Novag, le « penseur » du semis direct replante ses racines en France

Nova Reportage Semis direct
L'atelier où sont assemblés les semoirs de Novag s'étend sur 2 000 m². Jusqu'à 50 semoirs peuvent être fabriqués par an. (©Terre-net Média)

Il a acheté, en 2011, le tout premier semoir vendu par Novag. Aujourd’hui, il dirige l’entreprise. « C’était par une Cuma, à 4, pour des terres à 60 % d’argile, il ne fallait pas se tromper sur le rappui. Nous l’avons acheté sur plan, comme un appartement », sourit Jean-Paul Rault. Cet éleveur vendéen a pris en 2025 les rênes du spécialiste du semis direct, installé à Fressines. Mais même s’il croit dur comme fer à son produit, ce n’est pas lui qui va garnir le carnet de commandes : son semoir pionnier tourne toujours. « Nous sommes dans le marais, il y a peu d’usure. Mais c’est la preuve que c’est du robuste ! »

L’aventure de Novag commence en 2009, aux antipodes des Deux-Sèvres, et même à l’exact opposé sur le globe terrestre : en Nouvelle-Zélande. Un jeune ingénieur en mécanique, originaire de La Rochelle, y réalise son stage de fin d’études. « Je voulais aller le plus loin possible et apprendre l’anglais », résume Ramzi Frikha. Le jeune homme, fils d’informaticien, ne connaît « pas grand-chose au monde agricole ». Il atterrit chez Cross Slot, un constructeur précurseur du semis direct, fondé par d’anciens universitaires. Une révélation : « J’ai découvert tout un univers ».

Nova Reportage Semis direct
Le dernier semoir T-ForcePLus 650 regroupe tout le savoir-faire de Novag. (© Terre-net Média)

C’est à l’autre bout du monde qu’il rencontre Antoine Bertin, apprenti agriculteur venu de l’Eure, qui écume les fermes néo-zélandaises pour se former. Une amitié nait. Une entreprise aussi. Le duo importe et étoffe le concept du fameux sillon en T inversé. « Nous voulions rendre cette technique accessible et utilisable sans avoir un doctorat. Le semis direct était encore très marginal », raconte Ramzi Frikha. CS Agrimat est lancé, « un peu comme une start-up », et hébergée chez un sous-traitant de Celles-sur-Belle qui fabrique les premières machines, deux ou trois par an pour commencer.

Le nom Novag apparaît en 2013, pour des questions de financement mais aussi juridiques : Cross Slot poursuit la jeune société pour contrefaçon. Un véritable crève-cœur et une bataille interminable devant les tribunaux, que les Français gagneront finalement en 2019. Cross Slot finit par mettre la clé sous la porte. L’ancien maître de stage de Ramzi Frikha, Bill Ritchie, le recontacte. Il importe aujourd’hui Novag en Nouvelle-Zélande. « C’est une forme de validation et de reconnaissance », avoue l’ingénieur.

Nova Reportage Semis direct
Près de 6 000 pièces différentes, venues de plus de 60 fournisseurs, sont stockées à l'usine de Fressines. (© Terre-net Média)

L’envol de Novag arrive en 2017. La jeune pousse embarque pour Agritechnica avec, sur la remorque, un énorme semoir de 8 mètres à chenilles. Un pari et un succès : le monstre atypique partira en Lettonie à l’issue du salon. « Les Pays baltes, ce sont des fermes gigantesques avec des agriculteurs très formés en agronomie », souligne Ramzi Frikha. Mais, surtout, Novag rencontre son marché, l’Allemagne. « C’est la moitié de notre production. On s’y est fait connaître grâce à des démonstrations. Ils sont très pragmatiques ».

Une filiale germanique voit le jour en 2022 : « Cela nous a crédibilisés, notamment vis-à-vis des pays de l’Est, où les Français n’ont pas forcément bonne réputation ». La production monte jusqu’à 40 semoirs par an, portée par l’Océanie pendant les années Covid. « L’Australie, c’est un laboratoire incroyable. En un an là-bas, les machines en prennent 10 et tout ce qui doit casser casse ! » constate Ramzi Frikha.

Nova Reportage Semis direct
Le service de retouche permet de traiter en interne et rapidement les pièces non-conformes. (© Terre-net Média)

En 2024, l’irrésistible ascension, les carnets de commandes qui débordent et les croissances de 50 % par an s’effondrent en même temps que le marché du machinisme. Les fonds d’investissement réclament leur mise. Novag est placé en redressement judiciaire. Jean-Paul Rault débarque en avril 2025, préserve l’emploi (une vingtaine de salariés aujourd’hui) et ajuste une nouvelle cible : le marché français. « Nous l’avons négligé, 90 % de notre production part à l’étranger. Beaucoup de gens ignorent même que nous sommes un constructeur français », reconnaît Ramzi Frikha.

Pour attaquer l’Hexagone, Novag s’appuie, là aussi, sur un ancien client. Clément Gilbert, 24 ans, agriculteur dans la Vienne à la tête de 350 hectares, a acheté un T-ForcePlus 650 en 2024. « Je voulais basculer en semis direct. J’ai fait un business plan. Un Novag, c’est cher mais il m’assure des résultats immédiats et des couverts réussis, qui sont la clé de voute du système. Je fais tout avec, j’ai économisé sur le parc matériel, le GNR et surtout sur le temps », raconte-t-il.

Nova Reportage Semis direct
Une machine de démonstration d'1,50 m est utilisée pour prouver l'efficacité du système. (© Terre-net Média)

Depuis novembre 2025, Clément Gilbert met à profit ce temps en assurant la commercialisation de Novag en France.  « Comme pour notre président, c’est bon d’avoir des ambassadeurs convaincus, des utilisateurs qui racontent une histoire », se félicite Ramzi Frikha. « Je ne reviendrai jamais en arrière. C’est enthousiasmant de voir sa terre évoluer », clame l'agriculteur. Novag vend en direct. Une machine qui fait tout n’incarne pas l’idéal des concessionnaires. « Et c’est un produit qui reste technique, il faut savoir l’expliquer », complète le fondateur.

L’atelier, inauguré en 2018 à deux pas de Niort, s’étend sur 2 000 m². « Je l’ai dessiné pour fabriquer 50 semoirs par an à une époque où en fabriquait que 5. Il fallait se projeter dans le futur », se souvient l’ingénieur. Pour cet éternel perfectionniste, si c’était à refaire, « le quai de logistique serait plus large ». L’odeur du métal en fusion ne flotte pas dans l’air : « Nous ne sommes pas des forgerons. Notre activité, c’est l’assemblage et la conception ».

Nova Reportage Semis direct
L'IntelliFox, l'une des dernières innovations de Novag, s’adapte sur le semoir pour détruire les galeries de campagnols et injecter des raticides. (© Terre-net Média)

Novag s’est entouré d’une soixantaine de fournisseurs, essentiellement locaux pour simplifier le contrôle qualité : « Nous avons rarement la chance d’avoir accès à des pièces standards. Nous avons même des roulements sur-mesure spécialement pour nous ». L’usine abrite d’ailleurs un service de retouche pour gérer les pièces non-conformes : « On ne peut pas tout renvoyer. Cela se joue à quelques dixièmes, nos exigences sont très élevées ».  Un semoir nécessite environ 2 500 pièces différentes. Près de 6 000 sont stockées sur place.

Le système promu par Novag reste aujourd’hui dépendant du glyphosate. Sur les 230 semoirs en circulation dans le monde, seuls deux le sont dans des exploitations bio. « Des alternatives seraient utiles, concède Ramzi Frikha. Nous essayons de créer une communauté de clients pour qu’ils échangent sur leurs pratiques. J’ai des clients allemands qui ont appris à s’en passer. Mais cela reste aujourd’hui la méthode la plus économique et fiable ».

Après sa crise de croissance, Novag repart de l’avant, en perpétuant son image de « leader intellectuel sur le semis direct », comme l’explique son fondateur. « Le potentiel de ce semoir correspond à notre époque, analyse Jean-Paul Rault. Le carbone, c’est un sujet mondial, l’autonomie alimentaire aussi. Avec un Novag, on peut intervenir vite sur des friches et profiter de la matière organique en surface. Il répond aussi aux demandes du gouvernement français de faire revivre les sols. Le monde agricole s’y intéresse, il y a une écoute ».

Inscription à notre newsletter

COACHING

Coaching

Avec Charlie, mon coach agri, approfondissez vos connaissances, pilotez votre exploitation et optimisez vos décisions

MATÉRIELS D'OCCASIONS

Terre-net Occasions

Plusieurs milliers d'annonces de matériels agricoles d'occasion

OFFRES D'EMPLOIS

Jobagri

Trouvez un emploi, recrutez, formez vous : retrouvez toutes les offres de la filière agricole

Réagir à cet article