L’agriculture de conservation Réduire le travail du sol ne suffit pas

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L'agriculture de conservation repose sur trois grands principes au premier rang desquels la réduction du travail du sol. La performance du système, ainsi repensé, dépend d'abord de leur combinaison. L'obligation de refonte complète du système explique le peu de candidats à l'expérience même si la tendance est au développement de cette nouvelle forme d'agriculture.

Structure des solsSeule la combinaison des trois principes de l'agriculture de conservation donne accès aux bénéfices notamment sur la structure des sols. (©Terre-net Média)

L'agriculture de conservation est définie par la Fao comme une agriculture reposant sur une forte réduction, voire une suppression du travail du sol, sa couverture permanente et des successions culturales diversifiées.

Une analyse du centre d'études et de la prospective du ministère de l'Agriculture rend compte de son développement et de l'état de performances des systèmes qui s'en approche. En 2010, la Fao estimait que plus de 100 millions d’hectares étaient cultivés en agriculture de conservation dans le monde, pour seulement 45 au début des années 2000. Le développement de ces pratiques est très marqué sur le continent américain, avec plus de 25 millions d’hectares aux Etats-Unis, au Brésil et en Argentine. En Europe, son développement est plus modeste avec toutefois une tendance à la hausse. L'adoption des principes de l'agriculture de conservation y est cependant fréquemment partielle et/ou non définitive. Elle concernait 400.000 hectares en 2001 et 630.000 en 2006.

Le semis direct encore confidentiel

Lié aux problèmes d'érosion

Il existe des différences régionales dans le niveau d'adoption du non labour. Il est largement pratiqué dans le sud-ouest en lien avec les problèmes d’érosion, et moins dans les régions à climat humide. En Midi-Pyrénées, en 2011, par exemple, les parts de surfaces semées sans labour s’élèvent à 69 % pour le blé tendre, 77 % pour le blé dur et 85 % pour le colza. Il est également moins pratiqué sur les cultures de printemps : 27 % des surfaces de tournesol et moins de 20 % des surfaces en maïs en 2001.

S'agissant du principe de réduction du travail du sol uniquement, la proportion de grandes cultures implantées en non labour est passée de 21 % en 2001 à 34 % en 2006. Une hausse à relativiser sachant que seuls 11 % n’ont jamais été retournés au cours des cinq dernières années. En 2011, la part des surfaces semées sans labour préalable étaient de 53 % pour le blé dur, 49 % pour le colza et 40 % pour le blé tendre. Celles semées en direct se situent à moins de 0,5 % pour le maïs, 0,5 % pour le colza, 1 % pour l’orge et le tournesol et 4 % pour le blé tendre et le blé dur (contre 0,2 % en maïs et tournesol, 0,4 % en colza, 0,8 % en blé tendre et 3 % en blé dur en 2006).

L'importance de couvrir le sol

En pratique, les principes de l’agriculture de conservation ne sont souvent que partiellement adoptés : les agriculteurs réduisent ou suppriment le labour afin de réduire le temps de travail et les charges liées au carburant à court terme, mais sans nécessairement introduire de couverts végétaux ni allonger les rotations culturales. Or sans couverture du sol, les effets positifs sont amoindris et les effets négatifs peuvent devenir dominants et inciter parfois à un retour en arrière.

L’agriculture de conservation repose sur trois grands principes qui doivent être appliqués simultanément :

  • la réduction voire la suppression du travail du sol ;
  • la couverture du sol ;
  • la diversification et l'allongement des rotations, notamment pour maîtriser les adventices en l’absence de labour.

L'intérêt de ces trois techniques combinées semble faire consensus au niveau scientifique. Si le levier travail du sol est le plus emblématique, c’est l'interaction dynamique entre les trois composantes qui importe, à défaut de laquelle les performances pourraient nettement se dégrader.

Temps de travail et consommation d'énergie réduits

Les performances des systèmes de grandes cultures avec réduction du travail du sol sont moins documentées que la description de leur fonctionnement. Il s'avère particulièrement difficile de les évaluer car leur mise en œuvre montre une grande variabilité dans l'application des principes fondateurs, d'où une grande diversité des pratiques sur le terrain. 

Certains points de performance font cependant consensus.

  • temps de travail généralement réduit du fait de la suppression des opérations de travail du sol. La pratique du non labour est d’ailleurs davantage adoptée dans les exploitations de grande taille (> 400 ha) ;
  • réduction de la consommation d’énergie fossile : l’économie immédiate est estimée entre 20 et 40 litres de fuel par hectare. La consommation d’énergie totale s’élève à 390 équivalent litre de fuel par hectare en agriculture de conservation contre 470 en moyenne en exploitation de grandes cultures ;
  • vie biologique du sol et biodiversité améliorées ;
  • diminution de l'érosion et des risques de battance, grâce à une infiltration accrue de l'eau et une meilleure structuration du sol ;
  • accroissement du taux de matière organique, surtout en surface ;
  • évaporation réduite du sol donc meilleure disponibilité de l’eau pour les cultures.

D'autres résultats montrent plus de variations ou sont l'objet de controverses :

  • les rendements peuvent être améliorés ou dégradés selon la culture et le contexte ;
  • le bilan est plutôt positif sur les émissions de carbone mais potentiellement négatif pour le protoxyde d’azote ;
  • tendance à l’accroissement de la minéralisation de la matière organique du sol et à une plus grande disponibilité en azote pour les cultures, à l'origine soit d'une moindre fertilisation azotée de la culture suivante soit de pertes d'azote par lessivage si minéralisation et besoins azotés ne coïncident pas ;
  • infestations d'adventices généralement supérieures en non labour d'où un recours accru aux herbicides. Sauf pour les systèmes qui s'appuient sur les couverts et une rotation longue pour maîtriser les populations ;
  • sur les besoins en eau, la moindre évaporation du sol est bénéfique mais le couvert végétal peut parfois concurrencer la culture suivante sur la ressource.

Les améliorations les plus significatives concernent la réduction des consommations d'énergie fossile, de l'érosion et de l'évapotranspiration du sol, la préservation de la fertilité ainsi qu'un accroissement de la biodiversité.

En France, le principal frein au développement de l'agriculture de conservation semble être le risque économique associé à la période de transition entre les deux systèmes. Les performances se stabilisent après plusieurs années mais la période transitoire est reconnue comme difficile à négocier et nécessitant un important apprentissage. Surtout qu'une réduction poussée du travail du sol sans modification profonde du système est une cause d'échec fréquemment citée.

Voir l'étude complète : agriculture de conservation.


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