Retard dans les semis de printemps É. Buysse: « On aura forcément une baisse de potentiel en betteraves et en lin »

Nicolas Mahey Terre-net Média

Partout dans le grand quart nord-est, les conditions météos froides et pluvieuses entraînent des retards, particulièrement dans l’implantation des cultures de printemps. Éric Buysse, céréalier au Hérie-la-Viéville (Aisne), n’a toujours pas pu semer son lin et seulement 20 % de ses surfaces en betteraves. Les cultures d’automne semblent en revanche moins impactées.

Eric Buysse, céréalier dans l'AisneÉric Buysse, céréalier dans l'Aisne, s'inquiète du retard dans le semis de ses cultures de printemps. En revanche, ses blés se portent plutôt bien.  (©Eric Buysse)

« La luminosité a été très faible depuis novembre : mon bâtiment photovoltaïque a enregistré une perte de 20 % par rapport à un hiver normal », fait remarquer Éric Buysse, céréalier au Hérie-La-Véville. « Il a également beaucoup plu et fait froid. » Une situation confirmée par Alain Tournier, conseiller en agronomie à la Chambre d’agriculture départementale : 100 à 150 mm depuis le mois dernier et des gelées blanches encore la semaine dernière. Conséquences : des retards significatifs sur l’implantation des cultures de printemps – celles d’automne ayant moins souffert.

Comment se portent ses cultures d'automne ?
« Mes blés vont plutôt bien car les azotes ont fonctionné. Les colzas sont ralentis mais cette météo a au moins le mérite de limiter le vol des charançons et de recharger les nappes. Pour moi, il n’y a pas de perte de potentiel sur les cultures d’automne : on est début avril, les premiers blés sont au stade épi 1 cm et la pluie aide les azotes à les alimenter. On n’attend plus que le soleil. »
Chez le céréalier, pas de dégâts de gel, même dans les zones très hydromorphes comme cela a pu être le cas ailleurs. « Le fond se sèche quand même : je suis actuellement en train de fertiliser et on ne fait pas d’ornières. »
En revanche, certains secteurs du département sont plus en retard, et on observe assez régulièrement la formation de faux décollements d’épis (ou cals cellulaires) sur blé.

L’inquiétude d’Éric Buysse concerne plutôt les betteraves et le lin. « Semés au delà du 10 avril, ils auront forcément une baisse de potentiel. On arrive dans la période critique. Il y aura peut-être une fenêtre fin de semaine, avec un retour de la pluie lundi. De toute façon, on sèmera en conditions humides. On ne fera pas du bon travail…. mais il faut y aller. »

Si ses orges de printemps ont été semées dans les créneaux, Éric Buysse craint une possible baisse de potentiel, due aux pluies survenues juste après les semis. « Ceux qui ont semé pendant la période de gel seront avantagés. Pour ma part, ça va limiter le tallage. Je m’attends à une baisse de rendement de l’ordre de 10 q/ha. »

Une estimation qui, selon Alain Tournier, paraît cohérente : « Normalement, toutes les orges ont été semées. Néanmoins, on devrait être à 2-3 feuilles, et on n’en est qu’au stade levée. Ceux qui n’ont pas encore semé peuvent se poser la question de le faire ou pas. Implanter autre chose ? Il est trop tard pour les protéagineux, et le maïs ne me paraît pas une option rentable. » Le conseiller rajoute que pour les betteraves, une récente note de l’ITB annonce une perte de productivité de 0,5 % par jour pour des semis effectués entre le 23 mars et le 13 avril, 1 % au-delà.

Côté organisation des chantiers, Éric Buysse a mobilisé ses deux salariés deux week-ends de suite « avec ce que cela implique d’heures supplémentaires. » Pour le céréalier, il devient nécessaire de s’équiper pour semer de plus en plus rapidement, comme pour la moisson. « J’ai en tout 25 hectares de lin avec mon fils. Il faudrait idéalement les implanter en une journée. » La productivité du lin dépendant largement de la structure des sols au moment du semis, les conditions ne semblent pas réunies pour assurer le plein potentiel de cette culture.

« Tout va dépendre du printemps, conclut Alain Tournier. Ça peut très bien ne pas se voir comme se traduire par des catastrophes, mais on peut légitimement être pessimistes compte tenu du climat actuel. »

Éric Buysse est installé depuis 1986 sur 270 hectares. Il cultive 130 hectares de blé tendre, 70 ha de betteraves, 38 ha de colza, 15 ha de lin, 7 ha d’orge de printemps et 10 ha de prairies permanentes. Son fils exploite également 130 ha.

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