Témoignages d'agriculteurs Pied dans l’eau et pivot gelé, le colza bourguignon pique du nez

Yoann Frontout Terre-net Média

De fortes pluies et de violents épisodes de gel ont malmené les cultures en Bourgogne. Première victime : le colza, peu enclin au barbotage. Témoignages croisés de quatre agriculteurs en Côte d’or, dans l’attente d’une éclaircie bienfaitrice.

Colza en BourgogneDes pieds lourdement impactés pour Nicolas Chambrette (Nesle-et-Massoult). (©Nicolas Chambrette)

Fin 2017, la Bourgogne connaissait un épisode de sécheresse important et le bas niveau des nappes phréatiques inquiétait. Heureusement, depuis janvier, la pluie s’invite à nouveau dans la région. Une bonne nouvelle pour les réserves hydriques, mais pour les cultures, il en est autrement... « S’inviter » est en effet un euphémisme : « s’abattre » serait plus propice. Fortes averses, crues et inondations se sont en effet succédé. Le 9 mars dernier, un arrêté gouvernemental reconnaissait même l’état de catastrophe naturelle pour le département de la Côte d’Or.

Aujourd’hui, de nombreuses cultures de colza ont encore les pieds dans l’eau, le temps étant toujours aussi peu clément. « Nous ne sommes pas au bout de nos peines, et il est pour le moment toujours difficile de rentrer dans les champs », déplore Pauline Allard, spécialiste grande culture à la Chambre d’agriculture de Chatillon-sur-Seine.

« Il y a des parcelles où je n’ai toujours pas réalisé le deuxième passage d’azote car le niveau ne descend pas », témoigne ainsi François Xavier Lévêque, agriculteur à Bressey-sur-Tille, au sud-est de Dijon. Sur les 130 ha de colza qu’il a semés, il a estimé pour le moment que 3 à 4 hectares étaient définitivement perdus. Ses parcelles ont vu passer trois vagues d’inondations, celle du 26 janvier en ayant submergé une bonne partie. « C’est dans les zones basses, là où l’eau a stagné, qu’il y a eu une destruction quasi totale des pieds. » La plante supporte en effet mal les excès d’eau, qui empêchent les racines de s’oxygéner. Selon l’agriculteur, au bout de trois ou quatre jours d’apnée, le colza n’est plus bon. Or, par endroits, les pieds sont restés submergés pendant plus de 15 jours.

Colza gelé en Bourgogne Des colzas gelés pour David Comparot (Benoisey) (©David Comparot)

Quand le froid est de la partie

Les colzas qu’a semés David Comparot, agriculteur à Benoisey (ouest du département) ont quant à eux les pieds au sec. Si les parcelles ont été bien arrosées, la terre est en effet assez superficielle pour que l’eau ne stagne pas. Sur sa quarantaine d’hectares, des dégâts hétérogènes sont pourtant à déplorer. En cause, cette fois, le gel. « Les parcelles congelées sont à peu près les mêmes qu’il y a six ans », constate l’agriculteur. En 2012, la Bourgogne avait en effet connu un important épisode de gel. David Comparot note par ailleurs un effet variétal puisque la seule variété pure qu’il a semée est bien plus impactée que les autres.

Pour Nicolas Chambrette, agriculteur à Nesle-et-Massoult (nord du département) et Clément Boccard, agriculteur à Montigny – Montfort (à côté de Benoisey), c’est la conjugaison de l’excès d’eau et du gel qui a frappé leurs champs. Un cocktail néfaste impactant 90 % des pieds de colza pour le premier. « J’ai 10 % de détruit entre 80 et 100 %, 10 % qui sont normaux et 80 % qui sont en retard », détaille l’agriculteur. Clément Boccard a eu quant à lui plus de chance : sur ses 22 ha de colza, seule une parcelle de 6 ha a accusé une perte, évaluée à 2 ha. « L’excès d’eau couplé à un épisode de gel à - 13°C a donné des pieds marrons avec le pivot pourri », décrit-il.

Colza gelé et inondé en Bourgogne2 ha détruits par le gel et les inondations pour Clément Boccard (Montigny-Montford) (©Clément Boccard)

Quelle stratégie adopter ?

Froid, gel, ou combinaison des deux : dans tous les cas, les dégâts sont très hétérogènes. Les zones où les pieds sont détruits forment des tâches dans les parcelles, résultat des couloirs de vent pour le gel et du relief pour les inondations. Une situation qui vient complexifier une prise de décision déjà peu évidente. A cette date de l’année, planter des orges de printemps serait trop tardif, surtout si les parcelles restent toujours inondées. « Les dernières issues que l’on a sont d’opter pour du maïs sur de bonnes terres ou du soja pour des terres plus légères », résume François Xavier Lévêque. « Si c’est trop risqué, il vaut mieux mettre en herbe pour limiter la casse ». Pour le moment l’agriculteur attend encore, mais il pense certainement se tourner vers cette dernière option et ainsi toucher le DPB (droit à paiement de base).

De la même façon, Nicolas Chambrette préfère laisser le maïs et le soja de côté, jugeant ses terres mal adaptées à leur culture. Il y aurait bien le tournesol, qu’il avait choisi de faire après l’épisode de gel de 2012 et qui avait donné une bonne récolte, mais les zones abîmées sont trop dispersées sur les parcelles. Il laisse donc tout en place, même les 10 % très abîmés dont il juge le potentiel diminué de 70/80 % et espère en tirer entre 10 et 15 q/ha.

David Comparot a choisi également de garder les cultures en place. « Je sais par expérience que le colza récupère énormément, explique-t-il. En 2012, les pieds étaient bien plus impactés et le rendement était pourtant au rendez-vous. »

Seul Clément Boccard a décidé de resemer, les pieds touchés étant réunis dans une même surface de 2 ha. Il va donc y cultiver au printemps du maïs fourrage ou, éventuellement du soja.

Quelle que soit l’option envisagée, l’attente est toujours de mise. Pour Pauline Allard, il est bien trop tôt pour faire des estimations : « le dernier épisode de gel important date du 27 février, or les dégâts provoqués par le froid sont très insidieux, on met du temps à les voir... » Sans compter que si certaines parcelles sont reparties, il pleut toujours, et le soleil joue encore l’éternel absent…


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