Diversification Sorgho, houblon, sarrasin...7 cultures atypiques pour sortir des sentiers battus

Nicolas Mahey Terre-net Média

Une multitude de cultures de diversification se développent : chanvre, houblon, soja, miscanthus, sorgho... Ça vous intéresse, mais comment faire votre choix ? Pour vous aider à y voir plus clair, nous avons passé en revue sept espèces peu communes et interrogé un panel d’experts. (Mise à jour le 14 décembre 2020 à 14h21)

Cultures atypiquesVous avez testé d'autres cultures atypiques sur votre exploitation ? N'hésitez pas à laisser un commentaire sur le sujet. (©Création Terre-net Média, Pixabay, Quinoa d'Anjou)

Les habitudes de consommation changent. De nouveaux débouchés se développent grâce aux avancées techniques. Le quinoa est sur toutes les tables et le chanvre sert désormais de matériau isolant. Côté agriculteurs, la nécessité de s’ adapter aux changements climatiques, le retour à des rotations plus longues, la recherche de valeur ajoutée ou encore le goût du challenge poussent à expérimenter de nouvelles cultures. Alors, pourquoi pas vous ? Revue de détail de sept cultures « atypiques ».

Sorgho grain : une plante de climat chaud

Introduit dans les années 1970, le sorgho n’est plus si atypique et bénéficie de solides références techniques. Après une nécessaire phase d’apprentissage, l’appropriation est rapide à condition de respecter les fondamentaux : choisir une variété adaptée, semer en sol réchauffé et éviter les sols séchants et superficiels.

Régions froides s’abstenir, car le sorgho aime la chaleur. Ailleurs, il trouve facilement sa place dans la rotation. Légendaire, sa résistance à la sécheresse a ses limites. Ses besoins en eau sont faibles mais un stress hydrique au stade épiaison-floraison impactera le rendement (en moyenne 5 t/ha en sec, jusqu’à 10 t/ha en irrigué). Selon une enquête réalisée en 2018-2019, les charges opérationnelles avoisinent 310 €/ha. Son prix suit le cours du maïs moins 5 à 10 €/t.

Avis d’expert : Jean-Luc Verdier, ingénieur régional et animateur de la filière sorgho - Arvalis-Institut du végétal

« C’est une culture qui a démontré ses atouts, mais pas n’importe où ni dans n’importe quelles conditions. Le sorgho a besoin de chaleur et d’un sol moyen à profond. Il ne faut pas non plus survendre ses capacités de résistance au stress hydrique. Ce n’est pas un cactus ! La collecte fonctionne bien dans les zones où il est historiquement implanté. Ailleurs, il peut y avoir des difficultés mais la tendance est à l’adaptation des OS et à l’accompagnement des nouveaux producteurs. Il faudrait cependant conforter les débouchés. En France, on pourrait en utiliser davantage dans la fabrication d’aliments du bétail et pour l’alimentation humaine. »

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Houblon : la vigne du nord

L’Alsace est la première région française productrice de houblon. Pourtant, de plus en plus de houblonnières voient le jour un peu partout. La demande existe et les prix de vente sont élevés : de 5 000 à 8 000 €/t en conventionnel, parfois plus du double en bio. Attention, l’investissement n’est pas anodin ! En Alsace, un hectare équipé nécessite entre 80 et 100 000 € ! Le rendement varie de 1,6 à 2,5 t/ha en conventionnel. Sa culture est chronophage, environ 250 h/ha.

Le houblon est une culture pérenne dont la durée de vie est de vingt ans. Il préfère les sols profonds, basiques à neutres, et craint les fortes chaleurs. Ses lianes, hautes de 8 m, doivent être palissées. Un matériel spécifique est nécessaire pour la récolte et le tri. La commercialisation peut se faire directement auprès des brasseurs, mais aussi via un réseau de négociants présents sur l’ensemble du territoire. Attention à la volatilité des prix, indexés sur le marché mondial.

Houblon Le houblon est cultivé pour ses fleurs femelles, appelées cônes. (©Terre-net Média) 

Avis d’expert : Antoine Wuchner, secrétaire général de l’Association des Producteurs de Houblon Français

« Le houblon est en plein essor. Il faut saluer les projets dans d’autres régions, mais aussi mettre en garde sur la technicité qu’exige sa culture. Se former est essentiel. 90 % des nouvelles installations se font en AB. La valorisation est meilleure mais cette conduite nécessite des méthodes différentes et davantage de travail. Il faut également prendre conscience de l’investissement de départ. Enfin, une étude de marché est indispensable pour coller aux besoins de la filière en aval. Il ne faut pas implanter n’importe quelle variété. »

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Soja : une légumineuse en vogue 

Dans le Sud, le soja n’est pas une culture marginale. Mais l'arrivée de variétés précoces pourrait à terme lui permettre de s’implanter plus au nord. Certaines sont déjà à l’essai en Bretagne et en Normandie.

Comme toutes les légumineuses, le soja constitue un excellent précédent. Le rendement moyen est de 3 à 4 t/ha en irrigué, 2,5 t/ha en sec. Les charges opérationnelles sont estimées à 400 €/ha. Les prix de vente atteignent 350 €/t en filière alimentation animale, 425 €/t en filière conso. La consommation de produits issus d’élevages nourris au soja français non-OGM ou de protéines végétales s’affirme comme une tendance forte. Ainsi, la demande en soja est supérieure à ce que produit actuellement le marché français.

Avis d’expert : Agathe Penant, ingénieur de développement, référent protéagineux zone Centre & Ouest, Terres Inovia

« Le soja a besoin d’une somme de température élevée pour arriver à maturité. Sera-t-il capable de faire son cycle dans le contexte climatique de mon exploitation ? Son intérêt économique est indéniable et la sélection progresse. Pour autant, les variétés les plus précoces sont celles qui ont le plus faible potentiel de rendement. Arrivera-t-on à trouver un équilibre économique ? Au nord, le pois, la féverole ou le lupin constituent des alternatives. Là où le facteur chaleur ne pose pas de problème, l'irrigation fera souvent la différence. La propreté de la parcelle est également déterminante. Les sols trop calcaires sont par ailleurs déconseillés. »

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 Miscanthus : la graminée tout-terrain

Culture pérenne dont la durée de vie est d’une quinzaine d’années, le miscanthus pousse rapidement et produit une biomasse importante. Les trois premières années suivant l’implantation nécessitent un suivi rigoureux. Sa conduite est par la suite assez simple. Il peut se cultiver sur un large éventail de sols, hormis hydromorphes, caillouteux  et  de  craie  superficiels. Sensible au stress hydrique, il est peu adapté au sud de la France. La mise en place des rhizomes a un coût : 3 000 à 3 200 €/ha.

> Une autre culture pérenne : le bambou, qui se développe en France

Son rendement en MS peut aller jusqu’à 25 t/ha dans de bonnes terres, 7 à 12 t/ha en conditions moins favorables. Selon les filières, sa rentabilité est variable : la question se pose ainsi de lui allouer des terres à bon potentiel, en lieu et place de cultures à plus forte valeur ajoutée.

Avis d’expert : Sylvain Marsac, ingénieur chargé d’étude sur les valorisations non alimentaire de la biomasse - Arvalis-Institut du végétal

« Du miscanthus, oui, mais pour quels usages ? Avant de s’interroger sur la faisabilité agronomique, il faut connaître le marché et les débouchés potentiels pour se comparer, savoir si l’on sera compétitif. Paillage horticole, chaufferie, litière animale… La rentabilité dépendra de la filière dans laquelle le produit sec sera valorisé. Au-delà, c’est une culture intéressante d'un point de vue environnemental, nécessitant peu d’intrants. La récolte, qui a lieu du 15 février au 15 avril, peut être chronophage. Elle s’apparente à un chantier de fourrage. Attention, selon la portance, la fenêtre d’intervention peut être réduite. »

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Quinoa, lentilles : les petites graines qui montent

Le quinoa est apparu en France en 2009, impulsé par la Coopérative Agricole du Pays de Loire. L’Anjou est aujourd’hui le plus important bassin de production en Europe. Le quinoa tolère un large panel de sols. Le choix variétal fait cependant la différence. Problème, les semences sont chères et pas toujours disponibles.

Peu gourmand en eau, il produit une biomasse fournie et se salit peu. Aucun produit phytosanitaire n’étant homologué en cas d’attaque de ravageurs, les dégâts causés peuvent être importants.

Quinoa« Pour l’agriculteur, le chiffre d’affaires du quinoa est comparable à un blé sous référentiel de qualité. » (©Quinoa d'Anjou)
Voir le reportage chez Marion et Damien Breteau > Quinoa, la petite graine commence à prendre racine en France

Plus connue, la lentille valorise bien les petites terres. Sa valorisation est optimale là où elle bénéficie d’un signe officiel de qualité. Comme pour le quinoa, la difficulté à contractualiser en l’absence de filière organisée reste un frein. Certains producteurs se sont toutefois lancés dans la vente directe, avec tri et conditionnement.

Avis d’expert : Sébastien Beauvallet, Responsable filières végétales Quinoa d’Anjou - Coopérative Agricole du Pays de Loire

« Pour l’agriculteur, le chiffre d’affaires est comparable à un blé sous référentiel de qualité. Mais on ne s’improvise pas producteur de quinoa : la production est technique et il y a peu de références. C’est une culture à risque, notamment à cause de l’absence de filet de sécurité phytosanitaire. Le rendement est variable : on peut atteindre plus de 2 t/ha mais il y a des situations où on ne sort rien des parcelles… Le travail de la graine doit aussi correspondre aux exigences de l’industrie agro-alimentaire. Néanmoins, c’est un marché en croissance. »

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Chanvre : une culture aux nombreux débouchés

Tout est bon dans le chanvre : on le cultive à la fois pour sa graine et pour sa paille. Huile, bâtiment, plasturgie… le marché est en hausse constante depuis dix ans. La proximité d’un outil industriel de transformation est un atout, mais n’exclut pas pour autant le circuit court. On recense ainsi plusieurs exemples de systèmes "faits-maison" pour défibrer la paille à la ferme.

Plante tout-terrain, le chanvre pousse partout, n’a pas besoin de produits phytosanitaires et se prête au désherbage mécanique. Les rendements varient de 8 à 10 q/ha en chènevis pour 8 t/ha de paille. La récolte est l’étape la plus complexe. Celle-ci peut être réalisée avec le matériel de l’exploitation, mais là encore la proximité d’une chanvrière disposant d’un équipement spécialisé s’avère utile.

Avis d’expert  : Louis-Marie Allard, ingénieur de développement référent chanvre - Terres Inovia

« Jusqu’il y a peu, les variétés étaient mixtes. Aujourd’hui on peut choisir selon le débouché. Il y a dix ans on se préoccupait seulement de la paille. Or, la graine est la cerise sur le gâteau, car les marges sont élevées. Mais si on souhaite récolter les deux à la fois, le mode de récolte se complexifie. Pour 400 €/ha de charges opérationnelles, le prix de vente du chènevis en conventionnel se négocie 650 €/t, celui de la paille autour de 110 €/t. S’il n’ y a pas de valorisation bio pour la paille, c’est en revanche vrai pour le chènevis : jusqu’à 1 800 €/t. »

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Sarrasin : le « pain des pauvres » fait son retour

Après avoir quasiment disparu du paysage, le sarrasin trouve un nouvel élan. En Bretagne, mais pas uniquement, car tous les sols acides lui conviennent. C’est aussi en Bretagne qu’il est le mieux valorisé : 700 €/t en filière label. Malgré tout, des débouchés se font également jour ailleurs, dopés par un marché en forte croissance.

Le rendement reste cependant incertain. La moyenne se situe à 1,2 t/ha. Mais des ratés ne sont pas à exclure. L’année dernière en Bretagne, 30 % des surfaces n’ont pas pu être récoltées.

Avis d’expert  : Michel Le Friant, directeur des métiers du grain - Coopérative Eureden

« Le sarrasin est une culture dont le semis est tardif. Le rendement est dépendant de la météo. On peut avoir une très belle culture pendant toute la durée de végétation et la voir disparaître à cause des aléas climatiques. Il faut partir du principe qu’une année sur dix la culture est perdue. Par ailleurs, le marché est corrélé à la production mondiale. On a actuellement l’impression que c’est une production fortement rémunératrice, mais les prix peuvent chuter d’une année sur l’autre. »

En guise de conclusion, rappelons que se diversifier ne signifie pas pour autant rechercher l’originalité à tout prix. Si les cultures évoquées représentent des options potentielles, beaucoup d’espèces plus classiques permettent aussi de varier son assolement !

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