[Témoignages] Jaunisse de la betterave Jusqu'à - 80 % de rendement, les arrachages confirment des pertes historiques

Terre-net Média

Les arrachages de betteraves en cours viennent confirmer l'impact fort de la jaunisse sur les récoltes. Les baisses de rendements enregistrées à ce jour sont très aléatoires et peuvent aller jusque - 80 % ! La dérogation d'usage des néonicotinoïdes est donc fortement attendue par les planteurs pour pérenniser la culture et la filière avant l'arrivée de solution alternatives.

Betteraves touchées par la jaunisseL'attente vis-à-vis de la dérogation pour les néonicotinoïdes est très forte, afin de limiter la baisse ou l'arrêt des surfaces de betteraves par les producteurs pour les années suivantes. (©RemDumDum et @BollaertEddy/Twitter)

Les arrachages de betteraves ont démarré cette semaine chez Hervé Fouassier, agriculteur loiretain et président de section de Corbeilles-en-Gâtinais (Cristal Union). Et avant de nous donner des échos sur la récolte, il revient sur le déroulement de cette campagne 2020 atypique : « les semis réalisés au mois de mars dans des conditions sèches ont compliqué les levées. Puis dès le 15 avril, les betteraves, alors aux stades cotylédons-2 feuilles, ont été envahies par les pucerons. On a pu compter jusque 600 pucerons pour 30 betteraves ! Les insecticides foliaires, pourtant efficaces à 90-95 %, n'ont pas permis de protéger correctement les betteraves, quand on sait qu'une seule piqûre de pucerons peut suffire à transmettre le virus de la jaunisse. Le printemps a pourtant été favorable à la pousse. Entre mi-mai et fin mai, les betteraves couvraient le sol mais les premiers symptômes de jaunisse sont apparus très vite », note l'agriculteur.

Des impacts aléatoires selon les zones de production

Dans le secteur de Corbeilles-en-Gâtinais, Hervé Fouassier témoigne de « 100 % des parcelles touchées à 100 % ». Avec en plus la sécheresse estivale, les prélèvements réalisés pendant l'été et l'automne ont estimé « une baisse de rendement entre 30 et 40 %. Et selon les premiers arrachages, on est plutôt entre - 30 et - 50 % ». Sur son exploitation, Hervé Fouassier a récolté sa première parcelle : « non-irriguée et en terres argileuses, le rendement est de 37 t/ha au lieu des 80-90 t/ha habituellement ».

Avec une baisse de rendement moyenne de 40 %, « le manque à gagner est d'environ 1 000 €/ha pour les producteurs du secteur ». Comme le montre la carte ci-dessous, les attaques ont été très aléatoires selon les zones. Agriculteur au nord de l'Aisne, Philippe Parmentier compte aujourd'hui 15 % de sa sole de betteraves touchée par la jaunisse, avec un impact sur le rendement de « - 25 % pour les parcelles concernées ».

État des surfaces de betteraves sucrières impactées par la jaunisseÉtat des surfaces de betteraves sucrières impactées par la jaunisse, au 24 septembre 2020. (©ITB)

Dans certains territoires, « des agriculteurs, avec des rendements avoisinant les 20 t/ha, se sont même posé la question si cela valait vraiment le coup d'arracher les betteraves... comme dans le sud de l'Essonne, en Seine-et-Marne ou dans l'Aube. Sachant qu'un rendement de 15 t/ha rentabilise tout juste le coût d'arrachage (300 à 350 €/ha) », note Hervé Fouassier.

Arrachages sous la pluie

Un autre élément vient perturber les arrachages en cours. « On se plaignait que c'était trop sec et maintenant les pluies ne semblent plus vouloir s'arrêter. Le bon temps pour les paysans, c'est le temps qui ne dure pas », témoigne Philippe Parmentier, chez qui les chantiers ont démarré mardi. Même constat chez Hervé Fouassier, « cela complique un peu les choses dans des terres argileuses et avec de toutes petites betteraves ».

Et pourtant, les chantiers doivent avancer pour alimenter suffisamment les usines. « Habituellement, un chantier d'arrachage permet de fournir 800 t/jour, cette année on est plutôt à 400 t/jour, alors que l'usine de Corbeilles-en-Gâtinais nécessite 10 500 t de betteraves par jour par exemple ». Avec les baisses de rendements, « la durée de la campagne a donc été revue à la baisse, environ 75 jours de campagne, pour 700 à 750 000 t de betteraves, au lieu de 110 jours pour 1 100 000 t », précise Hervé Fouassier. « Les conséquences ne sont pas seulement agricoles : cela représente 35 jours de travail en moins pour les saisonniers, les transporteurs, tous les sous-traitants, les restaurateurs locaux, etc. L'impact est fort pour l'ensemble de la filière et les territoires locaux. »

La pérennité de la filière suspendue à la dérogation des NNI

« Dans la plaine, le désarroi des planteurs est fort aujourd'hui. On a vu les betteraves dépérir au fur et à mesure de la campagne et les récoltes estimées viennent concrétiser les pertes estimées. De plus, la richesse en sucre est également en dessous : autour de 17 % (18-19 % habituellement), ajoute Hervé Fouassier. C'est pourquoi le plan de soutien gouvernemental et la dérogation d'usage des néonicotinoïdes sont fondamentaux pour la filière ».

« Les betteraves bio résistent mieux à la jaunisse », vraiment ??

Cette affirmation de Yannick Jadot, reprise plusieurs fois dans différents médias, ne semble pas se vérifier sur le terrain. Sur le secteur de Corbeilles-en-Gâtinais, « on observe les mêmes impacts de la jaunisse quelle que soit la conduite des betteraves », indique Hervé Fouassier. Le ministère de l'agriculture a également rappelé plusieurs fois qu'aucune donnée ne permet à ce jour d’assurer que les betteraves bio résistent mieux à la jaunisse, ne serait-ce qu' à cause de la faible surface de betteraves bio dans le pays (moins de 0,5 % de la surface betteravière française). De plus, l’hétérogénéité des attaques suivant les territoires biaise la comparaison entre bio et conventionnel. À noter également : les semis étant généralement un peu plus tardifs en bio, cela peut faire varier le niveau d’infestation si le climat, au moment, est plus ou moins favorable aux pucerons.
>> Retrouvez, sur ce sujet, une chronique dédiée dans le dernier épisode "Le quart d’heure agricole".
Lire aussi > Betteraves et NNI : Christiane Lambert corrige Yannick Jadot

L'attente vis-à-vis de cette dérogation est très forte, afin de limiter la baisse ou l'arrêt des surfaces de betteraves par les producteurs. « Si elle n'est pas acceptée, il sera compliqué de risquer une nouvelle campagne comme celle-ci. Et si la réduction des surfaces est trop importante, les conséquences peuvent être graves pour nos outils industriels, fait remarquer l'agriculteur loiretain. En attendant de trouver des solutions alternatives, il est donc capital de pérenniser la culture de la betterave et la filière ».

Mais des signaux positifs pour la suite !

Néanmoins, Hervé Fouassier veut rester confiant. « La betterave a du potentiel dans nos régions et des atouts à faire valoir : culture tête de rotation, un marché européen plus porteur, des co-produits stratégiques pour l'élevage et la méthanisation, des outils industriels modernisés et restructurés, etc. », précise-t-il. « Tout cela permet une meilleure valorisation pour cette campagne, qui a été annoncée récemment. Nous avons obtenu un prix rémunérateur de 25 €/t à 16° betteraves entières, après deux années de valorisation faible. [...] Il est donc important de maintenir les surfaces. Tous les acteurs de la filière se mobilisent pour trouver des solutions alternatives (plan de transition par l'Inrae et l'ITB, plan de prévention de l'AIBS...). Et les avancées au niveau génétique sont également encourageantes (programme Aker). »

Et chez vous ? Quels sont les échos dans votre secteur ? N'hésitez pas à laisser un commentaire.

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