[Témoignage] H. de Malliard (70) «La plateforme de compostage était la suite logique de ma démarche agronomique»

Terre-net Média

Installé sur la ferme familiale en Haute-Saône depuis 1991, Henri de Malliard a fait évolué son système de grandes cultures au fur et à mesure. Parmi les différents changements opérés : le passage aux techniques culturales simplifiées, les réductions de doses, le lancement d'une activité de compostage, etc. Pour tout cela, il note l'importance de faire partie d'un collectif, « cela permet à chacun d’amener son expérience, d’avoir des échanges… c’est très instructif. »

H. de MalliardAvec tous les changements opérés, Henri de Malliard n'observe plus de problème de battance sur ses sols. « La vie du sol se développe de jour en jour et je passe moins de temps dans mes champs, ce qui me permet de dégager du temps pour d’autres activités... », explique l'agriculteur. (©Trame/Pixabay)

L’exploitation : 
SCEA de Malliard (Conflans sur Lanterne, Haute-Saône)
300 ha de cultures céréalières (colza, blé, orge, maïs grain et soja), prairies (pour pension de cheptel)
2005 : plateforme de compostage de boues (13 000 t/an)
2009 : reprise d’une exploitation céréalière avec un collègue
Les hommes et les femmes qui travaillent :
1 salarié et Henri de Malliard sur l’exploitation personnelle + 1 salarié sur la plateforme de compostage

Les pratiques initiales et les changements

« Lorsque j’ai débuté en 1988 comme aide familial, l’exploitation suivait un système "classique" de labour. Mon père m’a laissé beaucoup de liberté ce qui m’a permis de mettre en place des choses "innovantes", comme par exemple de l’irrigation en 1989 sur une petite partie de l’exploitation (une petite spécificité dans notre région où l’irrigation des cultures ne se fait pas).

En 1991, je me suis intéressé aux techniques culturales simplifiées (TCS) et aux réductions de doses avec d’autres agriculteurs. Malgré des aléas climatiques, j’ai persévéré et je ne suis pas revenu en arrière. J’ai ainsi constaté une augmentation des rendements et de la vie du sol, une diminution des charges de main-d’œuvre. Aujourd’hui je suis en semis-direct et travail très superficiel. Début 2000, après avoir privilégié les changements sur la production, j’ai travaillé sur l’installation d’un séchoir et d’une unité de stockage. Puis, en 2005, je me suis lancé dans la mise en place d’une plateforme de compostage de boue de stations d’épuration principalement.

Les raisons

Mon intérêt pour les TCS était avant tout lié à des problèmes de recrutement de main-d’œuvre. Avec d’autres agriculteurs nous nous sommes réunis en Cuma pour réduire les charges de travail (achat de matériel). Puis, en observant les changements sur mon exploitation, l’aspect agronomique est très vite arrivé. L’installation d’une plateforme de compostage était un complément pour mon exploitation, cela contribuait à l’enrichissement des sols, l’apport de matière organique et à l’économie d’engrais. C’était la suite logique dans ma démarche agronomique.

Les risques

Le plus gros risque était financier (rentabilité de l’exploitation). J’ai eu la chance d’être épaulé par un conseiller et j’ai pu rencontrer les bonnes personnes au bon endroit. Il faut savoir saisir les opportunités. En vieillissant, je relativise plus les choses. Plus jeune, j’ai pris des risques que je n’aurais (sûrement) pas pris aujourd’hui. La jeunesse m’a aidé à prendre des décisions rapidement

Henri de Malliard
Age : 57 ans
Formation initiale : BTS TAGE (Techniques agricoles et gestion d’entreprise)
Date d’installation : 1991
Implication dans les réseaux de Trame : membre de l’association Agriculteurs composteurs de France
Autres implications : maire, vice-président de la communauté des communes, en charge de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire

La mise en œuvre des changements

Les difficultés rencontrés et les solutions

J’ai rencontré quelques difficultés lors de la mise en place des TCS sur mon exploitation, surtout lors d’une année très humide où les cultures ont souffert, mais j’ai fait avec. Revenir en arrière sur tout le système aurait coûté trop cher. Avec le recul j’ai bien fait ! J’ai acquis les compétences pour les spécificités liées au semis-direct au fur-et-à-mesure. Il faut également s’adapter au climat et ses changements.

La mise en place d’une plateforme de compostage a été pour moi la découverte d’un autre métier (réponse à des appels d’offres publics par exemple). Je ne connaissais pas grand-chose avant de me lancer. En 2004, une plateforme de compostage a été mise en place près de chez moi par des agriculteurs, et le fils de l’un d’entre eux était alors en stage sur mon exploitation agricole. Cela m’a permis de suivre la mise en place de cette plateforme et d’en découvrir plus sur ce qu’était le compostage.

Les sources d’information

Pour moi, il est essentiel de bouger, s’informer, découvrir de nouvelles techniques et voir comment les adapter chez soi. Les échanges au sein des groupes d’agriculteurs comme Agriculteurs composteurs de France (et aussi ceux que l’on peut avoir en dehors des réunions) sont des sources d’informations très instructives. Être administrateur d’une Cuma pendant 22 ans m’a permis de rencontrer énormément de personnes. En plus des échanges au sein des groupes d’agriculteurs, je suis des formations. Ces formations sont essentielles pour une meilleure compréhension de son système et un bon raisonnement.

Aujourd’hui, il faut prendre en compte de nouveaux facteurs comme le climat, les marchés qui jouent et influent de plus en plus. Lorsque je me suis lancé, ce n’était pas le cas. Je continue donc à me former pour comprendre comment tout le système fonctionne.

L’apport du collectif :

Faire partie d’un collectif permet à chacun d’amener son expérience, d’avoir des échanges… c’est très instructif. En plus d’avoir des échanges dans un groupe « informel » avec des agriculteurs voisins, faire partie du réseau national des Agriculteurs composteurs de France (ACF) me permet de discuter avec d’autres agriculteurs de pratiques, de techniques différentes qu’ils peuvent mettre en place chez eux à l’autre bout de la France.

Les bénéfices

Aujourd’hui, je n’ai plus de problème de battance sur mes sols. La vie du sol se développe de jour en jour. Je passe moins de temps dans mes champs, ce qui me permet de dégager du temps pour d’autres activités et de passer plus de temps avec la famille.

La perception du métier aujourd'hui

Il est essentiel de se sentir bien dans ce que l’on fait, même si parfois cela est compliqué (résultats dépendants des aléas climatiques, vision du métier par les autres…). 

Aujourd’hui la gestion d’entreprise est importante dans notre métier. La prise de décision est cruciale et elle doit relever de l’agriculteur et non de personnes extérieures (techniciens, commerciaux…). L’agriculteur est un chef d’entreprise. Et nous devons communiquer là-dessus. La perception de l’agriculture (par les élus par exemple) est erronée. Il faut les inviter à voir ce que l’on fait dans nos exploitations.

Et si c’était à refaire…

Fondamentalement, je ne remets pas en cause ce que j’ai fait. La jeunesse permet de prendre des décisions très rapidement sans savoir où l’on va quelquefois. Ces décisions peuvent être bonnes ou mauvaises. Avec du recul, je me dis que j’ai parfois pris des gros risques mais ils ont payé. »


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