Assolements 2022 L’absence d’alternative au phosmet « menace 30 % des surfaces de colza  »

Terre-net Média

Face à l’interdiction imminente de l’usage du phosmet, principale solution chimique pour lutter contre les grosses altises sur colza, les représentants de la filière oléoprotéagineuse s’inquiètent de l’absence d’alternative permettant d’assurer un niveau d’emblavement satisfaisant en 2022. « Sans phosmet et sans alternative à ce produit, c’est 300 000 ha de colza qui pourraient ne pas être semés en août prochain », prévient Arnaud Rousseau, le président de la Fop et d’Avril Gestion. Réunis pour leurs « rencontres Oléopro », la Fop, Terres Univia et Terres Inovia veulent par ailleurs défendre six propositions pour développer la filière oléoprotéagineuse en Europe.

De gauche à droite : Jean-Philippe Puig, directeur général d'Avril, Antoine Henrion, président de l'interprofession Terres Univia, Arnaud Rousseau, président de la Fop et d'Avril Gestion, et Gilles Robillard, président de l'institut technique Terres InoviaDe gauche à droite : Jean-Philippe Puig, directeur général d'Avril, Antoine Henrion, président de l'interprofession Terres Univia, Arnaud Rousseau, président de la Fop et d'Avril Gestion, et Gilles Robillard, président de l'institut technique Terres Inovia (©Terre-net Média) 

Principale solution chimique efficace pour lutter contre les grosses altises du colza, si ce n’est la seule quand ces coléoptères résistent aux insecticides de la famille des pyréthrinoïdes, le phosmet est pourtant en sursis : son retrait devrait être entériné au niveau européen d’ici début 2022. « Le phosmet est un produit dont le profil toxicologique n’est pas bon », reconnaît Arnaud Rousseau, président de la Fop et d’Avril Gestion.

Comme pour chaque retrait de molécule, les fabricants et les utilisateurs disposent d’un délai pour écouler les stocks de produits et utiliser les produits encore sur le marché et dans les locaux phytos des utilisateurs. Mais quel sera le délai fixé par Bruxelles ? Si les représentants des producteurs d’oléagineux actent le retrait de la molécule, ils s’inquiètent du délai de ce retrait. « À ce stade, nous ne disposons pas d’alternative pour la remplacer, argumente Arnaud Rousseau.

Une demande d’homologation est bien en cours pour un autre produit – le cyantraniliprole – déjà autorisé en traitement de semences de colza en Pologne. Mais il n’est pas certain que cette homologation, si elle est validée, arrive dans les temps pour les prochains emblavements. « En juillet prochain, les producteurs devront être fixés sur les possibilités de traitement pour pouvoir décider si, oui ou non, ils emblavent du colza », prévient Gilles Robillard, président de l’institut techniques Terres Inovia.

En l’absence de possibilité d’utiliser ni le phosmet, ni le cyantraniliprole, la Fop demandera aux autorités un usage dérogatoire du cyantraniliprole pour les semis d’automne. Mais à défaut de solution de traitement, le syndicat craint une forte baisse de surfaces de colza dès l’automne 2022. « Sans phosmet et sans alternative à ce produit, c’est 300 000 ha de colza qui pourraient ne pas être semés en août et septembre prochain », prévient Arnaud Rousseau.

Six propositions pour développer la filière oléoprotéagineuse européenne

Permettre l’usage du phosmet à l’automne 2022 pour éviter une impasse technique sur près d’un tiers de la surface française de colza fait d’ailleurs partie des six propositions émises par la Fop, l’interprofession, l’institut technique et le groupe Avril, principal acteur du secteur, pour développer la filière en Europe.

Pour les quatre organisations, qui tiennent mercredi 24 novembre des « rencontres Oléopro » que le ministre de l’agriculture doit venir conclure, le premier semestre 2022 sera politiquement déterminant à double titre. « La France présidera le Conseil de l’Union européenne pour les six premiers mois de l’année et aura donc la charge de faire avancer quelques sujets agricoles européens, rappelle Arnaud Rousseau. Sans oublier « les élections présidentielles, pour lesquelles quasiment toutes les thématiques abordées renvoient de près ou de loin à des problématiques agricoles ou alimentaires ».

Parmi leurs propositions, les quatre organisations insistent surtout sur « l’accès, pour les agriculteurs, à des moyens de production alternatifs fiables et compétitifs à court terme ». L’usage d’une solution contre les altises en fait partie, tout comme « le soutien à long terme de la recherche » et un recours facilité aux nouvelles techniques de sélection variétale, les fameuses NBT dénoncées notamment par les associations écologistes et la Confédération paysanne.

« L’accès à l’eau est aussi essentiel au développement de la filière », insiste pour sa part Gilles Robillard. En particulier pour développer la production française de soja.

À l’échelle européenne, c’est une logique de « compétitivité écologique » que souhaitent défendre la filière. Une logique qui nécessiterait de « mettre en place des clauses miroirs aux frontières européennes », pour que les protéines importées respectent les standards de production en Europe ».

Il s’agirait aussi, rappelle Arnaud Rousseau, « d’étendre les programmes opérationnels aux matières riches en protéines végétales dans le cadre de la réforme de la Pac » et de « faire cesser la surtransposition des normes ». En la matière, « c’est encore raté », au regard du plan pollinisateurs présenté le 21 novembre 2021 par le ministère de la transition écologique.


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