Colza Une filière mobilisée pour assurer son avenir

Yoann Frontout Terre-net Média

Des étés plus secs (si l’on omet ce mois de juillet), des ravageurs plus résistants aux pyréthrinoïdes et, en parallèle, une réduction des autres substances actives homologuées... Pour continuer à assurer les rendements de colza, les agriculteurs doivent adopter de multiples leviers agronomiques. En arrière plan, c’est toute une filière qui s’évertue à les accompagner.

Essai de colza associé à des légumineusesLes plantes compagnes représentent un des leviers mobilisés par les agriculteurs pour une meilleure nutrition du colza et améliorer la structure du sol... (©Michael Geloen/Terres Inovia) 

Cette année, les surfaces de colza en France sont en deçà d’un million d’hectares, suivant une baisse déjà marquée depuis trois ans (pour comparaison, la moyenne pour 2016-2017-2018 était de 1,52 million d'ha). Un recul à nuancer toutefois selon les régions, comme le précise le rapport d’Agreste paru en mai dernier. Le Centre, par exemple, a vu sa sole progresser de 5,5 % par rapport à 2020 mais, dans les autres grandes zones de production, la campagne est de moins en moins teintée de jaune au printemps. « L’est de la France voit un recul historique du colza : - 41,8 % en Champagne-Ardenne et - 55,2 % en Lorraine » note le rapport. En cause ? À l’implantation, notamment, des conditions de plus en plus sèches et un insecte – la grosse altise – qui ne fait pas de cadeau, en automne, aux pieds peu robustes. Face aux risques qui pèsent sur la filière colza, les acteurs diversifient les parades.

Précocifier les semis, vraiment ?

Une première évolution notable concerne les dates de semis : avec des régimes hydriques aujourd’hui plus incertains, il est difficile de trouver le bon créneau ! Celui-ci va pourtant être primordial pour avoir une levée en 5 à 10 jours, comme préconisé par Philippe Charron, chef produit colza chez RAGT Semences, et ainsi à la fois assurer le potentiel de sa culture et gagner la course contre la grosse altise. En effet, plus les plantes seront bien développées à l’automne, moins les larves progresseront vite vers le bourgeon terminal et feront de dégâts.

Plutôt que de parler de « précocifier » les semis, Michael Geloen, ingénieur de développement à Terres Inovia, préfère conseiller de semer avant une pluie, afin que le colza démarre vite, et donc de « se tenir prêt » à semer à partir de début août. Qui plus est, trop précocifier, c’est s’exposer à d’autres ravageurs comme la mouche du chou. Toujours dans une logique d’apport hydrique suffisant, l’ingénieur note par ailleurs que les agriculteurs ont tendance aujourd’hui à travailler plus tôt leur sol après la moisson et le refermer afin d’éviter que l’eau ne s’évapore. « Des implantations en semis direct se développent également sur certains secteurs mais cela demande de bien gérer les pailles du précédent » précise-t-il.

Agriculteurs opportunistes à l’implantation, semenciers réactifs à la livraison ?

En travaillant sur la logistique afin de gagner quelques jours sur le process et en jouant sur la répartition géographique du stockage des semences, les distributeurs ont pu s’adapter sans trop de mal à des dates de semis plus hétérogènes. Même si la grande majorité des semences implantées sont issues de la production de l’année et le stockage d’une année sur l’autre est moins pratiquée que dans d’autres pays - comme l’Allemagne - les conditions climatiques du Sud-Ouest assurent une multiplication du colza rapide. « Nous commençons les récoltes au 20/25 juin ce qui permet de réceptionner tôt, de trier, calibrer, faire le contrôle qualité afin de fournir les semences commerciales aux coopératives et négoces dès le 10/15 juillet » explique Philippe Charron. Si la situation l’exige, le stockage des semences d’une année sur l’autre pourra néanmoins être aisément augmenté.

Un colza robuste en ligne de mire

En dehors des dates de semis, différents leviers agronomiques sont évalués tout en s’invitant d’ores et déjà dans les pratiques. Un des objectifs principaux : bien nourrir en azote et phosphore la plante afin d’assurer une croissance continue à l’automne et la rendre moins sensible aux insectes. « Nous commençons à voir de plus en plus d’agriculteurs investirent dans la fertilisation organique ou minérale au semis pour aider le colza au démarrage » note Michael Geloen. Pour l’ingénieur, cette pratique doit aller de pair avec une densité de semis raisonnée. La ramification étant importante, pour 30 pieds semés/m2 on peut faire le même rendement qu’avec 50 tout en le sécurisant : c’est bien le nombre de siliques/m2 qu’il faut considérer.

Autre levier mobilisé, les plantes compagnes comme les lentilles ou le trèfle d’Alexandrie, pour une meilleure nutrition du colza et améliorer la structure du sol, mais pas seulement ! « Aujourd’hui, l’association colza-légumineuses fonctionne bien, elle représente entre 15 à 20 % des surfaces de colza semées en France » constate Philippe Charron. « La pratique s’est particulièrement développée ces trois dernières années dans les secteurs avec de fortes problématiques insectes » précise Michael Geloen. Les plantes compagnes peuvent en effet limiter la quantité de larves d’altise par pied de colza, « mais il faut pour cela qu’elles représentent 300 à 500 grammes de biomasse par mètre carré sur l’entrée de l’hiver » ajoute l’ingénieur. Comment agissent-elles  ? Certains chercheurs supposent une confusion visuelle ou une action répulsive.

Nouveaux mélanges, nouvelles variétés

Parfois associés aux mélanges colza–légumineuses, les distributeurs proposent également des variétés « pièges », particulièrement sensibles à un ravageur, afin de mieux protéger la variété d’intérêt. C’est le cas depuis des années pour le méligèthe ; c’est aussi vrai, aujourd’hui, pour la grosse altise avec une première variété ultra-précoce chez KWS. D’autres vont faire leur apparition, RAGT travaillant par exemple à valider la proportion en mélange de leur propre variété piège pour des résultats en 2022. Chez Terres Inovia, c’est la deuxième année que la technique est en évaluation.

En termes d’innovations variétales toujours, mais à moyen-long terme cette fois, l’objectif est de développer des variétés plus tolérantes face au ravageur et ayant une bonne vigueur d’installation. Des variétés qui valoriseront bien, justement, les éléments minéraux apportés par une fertilisation starter plébiscitée. Et s’il faut néanmoins se résoudre à retourner, de nouvelles stratégies de partage des risques comme celle du groupe Soufflet pourront peut-être aider la filière. Reste à espérer que les cours soient là !


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