Marchés mondiaux La Russie et la Chine dans l’œil du Cyclope 2014

Terre-net Média

Philippe Chalmin a présenté la 29e édition du "Cyclope, les marchés mondiaux" axée sur le rôle prédominant de la Chine. L'empire du Milieu est faiseur de prix, de marchés et de pénuries. Tous les regards sont aussi tournés vers la crise russo-ukrainienne dont personne ne connaît le dénouement.

Silos en UkraineSi des sanctions sont prises contre la Russie, plus de 20 Mt de céréales pourraient être soustraites des marchés. (©Agritel)L’actualité agricole mondiale se caractérise par le retour des politiques agricoles dans les principaux pays producteurs, le comportement aléatoire de la Chine sur les marchés mondiaux où elle a les moyens de « souffler le chaud et le froid » et par la crise russo-ukrainienne dont il est impossible de savoir à quoi elle aboutira.

« Ne cherchez pas la personne qui sait, elle n’existe pas ! », déclarait justement François Luguenot, un des soixante contributeurs de la 29e édition du Cyclope présentée par Philippe Chalmin, le 14 mai dernier. Il a rédigé en particulier le chapitre consacré aux céréales.

Incertitudes sur le blé russe exportable 

Différents scénarios sont en effet envisageables dans les prochaines semaines sur le dénouement de la crise en Ukraine. Avec comme enjeu agricole essentiel, la quantité de blé disponible exportable en Russie.

Pour cette campagne 2013/2014, elle a porté sur 16,4 millions de tonnes (Mt) pour une production de 58 Mt. Mais pour l’an prochain, s'il est trop tôt pour réaliser des prévisions de récolte sur les blés de printemps juste semés, des questions se posent sur les moyens financiers qu’ont les agriculteurs pour acheter les intrants nécessaires pour obtenir de bons rendements.

Mais surtout, des sanctions financières imposées par les Etats-Unis limitant, voire interdisant les transactions financières en dollars avec la Russie, pourraient paralyser toutes les ventes. Dans cette hypothèse, seraient soustraites des marchés plus de 20 millions de tonnes de céréales. Mais la timidité des sanctions appliquées à ce jour laisse penser que la communauté internationale n’est pas encore prête pour s’engager dans cette voie extrême.

Retour des investisseurs sur les marchés

D’autres incertitudes portent sur le gaz russe et les effets collatéraux en Europe occidentale d’une rupture d’approvisionnement. Il pourrait ne pas être acheminé par pipeline afin de ne pas être siphonné par l’Ukraine en quasi-cessation de paiement.

Mais la conclusion rapide des négociations en cours avec l’Iran sur l’arrêt de son programme nucléaire et l’enrichissement de l’uranium pourraient favoriser le retour du pétrole iranien sur les marchés. A condition cependant que les compagnies pétrolières aient intérêt de revenir exploiter les réserves massives d’hydrocarbures.   

Ces événements favorisent le retour des investisseurs sur les marchés agricoles et notamment sur celui des produits tropicaux (café et cacao) et du soja. Leurs activités pourraient s’intensifier si le dérèglement climatique modifie considérablement le régime des précipitations.

La Chine sur tous les marchés

L’empire du Milieu est « un faiseur de prix », souligne Le Cyclope dans un chapitre qui lui est entièrement consacré. Elle se révèle chaque année de plus en plus dépendante des importations de pétrole et de l’ensemble des matières premières industrielles. La moindre importation de produits agricoles porte sur des millions de tonnes.

La Chine confirme chaque année son rang de premier importateur mondial de soja (60 % des transactions), de coton et de maïs qu’elle achète chaque année en plus grandes quantités. Et toute nouvelle entrée de la deuxième puissance mondiale sur un marché est remarquée. Il en est ainsi de celui des produits laitiers français en particulier.

Les salons de l’alimentation en Chine constituent du reste de nouvelles opportunités pour exporter davantage de produits agricoles et agroalimentaires français, leur qualité et leurs normes de production.

Mais surtout, la Chine a les moyens de générer des tensions en retirant des marchés des quantités massives de matières premières pour créer des pénuries et orienter ainsi les cours mondiaux. « Les importateurs chinois utilisent les stocks comme effets de levier pour spéculer sur les marchés et il est difficile de prévoir leur attitude. La parité du Yuan joue du reste en leur faveur », selon François Luguenot.


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