L'actu de Terres Inovia Égrenage et graines germées en pois protéagineux et colza

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L’été pluvieux occasionne de nombreux problèmes de germination sur pied sur les céréales, ainsi que sur les pois protéagineux, les lentilles et le colza par endroits. Les experts Nord-Est de Terres Inovia reviennent sur les éléments de connaissance concernant ce phénomène et ses conséquences sur la qualité de la récolte 2021. (Article mis à jour le 29/07/21 à 12h10)

Graines de pois protéagineux et de colza germées dans le Nord-EstGraines de pois protéagineux et de colza germées dans le Nord-Est. (©Aurore Baillet/Terres Inovia)

Le phénomène de germination « sur pied » se met en place lorsqu’une forte humidité permanente (pluies répétées) entrave l’entrée en dormance des graines qui requiert une période de dessiccation des graines.

Quelles conséquences sur le colza ? 

Observée notamment dans le Nord-Est cette année, la germination des graines de colza dans les siliques avant récolte est un phénomène peu fréquent en France. Les derniers signalements datent de 2014 sur quelques territoires (Allier, Bourgogne, Champagne, Picardie). L’enquête sur la qualité des graines de la récolte déployée sur le terrain par Terres Inovia, en partenariat avec Terres Univia et Cap Protéines, devrait nous permettre d’objectiver la fréquence et l’intensité de ce phénomène à l’échelle du territoire national.

Un impact sur la teneur en huile à chiffrer

Le processus de germination des graines consomme très rapidement une partie non négligeable de l’huile contenue dans les graines et accroît sensiblement le taux d’acidité oléique de l’huile. Si le phénomène en est à sa phase de démarrage - petite radicule visible - l’impact reste limité. Si le phénomène est plus avancé, la perte en huile peut être plus marquée et le taux d’acidité peut croître rapidement.

La teneur en huile des graines sera donc impactée par ce phénomène de germination sur pied. Toutefois, il est difficile de définir a priori à quel niveau d’impact. En effet, la teneur en huile des graines de colza d’une variété donnée est la résultante de nombreux facteurs affectant la physiologie de la plante principalement durant la phase floraison à maturation.

La qualité de l’huile peut aussi être affectée car la germination favorise un processus connu sous le nom d’« acidification » qui est en général plutôt un accident de conservation dû au stockage de graines trop humides à des températures excessives. L’endommagement mécanique des graines (fissurées ou cassées) contribue également à une telle acidification.

Rappel de quelques conseils de bon sens à la collecte

Au regard des conditions climatiques, il est possible que des lots hétérogènes soient collectés. La ventilation des lots avec des graines germées permettra de réduire l’humidité ; mais surtout de réduire le métabolisme de la graine et le développement de microorganismes qui peuvent occasionner des échauffements et accélérer la formation d’acidité dans l’huile. Le séchage doit être envisagé pour des lots rentrés au-delà de 10-12 % d’humidité.

Bon à savoir : Les graines de colza germées ne sont pas des impuretés. La norme NF EN ISO 658 (§3.1) spécifie que les impuretés dans les graines oléagineuses sont les corps étrangers, organiques ou non, autres que les graines de l’espèce en question.

Et pour les pois protéagineux ?

Du côté des pois protéagineux, chaque épisode pluvieux a appuyé la végétation et a conduit finalement à des parcelles très versées et un couvert très plat difficile à récolter dans certains secteurs du Nord-Est notamment. Le scénario climatique et la verse ont été favorables au développement de maladies aériennes (ascochytose, botrytis ou encore sclérotinia) après la floraison. L’arrivée tardive de l’ascochytose notamment a limité son impact sur le rendement. Toutefois, la maladie qui s’est développée superficiellement sur les parois des gousses a pu contribuer à les fragiliser et a pu atteindre les graines et provoquer des taches sur celles-ci.

Au-delà des maladies, les conditions climatiques très pluvieuses après une période sèche ont fragilisé les parois des gousses, ce qui accentue la sensibilité à l’égrenage et favorise la ré-humectation des graines. Les averses ou orages violents ont eu raison des gousses déjà mûres et provoqué leur ouverture. L’humidité et les températures basses en cours de maturation, quant à elles, ont favorisé la germination des graines sur pied. Il est trop tôt pour avancer s’il existe des différences entre variétés en fonction de leur tenue de tige et leur précocité à maturité ou en fonction des dates de semis.

Graines germées : pas d’impact sur la composition de la graine et la qualité nutritionnelle

Rappelons tout d’abord que les graines germées ne sont pas comptabilisées dans les impuretés dans les contrats type de commercialisation Incograin. La présence de graines germées dans les lots est pénalisante pour le débouché alimentation humaine car la qualité visuelle est dégradée, d’autant plus s’il y a aussi des graines tachées. En revanche, la présence de graines germées dans les lots n’est pas un frein à l’utilisation en alimentation animale. La germination ne modifie pas la composition de la graine comme l’indique des essais réalisés par l’INRA et l’UNIP en 1987 et le risque mycotoxine est faible. En effet, les résultats de cette étude indiquent que la germination n'altère pas la valeur alimentaire en volailles (énergie métabolisable) et que les champignons qui se trouvent sur les graines ne produisent pas de mycotoxines. Dans un autre essai sur porcelets (ITCF-UNIP 1987), la consommation d’un lot avec de nombreuses graines de pois germées n’a eu aucune incidence sur la croissance des animaux. Les indicateurs de croissance sont en effet identiques à ceux obtenus avec un lot de pois sans graines germées.

Conseil pour la conservation des lots récoltés

Les lots en cours de récolte peuvent contenir une proportion non négligeable de graines vertes et avoir une humidité globale importante. Il est donc primordial de prendre certaines précautions pour bien les conserver.

L’humidité optimale pour récolter les graines est de 17-18 %. À ces valeurs, les graines sont plus résistantes aux chocs mécaniques et la récolte ne nécessite qu’une ventilation de refroidissement nocturne pour ramener les graines à 14-15 % d’humidité. Une récolte est toutefois possible dès 18-20 % d’humidité. Dans ce cas, une ventilation séchante de jour (case ou cellule) ou alors un séchage à air chaud (en ne dépassant pas 90°C pour ne pas altérer la qualité des graines) s’avèrent nécessaires pour une bonne conservation des lots.


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