Conjoncture maïs Avec une récolte « honorable » mais insuffisante, les importations bondissent

Terre-net Média

La sécheresse estivale et automnale a fait baisser les rendements de maïs grains. La production française 2018 en baisse, estimée à 11,8 Mt par Arvalis et l’AGPM, est compensée par une explosion des importations (+ 24 %). Avec un écart blé/maïs supérieur à 20 €/t depuis le début de la campagne, le maïs est très attractif en alimentation animale.

Récolte de maïs grain en FranceSelon Arvalis, le rendement moyen en maïs grain est de 93,2 q/ha pour la récolte 2018 qui vient de se terminer. (©Watier Visuels) 

Le ministère de l’Agriculture prévoit une récolte française de maïs grain à 11,5 Mt, en baisse de plus de 2 Mt par rapport à l’an dernier, sous l’effet de la sécheresse qui a amputé les rendements. Les représentants de l’AGPM, l’Association générale des planteurs de maïs, ont dressé un bilan de la campagne 2018 plutôt satisfaisant au vu du contexte climatique de ces derniers mois.

« Nous estimons le rendement moyen 2018 à 93,2 q/ha, contre 96 q/ha en moyenne ces cinq dernières années. Un rendement bien loin des 102,2 q/ha moyens de 2017. « Le déficit pluviométrique n’a pas épargné les maïs dans bon nombre de régions », a commenté Gilles Espagnol, responsable environnement à l’AGPM et animateur des Irrigants de France, lors d’une conférence de presse mercredi 24 octobre.

Malgré un rendement en baisse de près de 10 % par rapport à 2017, « la tendance des rendements reste bonne sur le long terme », explique-t-il. « Dans plusieurs régions, l’irrigation permet de doubler le rendement. »

Outre des rendements légèrement inférieurs à la moyenne quinquennale, la sécheresse, qui sévit aujourd’hui sur plus de 60 départements, a eu un autre impact significatif : l’AGPM estime à au moins 50 000 ha la surface en maïs grain finalement ensilée pour les besoins fourragers des élevages durement touchés par une production d’herbe largement déficitaire.

Résultat : les disponibilités françaises à l’exportation se retrouvent réduites pour la campagne de commercialisation 2018-2019. « Les exportations, essentiellement vers l’UE sont attendues en baisse par rapport à l’an passé. » Les opérateurs devraient exporter 4,1 Mt en Europe pendant cette campagne, contre 4,9 Mt l’an passé (- 16,1 %).

Les exportations devraient d’autant être moindre que le maïs est très attractif pour l’alimentation animale. « L’écart de prix blé/maïs est supérieur à 20 €/t depuis le début de la campagne. » À tel point que la France va importer « des volumes significatifs de maïs sur des zones déficitaires ». Franceagrimer estime les importations 2018-2019 à 750 000 t, bien supérieures aux 605 000 t importées en 2017-2018.

L'écart de prix entre le blé et le maïs a fortement augmenté ces derniers mois, dépassant les 30 €/t au 9 octobre 2018

Ecart de prix entre les différentes céréalesÉcart de prix entre les différentes céréales (©Franceagrimer) 

Du maïs ukrainien, bulgare et roumain pour les élevages français

« Certains opérateurs estiment même que les importations pourraient atteindre près de 1 Mt, explique l’AGPM. Plusieurs bateaux ont ou vont ainsi décharger des maïs roumains ou bulgares dans les ports de Laval, Dunkerque ou Brest. Les maïs ukrainiens pourraient aussi bénéficier de cette situation. Si une partie de ces flux sont conjoncturels, des importations structurelles semblent clairement se mettre en place sur certaines régions. »

« Côté prix, le contexte français a motivé une hausse des prix du maïs plus forte qu’au niveau mondial. Malgré la forte baisse constatée en août et en septembre, les prix français s’affichaient à mi-octobre en hausse d’une vingtaine euros par rapport aux prix catastrophiques de 2017 », comment l’AGPM. Néanmoins sur ces bases, l’écart de prix à l’exportation vers les destinations traditionnelles reste important par rapport aux offres ukrainiennes en particulier. »

Une situation confirmée par Offre et demande agricole. « Les cours du maïs subissent de manière de plus en plus marquée la concurrence des maïs ukrainiens et sud-américains. L’avancée des récoltes ukrainiennes ne fait en effet que confirmer les excellentes perspectives de production en mer Noire. Les prix ukrainiens sont ainsi de plus en plus compétitifs. »

Les importations françaises en hausse témoignent d’une situation similaire en Europe. « La production européenne est attendue en légère baisse à 62 Mt contre 65 Mt l’an passé selon les dernières estimations de la Commission européenne, les bonnes performances en Roumanie, Bulgarie, et dans une moindre mesure, en Italie ne compensant pas le retrait de la France, de l’Allemagne et de la Pologne », note l’AGPM. « Cette situation devrait bénéficier en 1er lieu à l’Ukraine, qui avec une production en nette hausse, estimée à 31 Mt, devrait conforter sa place de 1er fournisseur de l’UE. » Pour cette campagne 2018- 2019, l’UE devrait ainsi confirmer sa position acquise l’an passé de 1er importateur mondial de maïs.


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