Paroles de lecteurs Inondations : les agriculteurs disent stop à l'agribashing

Terre-net Média

Alors que les paysans ont une nouvelle fois été montrés du doigt suite aux inondations et crues ayant touché de nombreuses régions françaises, les lecteurs de Terre-net se sont défendus contre ces attaques en commentant l'article publié sur le sujet. Parfois, ils ont répondu aux accusations présentes dans les commentaires eux-mêmes. Alors qui sont les responsables : les mauvaises pratiques agricoles ou l'urbanisation ? Et si au lieu d'opposer systématiquement les agriculteurs et les citadins, tout le monde cherchait des solutions, ensemble ?

paroles de lecteurs agriculteurs responsables des inondationsAu lieu de chercher un responsable, les pouvoirs publics feraient mieux de prendre leurs responsabilités, pensent de nombreux lecteurs. (©Julien Ragonneau // Création Terre-net Média)

Baldin :  « Les drainages n'accélèrent en rien l'évacuation de l'eau. Et un sol compacté absorbe bien plus d'eau qu'un sol qui ne l'est pas. Si l'eau s'infiltre peu ou si elle s'évacue plus vite vers les fossés, les cours d'eau gonflent plus vite. Je n'ai jamais dit que les agriculteurs sont responsables des inondations. Mais celui qui prétend que certaines pratiques agricoles n'ont pas d'effet est un menteur ou un benêt. »

Olivier T : « Moi, le paysan "écolo", je suis atterré de voir les paysages modifiés par mes collègues, si vite et surtout sans aucune cohérence. Chacun tire la couverture de son côté. Où sont passées les haies qui retiennent l'eau l'hiver pour l'été ? Que dire de tous ces sols drainés pour augmenter les rendements du blé, qui contient du gluten, au lieu d'adapter son système de culture au sol et au climat ? L'eau s'évacue beaucoup plus vite. Tout ça cumulé avec l'excès d'urbanisation... l'eau arrive plus vite vers les points bas. Sans compter les sols nus l'hiver : eh oui, ça existe encore. Et les labours jusqu'aux bords des routes : dans certains secteurs, si les paysans pouvaient labourer la route, ils n'hésiteraient pas, faut pas perdre quelques centimètres ! Pas de place non plus pour une haie qui, par son système racinaire, ralentirait l'eau. L'urbanisation excessive, associée aux mauvaises pratiques culturales, ne sont que le début des catastrophes. Il est grand temps de changer les logiciels d'urbanisme et agricoles. Pour produire une alimentation plus saine, pour tous ces urbains qui ont les pieds dans l'eau et ne connaissent pas le mot "bottes". »

Desintox :  « "Où sont passées les haies qui retiennent l'eau ?" Depuis quand une haie a ce pouvoir ? Ce n'est pas une digue ni un barrage ! Les haies peuvent limiter l'érosion des sols par ruissellement de la terre, mais retenir l'eau certainement pas ! Je suis consterné par tous ces gens qui croient systématiquement tout ce qu'on leur raconte dans les médias sans se poser de questions. »

Le cheval de devant :  « Ces commentaires de cour d'école sont stériles. Des solutions simples et économiques existent. À nos décideurs de faire abstraction de leurs ambitions personnelles pour mettre enfin en place de vrais outils de régulation de marché par exemple. L'écologie ne s'en portera que mieux si l'on admet qu'un agriculteur doit vivre de son métier sans être le jouet des holdings internationales. La course à la productivité trop libérale nous mènera vers la fin de l'agriculture familiale française. Pour produire intelligemment, il faut certes réduire l'impact sur l'environnement, mais il faut aussi que les citoyens puissent vivre dignement en ville comme à la campagne. L'opposition systématique entre les deux ne sert à rien, il faudrait plutôt chercher les bonnes solutions ensemble. »

GentilBisounours :  « Le cheval de devant, tu vis dans le monde des Bisounours. Ton écologie appliquée en France ne sert à rien si ce n'est à importer des productions 10 fois plus polluantes car il ne faut pas se le cacher, l'agriculture bio (en grandes cultures) ne produit que très peu. Si les frontières restent ouvertes, les produits français seront 5 à 7 fois plus chers que ceux importés et en plus, ils ne procureront pas un revenu suffisant pour vivre, sauf si on en cultive plusieurs centaines d'hectares. L'agriculture extensive en somme... La France n'a pas un territoire extensible, pire, la bétonisation réduit les surfaces agricoles un peu plus chaque année. Vous vivez en dehors de la réalité ! »

David : «"Vous vivez en dehors de la réalité" : c'est bien le problème de 50 % des écologistes et de 90 % des politiques. Disons-le haut et fort, les grandes villes sont des bras d'honneur à la nature et à tout principe écologique. Et si vous continuez à penser que l'agriculture est le premier pollueur, demandez-vous plutôt où vont toute la gomme de pneus laissée sur les routes, les fuites du réseau sanitaire, les polluants et les particules fines issues du diesel ou du mazout ? C'est tout de même un comble que la ville de Paris ne soit jamais responsable de ces problèmes... Vous croyez sérieusement que l'on peu entasser plus de 10 millions de personnes sur quelques centaines de kilomètres carrés sans que cela ait des graves conséquences sur l'environnement. On avait déjà pu entendre le maire accuser les agriculteurs de la Marne "d'envoyer leurs particules fines dans la grande ville". Bien sûr, cela ne pouvait pas être le trafic intense de la capitale. Bref, encore des politiques qui caressent leur électorat de le sens du poil en usant de la simple, mais efficace, solution de "pointage du doigt" sur un bouc émissaire, en l’occurrence une catégorie professionnelle très peu répandue dans les grandes villes : les agriculteurs. »

« Mieux vaut protéger la grenouille à deux têtes que les agriculteurs qui nourrissent la population ! »

Patou : « Les élus ont le droit de décider pour les autres mais aussi le devoir de savoir de quoi ils parlent. Si la c... était taxée, beaucoup de politiques et tous les écolos seraient ruinés. »

Pat 80 : « Puisque une bande en herbe autour des champs suffirait à protéger des inondations, pourquoi tous ces gens qui donnent des leçons aux paysans n'en ont pas mis à Paris, autour des maisons et des immeubles. »

Lili : « En été, les agriculteurs sont accusés d'assécher les cours d'eau. En hiver, ils sont responsables des crues. Il existe une solution pour réduire les inondations l'hiver et pouvoir irriguer l'été : créer des bassins de réserve. Or, de nombreux projets sont en suspens. Suis-je bête, cela risque de détruire la faune et la flore ! Il vaut mieux protéger la grenouille à deux têtes que les agriculteurs qui nourrissent la population ! »

Baldin :  « Bah oui... et les drainages, et les sols compactés... Jamais responsables de rien les paysans ! »

Steph72 :  « Bah oui... et les constructions dans les zones humides, les bétonnages et goudronnages incessants (un département disparaît tous les 10 ans)... Jamais responsables de rien ces citadins ! »

Baldin :  « Bien sûr, les paysans n'ont pas besoin de routes goudronnées pour emmener leurs enfants à l'école, ni pour se faire livrer leurs tracteurs ou collecter leur lait... »

Zozzo :  « Bah oui... et tous ceux qui ont bâti en zone inondable... et les routes qui ont été construites sans respecter les retenues d'eaux naturelles et les passages d'eau... et les écolos qui nous interdissent de nettoyer les rivières ou les fossés... et les citadins qui envoient des tonnes d'eau de consommation ou de pluie à l'égout. Mais bon, c'est plus facile d'attaquer les paysans que de se remettre en cause ! » 

Si les rivières étaient nettoyées régulièrement, les berges entretenues, les fossés curés...

Vgor :  « Baldin, les écolos sont en grande partie responsables des catastrophes actuelles : il y a 20 ans, nous avions l'obligation d'entretenir les cours d'eau et les berges, de retirer les arbres morts, de désensabler régulièrement, de curer les fossés, etc. Aujourd'hui, on risque presque la prison si on a le malheur d'approcher un godet un peu trop près du si précieux biotope. Un technicien "vert" disait il y a peu : "Les crues ? c'est normal, c'est la nature et on doit la laisser faire. Lorsqu'une une rivière sort de son lit, c'est normal..." Donc, à vous qui avez les pieds dans l'eau, qui avez perdu vos photos, vos souvenirs, vos meubles, votre voiture, sachez qu'il y a des gens payés avec vos impôts, qui applaudissent des deux mains car la nature "reprend ses droits". Sachez que pour pouvoir étudier le triton à poils durs, nous ne pouvons plus nettoyer ni rivières, ni fossés et que lorsque le bois mort s'amoncelle en amont d'un petit ruisseau, il y a de fortes chances que les rivières en aval sortent de leur lit en cas de fortes précipitations. Dommage que les journalistes et les élus ne parlent pas de ce scandale. Dommage qu'aucun fonctionnaire de l'Onema ne soit interrogé et ne vienne expliquer à ces gens pourquoi ils ont tout perdu... »

Jean-François : « Si les rivières étaient nettoyées, il y aurait moins d’eau dans les terres. Quand on voit, à Nogent-sur-Seine, des bancs de sable en plein milieu du fleuve... Il y a 20 ans, la Seine était nettoyée et c’était financé par l’État. Il a décidé d’arrêter et tout le monde dit que c’est la faute des agriculteurs. Faut peut-être pas pousser le bouchon trop loin... Où est donc passé l’argent public qui servait à l’entretien des rivières ? L'État a trouvé la solution : faire payer les assurances. Au final, les agriculteurs sont encore perdants car les cotisations vont certainement augmenter. »

Billyone : « Madame Célia Blauel, sortez de chez vous au lieu de raconter des bêtises ! Les terrains agricoles sont travaillés ou enherbés, donc ils absorbent l'eau. Le problème provient d'une grosse quantité d'eau tombée en peu de temps. Le sol ne peut plus l'absorber, notamment à cause de l'urbanisation, du développement des ZI, des ZA et des lotissements. Ces lieux sont bétonnés et goudronnés. »

Lolo51 : « La disparition des zones humides est un fait : deux tiers des surfaces ont disparu en 100 ans en France. La faute à qui ? À l'agriculture ? Oui, en partie mais il ne faut pas oublier que les pouvoirs publics ont subventionné la destruction des zones humides pour les mettre en culture... L'artificialisation du territoire est aussi un immense problème. Il n'y a pas une ville moyenne aujourd’hui, sans zone d'activité ou commerciale construite sur des terres agricoles ou des zones humides. Incompétence des élus locaux, égo surdimensionné de certains politiques... les inondations sont une vaste problématique, qui a des causes multiples et qui ne trouvera pas de solution sans y mettre les moyens nécessaires. J'attends avec impatience que Paris soit vraiment inondé et j'espère que ce sera l'année des JO. Une p'tite crue à 100 milliards d'euros de dégâts fera peut-être réfléchir nos représentants politiques... »

Se défendre dans les médias et sur les réseaux sociaux

Bruno :  « Entre 1981 et 2012, 2 millions d'hectares agricoles ont été urbanisés, dont la moitié imperméabilisés, et cela continue à raison de 60 000 ha par an. En assénant de tels propos, Célia Blauel ne démontre que son incompétence. Quant aux agriculteurs, il serait temps qu'ils sortent de leur campagne et s'expriment ailleurs, sur des réseaux qui ne leur sont pas dédiés. Hurler au loup du fond d'une caverne est parfaitement inefficace ! »

Pifetpaf : « Moi, je suis sur twitter depuis huit ans, sur Facebook, et je suis intervenu dans plusieurs journaux généralistes papier et chaînes de télé. Mais à la louche, nous ne sommes que 400 000 agriculteurs en France et nous ne sommes pas tous connectés. Nous ne représentons donc pas grand-chose sur la toile. Et même lorsque nous nous exprimons sur les réseaux sociaux, tout le monde s'en fout royalement. »

The germs : « D'accord avec toi sur l'importance de communiquer et j'essais de poster les mêmes messages sur plusieurs sites de presse. Mais, ça prends du temps car souvent, on crée du débat et il faut répondre aux questions et aux attaques. Or, ce n'est pas notre travail. Et que faire quand les accusations sont institutionnalisées, comme dans le cas présent, ou comme l'année dernière, lorsque la préfecture de Bretagne, je crois, expliquait durant la vague d'alerte aux particules fines que celles-ci provenaient "des épandages agricoles" alors qu'on était en pleine période d'interdiction d'épandage... Que faire encore face à une chaîne de radio comme France Inter qui, chaque jour, passe des messages anti-agriculture et anti-élevage, tel un leitmotiv, en organisant parfois des "débats" qui n'en ont que le nom ! Que faire quand nous ne sommes même pas invités à nous défendre ! Que faire quand l'exclusion de l'autre, parce qu'il est agriculteur, est devenue normale ! Je lisais des articles dans la presse de ce matin encore, qui brandissent l'éternel argument du remembrement, terminé depuis 30 ans, comme cause de tous les maux, donc des inondations actuellement. Le plus incroyable : la fondation d'Athus-Bertrand exhorte à ne plus manger de viande pour diminuer les risques alors qu'il n'y a aucun rapport entre les inondations et la consommation de viande. Les zones humides, entretenues par les herbivores, diminuent sûrement plus les inondations qu'elles ne les accentuent. »

Pseudo :  « De toute façon, les écolos ont décidé de tuer l'agriculture de leur pays. Une part grandissante de la population se trouve déconnectée du monde agricole et a oublié d'où elle vient. Elle sera sûrement satisfaite quand les aliments seront tous importés d'Amérique du Sud ! »

The germs :  « Et la neige qui a mis la pagaille à Paris, pas de doute, c'est sûrement encore la faute des agriculteurs. J'espère que la mairie de Paris va dénoncer le lobby agro-industriel de la fédé et de la conf', responsable de cette tempête de neige !! À moins que ce soit une action des agriculteurs pour dénoncer les prix dérisoires du lait, du sucre ou encore de la farine de blé... (bref, tout ce qui est blanc et qui ressemble à de la neige). Vraiment pas sympa les agriculteurs !!! Heureusement que les Parisiens ont pu faire des stocks de pâte à tartiner... »


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