culture. Il est indispensable de prendre en compte a minima les charges opérationnelles (payées par la trésorerie de l’entreprise) en calculant la marge brute.

Il est possible de compléter les calculs en allant jusqu’à la marge nette qui permet de rémunérer la main d’œuvre familiale et les capitaux propres. La marge est le plus souvent exprimée par la moyenne. Mais la dispersion autour de cette moyenne (écart-type) est aussi un élément à considérer. Ainsi, avec un écart-type faible, les marges sont souvent proches de la valeur moyenne. Ce qui démontrera une bonne régularité de la marge dans le temps et donc une certaine robustesse de la culture ou du système, élément très important.

MargesRentabilité économique d'une culture (©Outil Systerre (inter-Icta))

Enfin, la compétitivité sur les marchés peut être évaluée en calculant son prix d’intérêt (€/t), dépendant de son coût de production, comme aide à la décision pour vendre sa production, comparé au prix proposé sur les marchés.

Comment se positionne le tournesol en termes de rentabilité et de robustesse ?

À l’échelle nationale, les marges brutes moyennes annuelles hors aide du tournesol (données du CER France analysées par Terres Inovia) sont, relativement à d’autres espèces, peu variables, comprises entre 341 €/ha et 484 €/ha entre 2014 et 2020* (*données provisoires de 2019 et 2020) pour une moyenne à 384 €/ha et un écart-type à 48 €/ha. Depuis 2010, on note des pics de marge entre 2010 et 2012 dus aux prix élevés et également en 2017 grâce à la performance agronomique de la culture. En effet, le record historique de rendement en tournesol n’est pas si ancien puisqu’il date de trois ans, preuve que le potentiel de cette culture est toujours bien là, quand le climat notamment est favorable.

Par ailleurs, les charges opérationnelles du tournesol sont relativement réduites et stables comparées à d’autres espèces (en moyenne entre 250 et 350 €/ha - CER France), notamment grâce à ses faibles besoins en engrais azotés par rapport au blé ou au colza par exemple. La flambée des prix du gaz naturel entre 2012 et 2014 a renchéri le coût des engrais azotés, très dépendant du prix de cette énergie.

Le délai de retour sur investissement représente la durée de mobilisation de la trésorerie. C’est un facteur particulièrement important dans un contexte économique tendu. Avec son cycle court, le tournesol permet une mobilisation limitée dans le temps, ce qui est un élément positif dans la gestion de trésorerie d’une exploitation agricole.

Zoom : 3 années d’essais sur 2 sites expérimentaux pour comparer 4 cultures d’été conduites en sec (maïs, tournesol, soja et sorgho)

Grâce à des années climatiques très contrastées entre étés arrosés favorables aux cultures de printemps en pluvial et, conditions sèches similaires à l’été 2020, la rentabilité économique de chaque culture est évaluée en fonction du contexte hydrique. Ainsi, le tournesol tire son épingle du jeu comme une culture qui amortit bien l’effet météo et l’effet marché (variation du prix). Le caractère robuste du tournesol est à mettre en avant pour cette espèce qui est ressortie de façon assez nette en 2020, comme en 2019, dans un contexte d’années très sèches.

Le tournesol conforte la robustesse de sa marge annuelle à travers les iso-marges (cf. graphe ci-dessous). À partir de prix de vente et de charges opérationnelles estimées (pour la campagne 2020), on calcule le rendement que chaque espèce doit atteindre pour obtenir une marge brute donnée. Par exemple, pour obtenir une marge brute de 500 €/ha en conduite sèche, un tournesol doit atteindre 20 q/ha quand un maïs ou un sorgho doit monter à 57 q/ha. Cette vision permet également de positionner au mieux ses cultures en fonction du potentiel des parcelles.

Isomarges Comparaison de marges brutes annuelles (incluant aides totales, charges d'irrigation, de récolte et frais de séchage) sans intégrer les effets "précédent" et la rotation.  (©Terres Inovia)

- Dose retenue :  200 mm pour le soja ; 240 mm pour le maïs ; 140 mm pour le sorgho ; 100 mm pour le tournesol ; 100 mm pour le pois

- Coût indicatif de l'irrigation (€/m3) : 0,15

- Rendements aux normes équivalents entre espèces conduites en sec pour atteindre une marge brute donnée (en q/ha) Source : Terres Inovia

L’intérêt d’une culture ne se réduit pas à sa seule rentabilité !

Il ne faut pas omettre les intérêts économiques induits par les cultures, comme les effets « précédent » et à l’échelle de la rotation. Par ses faibles résidus et la structure du sol favorable qu’il laisse, le tournesol est un très bon précédent à la céréale suivante. De même, l’introduction d’une culture d’été comme le tournesol dans des rotations d’hiver facilite la gestion du désherbage, notamment des graminées hivernales (vulpin, ray-grass) réduisant ce poste de dépense à l’échelle du système de culture.

D’autres bénéfices non négligeables sont à noter, comme la complémentarité des espèces d’hiver et d’été dans le calendrier de travail ou le nombre limité d’interventions sur une culture comme le tournesol. La facilité de conduite culturale et la demande en investissement spécifique jouent également un rôle. En effet, hormis un semoir monograine et une adaptation de la coupe de la moissonneuse-batteuse pour récolter dans de bonnes conditions, peu d’investissements sont nécessaires pour réussir le tournesol.

Enfin, en tant que oléagineux mondial majeur, le tournesol bénéficie d’investissements conséquents de recherche et d’innovation qui se traduisent notamment par un renouvellement variétal dynamique permettant à l’espèce de s’adapter à son contexte de culture. Matière première à multiples usages, les graines de tournesol sont aisées à commercialiser par l’agriculteur que ce soit via les marchés physiques ou différents contrats de production.

Le tournesol, des intérêts économiques dans des contextes de production variés

  • Pour diversifier les rotations dans les zones intermédiaires : réduire les coûts des désherbages et de protection fongicide, stabiliser les performances économiques des exploitations à moyen terme, améliorer la robustesse des systèmes…
  • Dans des rotations diversifiées dans le Sud-Ouest et en Poitou-Charentes : une tête de rotation adaptée à ces territoires dont il faut prendre soin.
  • Dans les exploitations irriguées : en valorisant de faible quantité d’eau (<120mm) dans les sols superficiels à intermédiaires.
  • Au-delà des bassins traditionnels, dans les régions septentrionales : grâce au développement d’une offre génétique très précoce, le tournesol s’adapte à ces nouveaux secteurs en culture principale, ou en double culture dans la partie sud de la France.
  • Dans les exploitations en agriculture bio (2e oléagineux après le soja) : des tolérances variétales et un écartement large qui facilite le désherbage mécanique (binage).

La valeur du tournesol intégré dans une filière

Avec sa place de 4e oléagineux mondial (derrière le palme, le soja et le colza), la composition chimique des graines de tournesol leur permet une large valorisation : dans l’alimentation humaine, pour des débouchés non alimentaires (biocarburants -bio diester- et l’oléochimie en alternatif aux composés pétroliers), mais également en alimentation animale sous forme de tourteaux. Ainsi l’huile et la protéine (respectivement 80 et 20 % de la graine) sont valorisées dans les tourteaux qu’ils soient pailleux (28 à 30 % de protéines) ou à haute teneur en protéines après décorticage (35-37 % de protéines). Le tournesol représente 27 millions d’hectares dans le monde (2019/2020) dont plus de la moitié produit en Ukraine et Russie. L’Union Européenne, 3e producteur mondial, concentre ses surfaces en Europe de l’Est (Roumanie, Hongrie, Bulgarie) et du Sud-Ouest (France, Espagne). La spécificité de la France est son orientation forte vers la production oléique.

Oléique et linoléique ont en effet des débouchés propres qui en font deux marchés spécifiques. Ainsi, la baisse de consommation d’huile en restauration hors foyer due à la crise sanitaire de 2020 et au confinement a impacté particulièrement le marché oléique, très utilisé dans ce secteur. Ce qui a provoqué un effondrement de l’écart de prix entre oléique et linoléique, accentué par une offre en oléique importante.

Même si la prime oléique est actuellement (au 02/11/2020) négative, le marché du tournesol est dans l’ensemble porteur au cours de la campagne de commercialisation en cours, constat valable aussi pour d’autres grandes cultures. La crise sanitaire en cours apporte un élément supplémentaire de volatilité et d’imprévisibilité.

Evolution des cotations rendu St Nazaire (44) du tournesol oléique et linoléique depuis 2013Evolution des cotations rendu St Nazaire (44) du tournesol oléique et linoléique depuis 2013. (©Terres Univia et Agritel)
*Données provisoires sur la campagne de commercialisation 2020-2021 en cours.

En résumé…

En respectant quelques étapes techniques incontournables, le tournesol est un bon candidat pour la performance de nombreuses rotations. L’évaluation économique démontre l’intérêt pour les agriculteurs d’aller jusqu’au calcul de la marge, et de ne pas limiter le raisonnement économique aux chiffres de rendement ou de produit brut, mais d’intégrer a minima les charges opérationnelles. Cette pratique demande à être renforcée en intégrant l’échelle rotationnelle, qui permet d’évaluer les bénéfices d’une culture et d’un assolement à l’année mais également avec une vision sur le long terme (cinq ans).

Des webinaires organisés par Terres Inovia (et accessibles à tous) entre mi-novembre et mi-décembre traiteront de la robustesse et de la rentabilité du tournesol :
- Tournesol : Vers une culture robuste et rentable (17 Novembre - 14h00-16h00)
- Nord et Est : Accompagner le développement du tournesol ? (25 novembre - 10h30-12h30)
- Sud-Ouest : Les clés pour des tournesols robustes (3 décembre - 9h00-11h00)
- Des solutions à rechercher à l’échelle système (9 décembre - 10h30-12h30)
> Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site de Terres Inovia

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