Paroles de lecteurs Sans revenu : pas d'investissement, d'installation, ni de production !

Terre-net Média

L'étude de l'Insee, parue sur Terre-net fin 2019, a généré plus de commentaires auprès des lecteurs que les agriculteurs n'ont dégagé de revenu ces dernières années ! Au-delà de déplorer leur faiblesse, certains s'alarment du manque d'investissements lié aux difficultés financières dans de nombreuses exploitations. Or comment s'installer et même continuer à produire sans investir du tout ?

paroles de lecteurs revenus agricoles petites grosses fermes « D'ailleurs, à quel moment, passe-t-on de petit à gros ? N'est-on pas tous le petit du plus gros ! », fait observer The germs. (©Pixabey // Création Terre-net Média) 

Moty : « Partout, les exploitations agricoles s'agrandissent. Beaucoup pensent que produire +++ est synonyme de gagner +++. Mathématiquement, oui, mais pour qu'une structure tourne bien il faut tout maîtriser (les charges opérationnelles, les charges de structure, la trésorerie, l'élevage, la conduite sanitaire, la charge de travail, l'entretien des bâtiments et du matériel.. ) et ce n'est pas toujours simple. Les CDOA ont du mal à accepter les petits projets agricoles mais ça vient. Par contre, en ce qui concerne les établissements bancaires, cela dépend beaucoup des départements et surtout de la banque. (...) Si l'étude prévisionnelle démontre leur viabilité, il n'y a aucune raison de ne pas financer les installations sur des structures de taille modeste. En Bretagne, en 2018, 30 % des jeunes ne sont installés sur de "petites exploitations". »

Extraits des commentaires de l'article :
[Rapport Insee] Revenus agricoles − Près de 20 % des agriculteurs n'ont dégagé aucun revenu en 2017

Cet article a été l'un des plus commenté de la fin de l'année 2019 (une cinquantaine de réactions). Les revenus agricoles avaient aussi fait réagir fortement les lecteurs de Terre-net l'an passé à la même période :
Les revenus agricoles, l'article le plus commenté de la fin de l'année 2018

The germs : « Oui, les projets de dimension modeste peuvent fonctionner, mais il y a aussi des jeunes installés sur ce type de structure ayant quitté le métier moins de cinq ans après leur installation. D'ailleurs, à quel moment, passe-t-on de petit à gros ? N'est-on pas tous le petit du plus gros ! Je l'ai déjà dis, mais pour moi, il n'y a pas de corrélation entre la taille et la rentabilité d'une ferme : peu importe la dimension en effet, si tu perds de l'argent, tu ne vas pas loin. L'agrandissement des exploitations n'est pas non plus toujours gagnant. Encore une fois, c'est la rentabilité qui prime. (...) »

« S'installer et vivre sur de petites fermes, c'est possible »

steph72 : « Moty, ceux qui ne sont pas des "petits agriculteurs" comme tu dis, sont-ils  pour autant des idiots ? Quand tu as investi dans la mise aux normes, l'achat de terres, etc., pour vivre avec 1 500 €/mois, il te faut tripler la production. Chaque producteur ne part pas avec les mêmes avantages : parcellaire groupé, bons sols, climat favorable, tout en propriété, des bâtiments et du matériel fonctionnels. Alors là, tu peux peut-être vivre avec 1 500 € et 100 000 l de lait ou une cinquantaine d'hectares. »

Moty : « J'écris, moi aussi, ce que je vis. Respectons les systèmes des uns et des autres. Nous nous sommes installés il y a 15 ans, en Bretagne certes, mais hors cadre familial et sur des terres séchantes. Chacun a des problématiques différentes et des contextes différents. Toutefois, il est important de savoir que d'autres systèmes que le sien existent et fonctionnent. »

« Ne pas demander les aides à l'installation »

hub : « Comme Moty, j'ai un petit troupeau (30 VA) et 45 ha entièrement en location. Je gagne 1 200 €/mois et dois rembourser 1 000 € de prêt mensuel, en travaillant 30 h/semaine en moyenne. Si tu as 30 000 € d'apport, la banque te prêtes 30 000 et tu peux démarrer. Surtout ne pas demander les aides à l'installation, vaut mieux bosser à l'extérieur au début. C'est juste un conseil pour des jeunes qui veulent se lancer, le plus compliqué étant de trouver la ferme... »

Pipo : « Le seul intérêt d'avoir le statut JA n'est pas de toucher la DJA, dont le montant est anecdotique si je me souviens bien, mais de bénéficier du droit de priorité qui, lui, peut s'avérer indispensable dans certains cas. »

hub : « Si tu veux les aides à l'installation en effet, il faut direct une centaine de vaches, laitières ou allaitantes. T'as intérêt d'avoir un bon apport pour commencer ! Tout est question d'argent malheureusement et de modèle en vogue. Or, pour moi, une petite structure peut être plus viable et vivable. »

« Comment produire sans investir ? »...

steph72 : « D'autant que je n'ai jamais vu la ferraille, ni les bâtiments, prendre de la valeur en vieillissant. Notre capital, c'est notre outil de travail. Or, le prix des bovins n'a pas évolué depuis une vingtaine d'années et a même tendance à diminuer. Quant au prix du lait... Notre capital ne génère aucun intérêt, ni rémunération !! »

The germs : « Je suis d'accord avec steph72. Arrêtons la caricature ! S'il suffisait de ne plus investir pour s'en sortir, tous les agris le feraient. Il faudrait qu'on m’explique : comment les agriculteurs peuvent-ils continuer à produire sans faire aucun investissement ? (...) Mieux vaut alors cesser son activité agricole, surtout lorsqu'elle ne nous apporte presque aucun revenu... »

steph72 : « Moi, je trouve au contraire qu'il y a caricature : ceux qui n'investissent pas vivraient bien et ceux qui investissent, mal. Si l'on dépense plus que ses capacités financières ne le permettent, c'est logique d'avoir des difficultés par la suite. Mais en ne faisant pas évoluer du tout son outil de production, il se dégrade et perd de la valeur. »

Lucide : « Je connaissais un commerçant, dont l'un des clients, le meilleur disait-il, payait toujours rubis sur l'ongle. Jusqu'au jour où il est devenu l'un de ses plus mauvais payeurs... en raison d'un manque d'investissements ! (...) »

Moty : « Intéressante, cette anecdote. (...) Entre ne pas investir du tout et investir trop, il y a un juste milieu. Nous, nous investissons peu mais régulièrement, de même que nous entretenons de façon régulière notre matériel, nos bâtiments, etc. Des exploitations comme la nôtre, il y en a d'autres en France, notamment dans les réseaux d'agriculture durable. »

... et comment investir sans revenu ?

Jonathan : « On ne peut pas produire sans investir, mais comment investir sans revenu ? Quand on voit cette étude de l'Insee qui révèle de 20 % des agriculteurs n'en ont pas touché en 2017... En effet, un salaire de 1 390 €/mois pour 300 h de travail, ça fait ne fait pas lourd de l'heure, 4,63 € pour être précis. Et pour ne pas avoir de dimanche, de jours fériés, de vacances, de RTT... »

Moty : « Les analyses de comparaison de revenus et/ou de moyennes en agriculture sont toujours difficiles à interpréter, les situations individuelles étant souvent très disparates. Chacun a aussi des stratégies d'investissement différentes. Certains sont dans le vert mais investissent peu, d'autres dans le rouge en investissant beaucoup ! »

Maxens  : « Si on considère que le cours normal des productions agricoles doit permettre à un jeune de s'installer et de dégager des revenus, cela veut dire qu'il faut accepter que l'agriculteur installé avec les mêmes prix s'en sorte bien... De même, si le cours normal rend viable une exploitation de 120 ha, il faut admettre que celui qui en cultive 300 vive mieux. On en arrive à une seule question : les agriculteurs ont-ils le droit de gagner leur vie ? Ou doivent-ils rester pour être fidèles à l'image d'Épinal ? »

Sur Facebook aussi, l'article a généré une quarantaine de commentaires, axés principalement sur le sujet des revenus agricoles :

post facebook revenus agricoles 2017 etude insee (©Page Facebook de Terre-net) 


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