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Faire du colza en 2023 : la nouvelle donne

Pour l'institut technique, le concept de "colza robuste" reste un pivot de la réussite de la culture. (©Pixabay)
Pour l'institut technique, le concept de "colza robuste" reste un pivot de la réussite de la culture. (©Pixabay)

Une implantation de la culture anticipée et soignée via un choix judicieux des modalités de travail du sol (travail précoce avec une bonne gestion des pailles, en limitant la génération de mottes), une date de semis précoce pour augmenter la probabilité d’une levée en août, la mise en place d’un couvert associé si nécessaire (notamment en petites terres), une fertilisation au semis appropriée et une attention particulière aux conditions de semis (par exemple avec un semoir monograine) sont les fondamentaux d’un colza robuste pour faire face aux contraintes climatiques et aux ravageurs d’automne.

Un objectif : raisonnement de la lutte avec des solutions efficaces et disponibles

L’insecticide Boravi à base de phosmet est retiré depuis le 1er mai et son délai d’utilisation prend fin le 1er novembre 2022. Les quantités de produit restantes pourront permettre de contrôler, si nécessaire, les altises adultes (attaque foliaire, en septembre).

Sur une partie du territoire, les pyréthrinoïdes restent heureusement une solution efficace (figure 1 – couleur orange, en plein ou hachuré). Contre les altises adultes (uniquement pour les attaques sur colza inférieur à 3-4 feuilles), elles sont d’un niveau proche de Boravi (notations à 4 et 8 jours après les applications). Contre les larves d’altise (figure 2), l’efficacité de ces insecticides est même supérieure avec les produits à base de lambda cyhalothrine en tête (Karate, etc,). Cependant, les pyréthrinoïdes particuliers que sont l’étofenprox (Trebon), tau-fluvalinate (Mavrik/Talita), esfenvalérate (Mandarin) sont, eux, déconseillés.

Cartographie de la résistance aux pyréthrinoïdes - février 2022
Figure 1 : Cartographie de la résistance aux pyréthrinoïdes - février 2022 (©Terres Inovia)

Protection contre les larves d'altises en l'absence de forte résistance. 10 essais (5 avec notation en entrée hiver) de 2014 à 2021)
Figure 2 : Protection contre les larves d'altises en l'absence de forte résistance. 10 essais (5 avec notation en entrée hiver) de 2014 à 2021) (©Terres Inovia)

Historiquement présents dans l’Yonne, les forts niveaux de résistance de la grosse altise (mutation super KDR) sont aujourd’hui généralisés sur les départements de Bourgogne et Franche Comté, mais aussi dans l’Aube, la Marne, et la Haute-Marne (figure 2 – départements en rouge plein). Les pyréthrinoïdes sont alors inefficaces sur adultes (en septembre) comme sur larves (en novembre). En dehors de l’utilisation des stocks existants de Boravi contre l’altise adulte, c’est une impasse que seule la prévention peut esquiver : un colza au-delà de 3-4 feuilles n’est pas sensible, d’où l’intérêt du semis précoce pour faire lever tôt la culture.

Favoriser un colza robuste n’est pas toujours suffisant pour éviter la nuisibilité des larves d’altise durant l’hiver et la lutte insecticide peut être incontournable. C’est pour éviter une telle impasse que la filière des oléoprotéagineux s’est mobilisé. Terres Inovia et Terres Univia ont déposé, le 28 février, une demande de dérogation 120 jours (article 53 du REG 1107/2009) pour un insecticide à base de cyantraniliprole. Cette solution, développée par la société Syngenta, est évaluée par Terres Inovia depuis plusieurs années sur larves altises avec un niveau d’efficacité équivalent à Boravi. Elle fera l’objet à moyen terme d’une AMM.

Sur l’ensemble du territoire, le monitoring mis en place par l'institut technique montre que cette forte résistance aux pyréthrinoïdes progresse et les premiers cas ont été identifiés dans une vingtaine d’autres départements (Grand-Est, Ile de France, Centre-Ouest, Auvergne Rhône Alpes) ce qui confortait, jusqu’à présent l’utilisation de Boravi sur l’ensemble du territoire pour limiter cette évolution (alternance des modes d’action). Il s’agira, à terme, de revenir à ce type de gestion mais faire l’impasse d’un traitement aux pyréthrinoïdes, lorsque le nombre de larves est inférieur aux seuils déclenchement, fait partie des actions fondamentales de gestion du risque de résistance, au même titre que l’alternance.

Enfin, le charançon du bourgeon terminal est moins affecté par la résistance aux pyréthrinoïdes. Les mutations KDR identifiées et installées (ancienne région Centre, Bourgogne-Franche Comté et Champagne-Ardennes) ne confèrent qu’un faible niveau de résistance si bien que dans la situation actuelle, la lutte contre ce ravageur (intervention fin octobre, début novembre) n’est pas remise en cause quelle que soit la région de production (figure suivante). Mais là encore, une intervention avec une pyréthrinoïde contribue à l’extension de la résistance, sur charançons comme sur altises (premières larves), d’où l’intérêt de bien évaluer l’intérêt du traitement.

Protection contre le charançon du bourgeon terminal. Synthèse de 8 essais 2014 à 2020 (départements 10-18-36)
Protection contre le charançon du bourgeon terminal. Synthèse de 8 essais 2014 à 2020 (départements 10-18-36) (©Terres Inovia)

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