[Témoignage] Pascal Chaussec (29) « Je travaille à trouver une meilleure productivité de mon système »

Terre-net Média

Pour aller vers plus de productivité, Pascal Chaussec, polyculteur-éleveur dans le Finistère, travaille notamment à substituer en partie « l'acier des outils par l’action de différentes racines, l’azote chimique par l’apport des légumineuses et le pétrole par plus de photosynthèse ». Découvrez son témoignage recueilli par les équipes Trame.

PaysagePour faire évoluer son système, Pascal Chaussec s'est « appuyé sur l’expérience de quelques agriculteurs " tuteurs", pour éviter de reproduire des erreurs déjà commises et bâtir la cohérence du système au fur et à mesure ». (©Pixabay/Trame)

L’exploitation :
EARL de Kergadiou (Edern, Finistère) : 112 ha, 50 vaches laitières
Les hommes et les femmes qui travaillent :
Pascal Chaussec et 1 salarié à temps plein

Les pratiques initiales et les changements

« J’ai repris la ferme familiale après mon diplôme. J'ai regretté de ne pas pouvoir "bourlinguer" dans d'autres pays laitiers pour élargir ma vision des pratiques agricoles. J’étais dans le moule conventionnel d’une agriculture de recette. Ma femme travaillant à l'extérieur, je souhaitais avoir une bonne productivité. J’ai commencé à me spécialiser dans la production de lait : abandon de la culture des pommes de terre pour simplifier l’organisation. Puis j’ai cherché à me diversifier autrement, par le développement des cultures de vente (céréales notamment) et par une activité extérieure de prestation de services. J'étais dans une logique de simplification maximale pour libérer du temps. »

« Aujourd’hui, je travaille à trouver une meilleure productivité dans mon système : fertilité augmentée de mes sols, productivité des parcelles, facilité à les exploiter, santé des plantes. J’ai toujours en tête cette formule de substituer en partie l'acier des outils par l’action de différentes racines, l’azote chimique par l’apport des légumineuses et le pétrole par plus de photosynthèse. J’apporte un soin particulier aux intercultures, qui permettent de concilier tout ça. Pour moi, quand l’interculture est florissante, la culture suivante le sera aussi ! Je cherche aussi du côté des mélanges d’espèces car on commence à mesurer le potentiel de plantes compagnes et de mélanges allélopathiques. »

Pascal Chaussec
Formation initiale : BTS Gestion d’entreprise
Date d’installation: 1983
Implication dans les réseaux de Trame : Res’Agri 29
Autres implications : association d’agriculteurs producteurs d’énergie solaire

Les raisons

« Dans les années 2010, le concept d’agriculture écologiquement intensive (AEI), porté par Michel Griffon, a provoqué une prise de conscience : notre modèle d’agriculture d’après-guerre, basé sur le triptyque "ultracarboné" mécanisation /pétrole / chimie, mène à une impasse (conséquences néfastes sur la fertilité des sols, dépendance à des intrants coûteux et souvent malsains, attentes des consommateurs et citoyens). La crise agricole qui dure traduit bien un malaise profond. Le concept de l’agro-écologie peut et doit enclencher une véritable mutation : nous pouvons tirer partie de ce que la nature sait faire, avec peu de chimie, pour réussir un "choc de productivité" sans alourdir encore la dette environnementale. »

« J’ai ressenti plusieurs fois des chocs de productivité dans ma carrière : ma première désileuse, ma première presse à balles rondes, mon premier ordinateur... Mon dernier véritable choc de productivité a été de faire, dans le cadre d’essais pour le GIEE, un semis direct de maïs ensilage sur une vieille prairie, qui a bien fonctionné, grâce à l’appui et l’expérience d'un agriculteur convaincu par le semis direct. »

Les risques

« La nature est capricieuse, aléatoire et complexe. Il y a des risques d’échecs techniques : trouver des alternatives au glyphosate, limiter les phytos au maximum, piloter le couvert végétal... Comme pour tout changement, j’ai perçu un gros risque à modifier mon système. D’autant plus que nous sommes dans un contexte de crise, qui tend à figer les initiatives car elles coûtent au départ. »

Les difficultés rencontrées et les solutions

« Le salarié de la Cuma est assez réticent à ma manière de travailler : cela ne l’arrange pas, cela lui complique la tâche... Le plus dur est de changer ses habitudes (forme trompeuse de sécurité) et d’expérimenter toujours quelque chose. Comme l’appétit vient en mangeant, l’envie d’apprendre vient en s’interrogeant sur la meilleure façon de produire plus avec nos sols tout en consommant moins d’intrants. J’ai cherché en particulier des changements qui peuvent me faire gagner sur plusieurs tableaux : fertilité du sol et temps de travail, compenser la baisse des effluents organiques et des engrais minéraux par plus de légumineuses et de biomasse, fonctionnement du sol et production fourragère... »

Les sources d’information

« Je suis allé à la rencontre d’agriculteurs du secteur (groupes, réseau Base... ) qui avaient déjà des expériences solides dans la gestion d’un capital sol qui ne représente pas juste le foncier, mais un réel capital naturel et productif. En plus des informations de vulgarisation, les partages d’expériences sont indispensables. Cela crée une émulation qui permet de sécuriser plus vite sa démarche (anticipation et réactivité) et d’élargir ses perspectives et ses projets. »

« Il ne suffit pas d’attendre que de nouveaux protocoles soient fiables, nous devons maîtriser progressivement cette mutation agricole riche et complexe. Les changements de pratiques à engager ne pourront pas être imposés d’en haut. Les GIEE et le soutien aux groupes permettent de montrer des choses concrètes, "d’amorcer la pompe" de la prise de conscience. »

L’apport du collectif

« Je me suis appuyé sur les groupes autour de moi (Res’Agri 29), mais dans l’idée de sortir du conseil collectif descendant. J’ai cherché un nouveau modèle de développement, dans lequel chacun choisit son projet, ses essais. J’ai sondé les collègues : ils y trouvent du coaching, une démarche collective énergisante et un appui technique. Mais ce n’est pas toujours évident : il faut oser sortir de sa ferme, affirmer un projet même s’il est différent de ce qui se fait autour... Notre groupe GIEE (Apprendre à piloter l’activité biologique du sol et les cultures de manière économe) s’appuie sur l’expérience de quelques agriculteurs "tuteurs", qui nous ont évité de reproduire des erreurs déjà commises et qui nous aident à construire notre cohérence au fur et à mesure. »

Les bénéfices

« Cette nouvelle façon de voir me permet de piloter le troupeau et les cultures de manière économe : je peux donc retrouver la valeur ajoutée de mon travail. Mon salarié aussi a fait le pas : déjà, depuis qu’on ne laboure plus, le travail est moins pénible, il ramasse moins de cailloux, les parcelles sont plus confortables à travailler. En plus, cela lui donne des idées sur sa propre exploitation. Il fait des essais et a changé sa manière de voir les choses. »

La perception du métier aujourd'hui

« L’agriculteur doit apprendre à être fainéant (moins forcer l’écosystème)... mais pas du cerveau : ne pas se laisser abrutir par le travail, être plus disponible pour réfléchir, gérer et maîtriser ses données. Éviter la paupérisation (appauvrissement et dépendance) galopante qui devient dangereuse : d’une part, tous les prix baissent mais surtout l'agriculteur délègue beaucoup trop de tâches administratives à forte valeur ajoutée par manque de temps et de compétences. Une exploitation agricole requiert de plus en plus de connaissances pointues, il est essentiel d’inciter et d’accompagner un maximum d’agriculteurs dans la formation pour réussir cette nouvelle grande mutation de l’agriculture plus en phase avec les attentes du consommateur, du citoyen et aussi du politique quant aux objectifs de production d’énergies vertes. Que ce soit personnel ou professionnel, l’agriculteur doit se réapproprier son métier par une compétence augmentée et reconnue. »

Et si c’était à refaire...

« Je n’ai pas de regret sur la manière de travailler que j’avais avant. J’ai toujours fait ce que je pouvais. Si un groupe m’avait proposé cette nouvelle façon de voir les choses plus tôt, j’aurais sans doute suivi... Mais on a toujours tort d’avoir raison trop tôt : ceux qui sont pionniers ne sont pas toujours bien considérés et reconnus... Je suis convaincu que l’agriculture a un potentiel considérable de création de valeurs : alimentation de grande qualité, services pour l’environnement, transition énergétique en produisant beaucoup d'énergie renouvelable (méthanisation à partir de légumineuses et d’oléagineux) avec un bon bilan carbone. De beaux modèles économiques peuvent émerger dans nos exploitations si on passe par une méthode efficace de transfert de connaissances et de passion pour redonner la "niaque" aux paysans ! »

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