L'actu de Terres Inovia Les vrai/faux du mildiou du tournesol

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Le mildiou nécessite une gestion sur le long terme basée sur les leviers agronomiques et la pérennité des résistantes variétales et des matières actives disponibles et à venir. Petit tour de piste des connaissances essentielles sur cette maladie

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Cet article, écrit par notre partenaire Terres Inovia, est en exclusivité pour les lecteurs de Terre-net. Bonne lecture !

Si je ne cultive pas de tournesol pendant plusieurs années sur la même parcelle, le risque mildiou est nul. FAUX

L’absence de sa plante-hôte préférée sur une parcelle réduit effectivement le risque de mildiou en épuisant peu à peu le réservoir d’inoculum dans le sol. Néanmoins, sa forme de conservation (oospores) très résistante lui permet de survivre plus de 10 ans dans une parcelle, même en l’absence de tournesol. De plus, le mildiou peut s’installer sur des adventices comme l’ ambroisie à feuilles d’armoise, le bidens et le xanthium, ou en interculture sur du niger ou du tournesol de graines de ferme utilisés en couvert.

Les repousses de tournesol sont aussi un bon relais pour le mildiou car celles-ci ne bénéficient plus de la résistance de la variété d’origine. La présence de ces plantes sur une parcelle après un tournesol même ancien contribue au maintien de l’inoculum, donc au maintien du risque...

Pas d’eau, pas de mildiou ! VRAI

Les attaques les plus fréquentes du mildiou (qui sont hélas les plus nuisibles) sont issues de l’infection de la radicule des plantules de tournesol au moment de la levée. Le mildiou colonise ensuite peu à peu tous les tissus des plantules, engendrant des pieds nanifiés et stériles. Or, le mildiou aime l’eau ! Ses spores infectieuses sont justement munies de 2 petits flagelles, pour mieux se déplacer vers les radicules de tournesol. Elles ne peuvent toutefois réussir cette « migration » vers leur cible que si de l’eau circule dans le sol : on parle d’eau libre.

Un cumul de 50 mm de pluie sur les 10 jours qui encadrent le semis suffit en général pour générer de l’eau libre dans le sol. Décaler la date de semis pour éviter un épisode pluvieux est un levier très efficace pour limiter les attaques.

Sous microscope, voici une spore de mildiou à 2 flagelles arrivée sur une radicule de tournesol grâce à l’eau libre présente dans le sol ; la petite barre blanche en bas de la photo donne l’échelle : 5 microns, c’est à peu près le diamètre d’un brin de soie d’araignée !

Spore mildiou au microscopeSpore de mildiou au microscope. (©Inrae-CNRS Toulouse) 

La résistance des variétés est infaillible. FAUX

La lutte génétique est effectivement l’un des piliers de la lutte contre le mildiou, mais c’est un agent pathogène particulièrement innovant ! Dans une parcelle, le mildiou peut être comparé à une population d’individus, qui ne sont pas tous exactement pareils : parmi eux, certains en proportion très très faible, ont une petite différence dans leur ADN, qui leur permet de ne plus être reconnu par les gènes de résistance d’une variété et ainsi de l’attaquer. Autre phénomène insoupçonné, le mildiou a aussi une vie sexuelle ! En se croisant, deux individus de races différentes, jusqu’ici contrôlées par la résistance des variétés, peuvent produire une descendance dotée d’une nouvelle virulence. Tous ces nouveaux individus deviennent peu à peu majoritaires dans la parcelle, et causent des attaques significatives sur des variétés attendues comme résistantes…

Faire reposer la lutte contre le mildiou seulement sur la génétique est une erreur : le mildiou est en effet capable de contourner une résistance génétique en 5 ans, ce qui génère l’apparition de nouvelles races.

Le mildiou est capable de résister au traitement de semences. VRAI

L’Apron XL ( métalaxyl-M) a été largement utilisé depuis 30 ans en traitement de semence. Très efficace, il a permis de sauver la culture du tournesol au début des années 1990, juste après l’apparition des races 703 et 710, mais son mode d’action est dit unisite : la molécule agit à un seul endroit des cellules de l’agent pathogène. Cinq ans après son utilisation rendue obligatoire sur toutes les variétés en 1990, apparaissaient les premiers isolats de mildiou résistants. Toujours largement utilisé même s’il n’est plus obligatoire, le métalaxyl-M est beaucoup moins protecteur puisque chaque année de nombreuses analyses révèlent des niveaux élevés de résistance (> 50 %), notamment des races 704 et 714 les plus présentes sur le territoire et tout récemment d’isolats de mildiou contournant les variétés dites RM9.

De nouveaux traitements de semences arrivent sur le marché. Protéger leur efficacité passe par leur utilisation raisonnée : ne pas utiliser un traitement de semences avec une seule substance active et varier les associations avec différents modes d’action.

Variété résistante à tout et traitement de semences, c’est « l’assurance tous risques » non ? FAUX

On dispose de plusieurs moyens de lutte contre le mildiou, mais il s’agit de bien les utiliser pour les faire durer ! N’oublions jamais deux choses :

  • Le traitement de semences peut être lessivé en cas de grosses pluies ; 
  • Le mildiou a une capacité d’adaptation extraordinaire face aux molécules fongicides et aux gènes de résistance des variétés !

Lorsque l’on recherche la protection maximale, le risque est d’utiliser trop régulièrement sur la parcelle les mêmes solutions génétiques et chimiques ; or ce choix peut vite s’avérer contre-productif compte-tenu du potentiel d’adaptation du mildiou. La solution pour une protection durable du tournesol contre le mildiou repose sur 3 conseils-clés :

  • Ne pas oublier la grande efficacité des bonnes pratiques agronomiques : semer sur un sol ressuyé et réchauffé, éviter les zones de tassement, éliminer les repousses de tournesol… ;
  • Varier le profil de résistance des variétés ;
  • Utiliser raisonnablement les traitement de semences.

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