Tribune d'A. Van de Kerckhove, agri (60) « Aucune raison scientifique d'interdire de semer un maïs derrière betteraves »

Alain Van de Kerckhove Terre-net Média

Suite au projet d'arrêté concernant la ré-autorisation temporaire des néonicotinoïdes en traitement de semences sur betteraves sucrières, les mesures restrictives associées interrogent beaucoup les planteurs. Parmi eux, Alain Van de Kerckhove, installé dans l'Oise en Picardie, envisage de peut-être abandonner la culture de betteraves. Retrouvez le texte qu'il a écrit à ce sujet.

Alain Van de KerckhoveAgriculteur dans l'Oise, Alain Van de Kerckhove a donné son avis pour la consultation publique ouverte depuis le 4 janvier et jusqu'au 25 janvier 2021 (minuit) inclus et a choisi de le faire partager aux lecteurs de Terre-net. (©Pixabay/Alain Van de Kerckhove)

« Il n'existe pas de miel de maïs tout comme il n'existe pas de miel de blé ou d'avoine. Le maïs est une graminée qui n'héberge pas d'abeilles. Il n'y a donc aucune raison scientifique d'interdire cette plante derrière betteraves. Tout comme en Alsace, beaucoup d'agriculteurs en Picardie, cultivent un maïs derrière betteraves. »

« Pour la lutte contre les mauvaises herbes, il est très important de pouvoir mettre dans la rotation deux cultures de printemps qui se suivent (betteraves, maïs) suivies de deux cultures d'hiver consécutives (blé, escourgeon par exemple). La lutte contre le ray-grass en est largement facilitée. » 

« Délicat de semer un blé derrière betteraves » si « la structure du sol est dégradée »

La récolte des betteraves étant souvent tardive du fait de l'allongement des campagnes betteravières, la structure du sol est parfois dégradée. Il est alors délicat de pouvoir semer un blé dans de bonnes conditions à des dates tardives. Le fait de pouvoir semer derrière une betterave un maïs courant avril dans de bonnes conditions permet de pouvoir restructurer le sol par le travail et par le climat (gel d'hiver). Le maïs permet une bonne diversification de culture et un allongement de la rotation, le tout étant bénéfique pour la diminution de l'utilisation des produits de protection des plantes et une participation à la lutte naturelle contre l'enherbement. »

Interdire des couverts fleuris : « un appauvrissement pour les abeilles et pour les voisins »

L'agriculteur revient aussi sur la question des couverts fleuris mellifères : « ces couverts apportent un agrément indéniable pour les habitants et une nourriture très appréciée par les abeilles. Ceci est naturellement beaucoup plus beau et plus nourrissant qu'un champ nu ou qu'un champ semé volontairement sans nourriture mellifère. Interdire des couverts fleuris provoquerait un appauvrissement pour les abeilles et pour les voisins, ce qui est le contraire du but recherché ».

«  Année civile ou année agricole ? Les plantes, la nature et le climat se moquent de l'année civile mais respectent les lois non modifiables des saisons. L'agriculteur depuis toujours respecte ces lois. Les abeilles et nous avons besoin de plantes mellifères et de maïs derrière une betterave, sinon nous devrons abandonner la betterave et donc une partie de notre autonomie alimentaire. »

« Le principe de précaution ne doit jamais prévaloir sur la science ou sur la peur sinon il ne faudrait raisonnablement pas se lever le matin car on peut avoir un accident de voiture dans la journée, sinon il ne faudrait pas vacciner contre la Covid car il peut peut être y avoir des effets indésirables... »

Comme Alain Van de Kerckhove, plusieurs planteurs se posent la question d'arrêter la culture de betteraves sucrières.
Retrouvez le Paroles de lecteurs paru sur Terre-net la semaine passée > Néonicotinoïdes : comment faire avec les restrictions sur les cultures après betteraves ?
Sur le sujet, découvrez aussi ce thread complet sur Twitter d'Olivier Garnier, agriculteur

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