Christophe Gueulle, polyculteur-éleveur « Le semis direct a corrigé les défauts de mon exploitation »

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En adoptant le semis direct, Christophe Gueulle a d'abord cherché à résoudre ses problèmes de structure de sol puis de flore adventice envahissante. Après bientôt dix ans de pratique, ce sont l’économie de main-d’œuvre et la réduction des coûts de mécanisation qui le motivent.

Christophe Gueulle« Je cultive aujourd'hui sur des sols qui fonctionnent bien et avec une vision à long terme », commente Christophe Gueulle (©Terre-net Média)

« Je cultive 50 ha à Haute-Epine et 160 ha à Berneuil. Sur le premier site, les parcelles sont des limons profonds battants. Sur le second, dans le pays de Bray, les terres très hétérogènes vont des argiles, aux cranettes en passant par des sables mouillants. L’ensemble est hydromorphe, battant en labour, avec un potentiel limité. La rotation se compose de blé, colza, orge d’hiver, pois de printemps, féveroles, lin oléagineux d’hiver, luzerne, maïs grain et betteraves.

Des Tcs au semis direct

Il y a quinze ans, avec mon père, nous avons commencé à voir apparaître des problèmes de structure de sol sur l’exploitation. La paille ne se décomposait pas bien, la battance augmentait, les rendements baissaient et la moindre pluie provoquait du ravinage. Nos sols se dégradant, je suis passé progressivement aux techniques culturales simplifiées. Le non-labour a amélioré la situation mais au bout de trois ans, les adventices ont pris le relais. Pour corriger le salissement, j’ai eu recours au couvert permanent.

En 2004, en regardant mes sols de près, j’ai constaté que la structure avait très bien évolué et j'en ai conclu que le passage de la herse rotative devenait superflu. J’ai décidé de passer au semis direct avec un Unidrill, remplacé depuis par un John Deere 750a. J’ai semé toutes mes cultures en direct dès la troisième année. Je considère avoir mis quatre ans à vraiment démarrer.

Je sème sous couverts, que je choisis selon la flore adventice et le type de sol. J’implante mon blé après trois ans de luzerne. Je produis mes semences d’avoine et de vesce que je mélange pour y implanter la féverole et le pois. En blé de colza, je sème directement dans les repousses du précédent. En blé de maïs, j’implante dans les cannes. Le semis direct écarte le risque fusariose ou d’accumulation de mycotoxines car les cannes ne sont pas incorporées à la terre et auront quasiment disparu au printemps suivant.

Blé de pois sous couvert de moutardeUn blé de pois sous couvert de moutarde. (©Christophe Gueulle)

Sous la coupe de la batteuse

L’activité du sol, stimulée, accélère la consommation des résidus. Tous les ans, je réimplante mes couverts. Les petites graines sont semées sous la coupe de la batteuse, les plus grosses au John Deere.

Les couverts sont détruits au moment de semer le blé, par le gel ou à l’aide d’un rouleau Cambridge. A l’automne, s’ils ne sont pas trop développés, je fais un glyphosate ; sinon, un passage de rouleau faca devant le semoir. Au printemps, s’ils sont toujours présents au moment du semis, une application de glyphosate règle le problème.

Productivité augmentée

Je sème mes blés tard, entre le 5 et le 25 octobre, et peu dense. La bonne structure de mes sols, portants et qui ressuient rapidement, me permet d’intervenir même si 20 mm d’eau sont tombés la veille. Les cultures ont tendance à allonger leurs cycles en végétation mais elles se recalent au moment de la récolte.

Blé de lin sous couvert de moutarde.« Les blés sont plus robustes, avec moins de feuillage avant l’hiver et plus de racines. Le risque verse est faible et j’ai peu de maladies. Les plantes se défendent mieux. » (©Christophe Gueulle)

J’ai amélioré la biologie de mes sols : 770 kg de carbone microbien par hectare dans mes parcelles, soit 50 % de plus que la parcelle voisine, et 800 kg de vers dont 400 kg d'anéciques. Les insectes sont beaucoup moins virulents grâce à l’action renforcée des auxiliaires, carabes et coccinelles en tête. Les mauvaises herbes à l’automne ne doivent pas être épargnées mais les repousses au printemps sont rares. Elles sont étouffées par le couvert. En rendement, je me situe au niveau des adhérents de la coopérative. J’ai donc gagné en productivité vu les contraintes propres à mon exploitation. J’ai perdu quelques quintaux les premières années en obtenant, selon les cultures, du très bon comme du moins bon. Mais aujourd'hui, j’ai rattrapé la moyenne de mon secteur. Je la dépasse même en pois. En tendance, je m’en sors plutôt mieux les mauvaises années et moins bien les bonnes. Mais au final, mes résultats sont plus réguliers.

Ma principale difficulté est liée à la présence de mulots, alors que les populations de buses et de renards, leurs prédateurs, baissent. Le semis direct accentue le problème. En l’absence de travail du sol, les galeries des rongeurs restent intactes d’une année sur l’autre. J’essaie d’espacer les pieds des couverts pour laisser un passage aux renards et j’installe des perchoirs pour les rapaces.

Coûts de mécanisation divisés par deux

Concernant les coûts de mécanisation, j’ai quasiment tout divisé par deux. Ma consommation de carburant a diminué de 120 à 51 l/ha. Je remplis ma cuve à fioul de 3.000 l deux fois et demi par an. Avant, c’était deux fois plus alors que j’avais 17 ha de moins…

Semis de blé sous couvert.Christophe Gueulle se contente de 120 ch pour ses 160 ha de cultures. (©Terre-net Média)

Les tracteurs travaillent moins. Le principal (fumier, transport de grains, fauche), un John Deere 7610 de 145 ch, tourne 300 heures par an comparé à 600-700 h auparavant ; le JD 6420 de 120 ch (semis, plaine) plus que 600 h/an contre 900. Et les pneus ne s’usent plus que sur la route. J’ai réduit mes investissements en matériel et ma consommation de pièces d’usure. Celle d’huile suit le même chemin. Un fût de 220 l tient deux ans au lieu d’un.

Après les problèmes de structure de sol puis de flore adventice envahissante, ce sont maintenant l’économie de main-d’œuvre et la réduction des coûts de mécanisation qui me motivent. Je peux m’occuper seul de mon exploitation alors que nous étions deux avec mon père.

Et je sens naître chez moi une passion pour l’agronomie. Je suis heureux de travailler avec un sol vivant, je n’ai plus d’érosion et mes parcelles ont gagné en portance. Je passe partout et n’ai plus de souci à la récolte, même dans les pièces de maïs humides. Je peux épandre du fumier l’hiver dans les blés. La terre se comporte comme une éponge. Je ne m’enfonce plus. Quant aux cailloux, ils descendent en profondeur et y restent. »


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