Protection intégrée Des solutions rentables pas toujours dispos, mais des résultats encourageants

Barbara Atès et Sophie Guyomard Terre-net Média

Issue de l’Organisation internationale de lutte biologique (OILB), la notion de protection intégrée regroupe toutes les méthodes de protection des plantes limitant le recours aux produits phytopharmaceutiques. Même si des solutions rentables ne sont pas toujours disponibles, le biocontrôle produit déjà des résultats encourageants.

Agriculteur dans un champ de bléParmi les outils de biocontrôle les plus utilisés en grandes cultures : le phosphate ferrique, le soufre et les trichogrammes. (©Fotolia/Olena Mykhaylova)

La protection intégrée des cultures privilégie la croissance de végétaux sains en veillant à perturber le moins possible les agroécosystèmes et encourage les mécanismes naturels de lutte contre les ennemis des cultures. Elle s’articule autour de quatre axes : les macro-organismes comme les insectes, nématodes, acariens... ; les micro-organismes tels que les virus, les bactéries, les champignons qui ont montré des résultats intéressants contre la septoriose et la fusariose du blé ; les médiateurs chimiques comme les phéromones qui sont utilisés pour créer une confusion sexuelle et enfin les substances naturelles d’origine minérale, végétale ou animale.

Le biocontrôle bénéficie d'une procédure accélérée de six mois pour la mise sur le marché alors que les autorisations pour les produits phytosanitaires requièrent 12 mois. De plus, face aux attentes sociétales, les recherches vont de plus en plus dans ce sens. Même si les résultats se montrent, pour le moment, plus efficaces pour les cultures maraîchères, les vergers et les vignes, quelques outils de biocontrôle sont déjà couramment utilisés en grandes cultures comme :

  • Le phosphate ferrique contre les limaces, employé sur environ 300 000 ha (soit 10 % des surfaces traitées contre ce ravageur)
  • Le soufre contre la septoriose des céréales notamment (principalement le blé), avec environ 300 000 ha déjà concernés
  • Les trichogrammes contre la pyrale du maïs, avec 23 % des surfaces traitées, soit entre 110 000 et 140 000 ha.
Retrouvez un panorama des solutions de biocontrôle disponibles aujourd'hui en grandes cultures
>> Lutte intégrée - Jouer la carte du biocontrôle

Plusieurs pistes à l'étude

Des solutions rentables ne sont pas toujours disponibles pour le moment. Plusieurs pistes en cours d'étude montrent toutefois des résultats encourageants, comme le présentaient de nombreux chercheurs en agriculture à l'occasion de Phloème, colloque sur l’innovation céréalière, qui s'est déroulé à Paris les 29 et 30 janvier 2020. On peut notamment citer :

  • La stimulation des défenses naturelles des plantes (SDP) : des chercheurs ont isolé des lipopeptides capables d’induire chez la plante des mécanismes de défense qui la rendent moins sensible aux bioagresseurs. La recherche se poursuit pour produire un bio-fongicide susceptible de combattre l’oïdium ou la pourriture grise par exemple. À terme, l’idée est d’identifier les éliciteurs présents sur les pathogènes qui déclenchent le processus de défense de la plante, afin de la rendre plus vigilante, plus combative.
  • Un bio-pesticide marin : une micro-algue brune dispose de surprenantes qualités fongicides sur les champignons présents dans les cultures. Elle a été développée en bassin, puis réduite en poudre, et les résultats en laboratoire ont montré une efficacité de 100 % à supprimer le mildiou et de 50 % sur le botrytis.
  • Les mésanges, d’efficaces alliées : le régime alimentaire de ces oiseaux se constitue à 70 % de chenilles, c’est donc un atout important du biocontrôle. Les études ont montré que même en aménageant des nids pour les mésanges, ceux installés en agriculture classique sont plus fréquemment abandonnés que ceux aux alentours de vergers bio.
  • Les interactions plante-plante : plusieurs études montrent que le mélange de variétés ou de cultures ralentit la propagation de maladies et de ravageurs. Dans certains cas, l’interaction plante-plante modifie même le système immunitaire de la plante. Les scientifiques veulent comprendre quels sont les mécanismes en action, quels sont les échanges entre plantes afin de développer à la demande, ce système de protection. Ils cherchent aussi à identifier les alliances d’espèces qui donnent de bons résultats, car il existe des associations de plantes qui engendrent des effets négatifs. Les tests de culture de blé d’hiver associée à des pois protéagineux d’hiver démontrent un rendement de grains à l’hectare supérieur aux résultats avec les deux cultures séparées.

Ces différentes études ouvrent des perspectives intéressantes pour les années à venir. À suivre donc...


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