Gérer les transitions « Prendre en compte le système sol/micro-organismes/plantes »

Elodie Horn et Sophie Guyomard Terre-net Média

« La vie microbienne du sol impacte le système agricole dans son ensemble et à plusieurs niveaux », rappelle Pierre Joly de Biovitis. Pour lui, il est donc essentiel de ne pas considérer le sol uniquement comme un support pour les plantes et de bien « prendre en compte le système sol/micro-organismes/plantes ».

« Travail du sol plus difficile, mauvaise dégradation de la matière organique (MO), stagnation des rendements, maladies de plus en plus difficiles à combattre avec des produits phytosanitaires (résistances)... » : toutes ces observations peuvent être liées à « une perturbation microbienne du sol », indique Pierre Joly, micro-biologiste, représentant de l'entreprise Biovitis lors de la journée Cap Agroéco grandes cultures, organisée le 23 septembre dernier par le Centre de développement de l'agro-écologie (CDA). En effet, des recherches ont quantifié qu'une « baisse de 30 % de la diversité microbienne d'un sol (Ranjard, Inrae Dijon) peut entraîner : 

  • Une baisse de 40 % de la minéralisation de la MO
  • Une diminution de 50 % de la productivité végétale
  • Une perte de 50 % de la stabilité structurale du sol 
  • Une augmentation du temps de survie (x 5) des pathogènes dans le sol ».

Le sol : lieu de vie

Pour l'expert, « il est essentiel de ne plus considérer le sol uniquement comme un support pour les plantes, mais comme un lieu de vie. Les communautés microbiennes remplissent plusieurs fonctions essentielles (structuration du sol, minéralisation, détoxification...) et il est donc indispensable de prendre en compte le système sol/micro-organismes/plantes. Ces micro-organismes sont principalement situés à la surface du sol (où il y a de la MO) et au plus proche de la rhizosphère. [...] L'état d'équilibre des communautés microbiennes initial dans le sol va prédéterminer le développement et l'état sanitaire de la culture ».

Selon Pierre Joly, l'application de bio-intrants microbiens constitue donc un levier important pour la santé des plantes et participe à réduire le recours aux produits phytosanitaires, selon Pierre Joly. On les regroupe dans deux catégories majeures : le biocontrôle et la biostimulation

Leviers à disposition de l'agriculteur(©Biovitis)

Intégrer les micro-organismes dans l'itinéraire cultural

Parmi les micro-organismes de biocontrôle : certains vont « attaquer directement un champignon pathogène, en réduisant sa présence dans le sol (mycoparasitisme). D'autres, par leur métabolisme, relarguent des molécules ou des composés qui ne sont pas appréciés par les organismes pathogènes et vont ainsi limiter leur développement (antibiose). D'autres encore peuvent simplement entrer en compétition trophique (pour des nutriments, des minéraux...) ou en compétition spatiale avec les organismes pathogènes, etc. » Les micro-organismes de biostimulation sont, eux, recommandés pour « la stimulation ou l'amélioration dans l'utilisation des nutriments, la tolérance aux stress abiotiques et la qualité/rendement des cultures... » Pour l'intégration des produits microbiens dans l'itinéraire cultural, Pierre Joly note l'importance de « ne pas être obligé de faire un passage supplémentaire pour appliquer ces produits ». Chez Biovitis, « de nombreux tests de compatibilité avec les herbicides notamment sont réalisés dans cet objectif ». 

Concernant les résultats à attendre sur les rendements, des essais réalisés par Biovitis montrent, par exemple, que « le mélange microbien Trichoderma + Pseudomonas sur céréales donne une réponse technico-économique positive dans 70 % des cas (investissement 1,5 q/ha). Sur colza, ce même mélange offre une réponse positive dans 75 % des cas (investissement 1,3 q/ha pour une réponse moyenne de 3,68 q/ha) ». Le gain de rendement n'étant pas toujours au rendez-vous, Biovitis approfondit ses recherches pour déterminer les différentes causes potentielles. « Si la gestion de la vie microbienne est à la fois un nouveau challenge et un levier de premier ordre pour répondre aux défis des agriculteurs, il existe aujourd'hui un réel besoin de développement des indicateurs d'évaluation de cette activité microbienne », indique Pierre Joly. 

Retrouvez plus de détails avec l'intervention complète de Pierre Joly, lors de la journée Cap Agroéco grandes cultures : 

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