Ravageurs du colza La lignée ES Alicia d’Euralis, piège à méligèthes, s’est fait sa place

Terre-net Média

La variété ES Alicia d’Euralis, utilisée depuis 2013 comme "piège" à méligèthes, couvre aujourd’hui 5 000 ha en France. Le mélange de 6 à 8 % de la lignée permet d’éviter un traitement insecticide en cas de pression modérée à normale.

Une parcelle de colza en mélangeES Alicia fleurit entre quatre et huit jours avant la variété d’intérêt. (©Euralis Semences)

Voilà presque 10 ans qu’ES Alicia a été inscrite en France. Au départ simple lignée précoce ajoutée au portefeuille produits d’Euralis Semences, elle est rapidement supplantée par les nouveaux hybrides. Mais Terres Inovia repère la variété pour sa grande précocité et l’intègre à une campagne d’essais portant sur les techniques agro-environnementales. « Sur le marché, il y a peu de colzas à la précocité aussi marquée, car ce n’est pas un critère très recherché. C’est pourquoi les producteurs n’ont aucun doute sur le fait qu’Alicia va fleurir avant la variété d’intérêt et jouer son rôle », explique Alain Baqué, responsable produits et marchés chez Euralis Semences. En 2013, son utilisation comme "piège à méligèthe" démarre dans l’ouest de la France.

Des boutons quatre à huit jours plus tôt

Cette lignée, résistante au froid et assez tolérante aux maladies, fleurit quatre à huit jours avant la variété d’intérêt, avec un stade d’avance. Elle s’utilise en mélange, à hauteur de 6 à 8 % de grains dans la semence d’intérêt, soit en moyenne 100 000 grains pour une dose de colza contenant un million et demi de graines. ES Alicia constitue un "spot alimentaire" précoce pour les méligèthes qui mangent ses boutons floraux et terminent leur cycle en épargnant la variété principale. « Avec un seuil de retournement de 10 plants/ha, le colza a une forte capacité de compensation. Une fois l’Alicia mangée, la variété d’intérêt va produire des ramifications et occuper la place libre, sans impact sur le rendement », précise Alain Baqué.

Si le recours à une variété "piège" réduit le niveau d’infestation sur celle d’intérêt, il n’affranchit pas d’une observation régulière de la parcelle, ni forcément du recours à une protection insecticide. « Si la pression est normale à modérée, cette pratique permet généralement de ne pas traiter. Si elle est vraiment extrême, il faudra intervenir », indique l’expert. Notons que, dans plusieurs régions, des parcelles de colza en mélange avec ES Alicia ont désormais été intégrées au réseau d’observation du Bulletin de santé du végétal (BSV).

5000 ha cultivés en France

Cette lignée représente actuellement 5 000 ha sur les 1 450 000 ha de colza français. Une surface qui devrait progresser en 2016. La semence est conditionnée en mini-doses de 100 000 grains et colorée en rouge pour faciliter la réalisation du mélange par l’agriculteur. « Aujourd’hui, ES Alicia apporte une offre complémentaire importante au catalogue d’Euralis Semences, qui investit à nouveau fortement dans le colza depuis 10 ans. Elle s’est fait sa place ! Elle constitue par ailleurs une démarche de service intéressante pour les distributeurs et un outil de communication qu’ils peuvent s’approprier », ajoute Alain Baqué.

La firme semencière continue ses recherches sur les méthodes alternatives de lutte contre les ravageurs du colza, en testant des variétés tolérantes aux altises et charançons du bourgeon terminal. Une au moins serait déjà identifiée pour son très bon comportement face à ces insectes : moins de piqûres, pour un développement végétatif inchangé.

Des panneaux pédagogiques aux abords des champs

Euralis a lancé, il y a deux ans, une campagne de communication sur les variétés "pièges". Des panneaux pédagogiques sont mis à disposition des distributeurs d’ES Alicia, localisés principalement dans le quart nord-ouest de la France. Les pancartes, placées aux abords des parcelles proches des chemins de randonnée, expliquent le principe de cette variété et son intérêt pour les insectes auxiliaires. Au départ à destination du grand public seul, la campagne vise aussi, cette année, les agriculteurs.
« Communiquer sur ES Alicia était une demande des producteurs comme des distributeurs », précise Alain Baqué, responsable produits et marchés chez Euralis Semences. Parmi les structures à s’être engagées, la coopérative picarde Noriap a proposé des panneaux aux 400 adhérents ayant adopté la technique, dont les exploitations sont situées de la région Normandie aux départements de la Somme et de l’Oise.Campagne de pancartageLa campagne de pancartage lancée par Noriap en 2016 explique les bénéfices des variétés précoces pour les insectes auxiliaires. (©Euralis Semences)
Pierre Villain, polyculteur-éleveur dans la Somme
« Le recours à une variété précoce devrait être obligatoire »


À Bécordel-Bécourt, dans la Somme, Pierre Villain cultive 111 ha dont 16 ha de colza, avec une spécialisation plants de pomme de terre et un élevage de poulettes prêtes à pondre. L’agriculteur a l’habitude de valoriser les fientes de ses volailles sur le colza. Pour réduire la pression méligèthes, il a opté pour le mélange d’une variété "piège" depuis presque 10 ans.

Il utilise désormais la lignée ES Alicia proposée par sa coopérative Noriap, à raison d’un peu plus de 6 % de grains dans la semence d’intérêt. « Les produits insecticides sur méligèthes ont peu d’efficacité, à peine 60 % dans le meilleur des cas, et ils impactent négativement les insectes auxiliaires. Tout plaide pour le recours à une variété précoce, explique Pierre Villain. Je pense même que ce devrait être obligatoire ! La technique m’évite un traitement insecticide. En plus, les mini-doses d’Alicia sont très pratiques : rien à peser, simplement un sac de 100 000 grains à intégrer à la semence principale. »Pierre VillainPour Pierre Villain, l'utilisation d'une variété « piège » est une approche logique, tant les insecticides contre les méligèthes sont peu efficaces. (©Pierre Villain) 

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