; Zoom sur la combinaison de facteurs qui expliquent la flambée des engrais

Marché des engrais azotés Flambée de l'urée : quand les circonstances font boule de neige

Terre-net Média

Coûts du gaz, pertes de production, problèmes logistiques, etc. : le spécialiste des engrais Mike Nash revient sur les causes de la flambée mondiale des prix des engrais azotés.

Avalanche, montagnePour l'expert Mike Nash, c'est une conjonction de facteurs qui a mené à la flambée catastrophique des cours des engrais azotés (©Pixabay) À l’occasion d’une série de conférences du groupe Argus media, organisées fin novembre sur l’interdépendance entre marché des engrais et marché des céréales, l’expert des engrais Mike Nash est revenu sur la flambée des prix de l’urée.

Sur les causes de l’explosion des coûts, il évoque un « perfect storm », c’est-à-dire que toutes les circonstances se sont combinées pour produire le pire résultat possible sur l’urée en particulier, et plus généralement sur tous les engrais azotés.

Le gaz naturel est essentiel pour la production d'ammoniac, lui-même à la base de la production des engrais azotés : la hausse phénoménale de ses prix a fait exploser les coûts de production de l’urée, « surtout dans la zone européenne ».

« Il n’est plus économique de produire de l’urée » en  Europe

Ainsi, l’urée produite en Ukraine coûte actuellement 866 $/t FOB*, soit trois fois plus qu’en Chine, et dont plus de 800 sont dus aux coûts des matière premières, décrit l’expert. Aux Pays-Bas, le coût total est de 772 $/t FOB, dont 700 pour les matières premières.

« Avec des coûts de production aussi élevés, il n’est plus économique de produire de l’urée », explique Mike Nash. D’où une réduction de la production et donc de la disponibilité : «  La moitié de l’offre ukrainienne a été coupée, et l’approvisionnement de l’Europe de l’ouest a été sévèrement réduit, surtout en septembre et en octobre ».

Lire aussi : « En France, les unités de fabrication d’engrais tournent », rassurait début novembre l'Unifa

La dépendance européenne à l’urée de l’Égypte, fournisseur majeur du marché mondial, s’est alors accrue. La demande a explosé, propulsant à la hausse les prix de l’urée égyptienne : ils avoisinaient 200 $/t FOB* en décembre 2020 et ont flambé à partir de septembre 2021 pour dépasser 900 $/t en novembre.

En parallèle, « les prix des engrais ont aussi grimpé sur le marché intérieur dans certains pays européens, comme la France », note l’analyste.

L’ouragan Ida a accéléré les importations d’urée aux USA

D’autres facteurs que la flambée du gaz ont contribué à la situation sur le marché des engrais azotés. Par exemple : les phénomènes climatiques extrêmes.  Aux États-Unis, gros producteur et importateur de fertilisants, l’ouragan Ida (26 août - 4 septembre 2021) a ainsi accéléré les importations d’urée.

« Il est assez fréquent que des ouragans frappent le pays au 3 e trimestre au niveau du Golfe du Mexique. Mais cette fois, CF industries a stoppé ses unités de production ». L’usine de production d’engrais azotés basée à Donaldsonville (Louisiane) a de fait fermé le 29 août par sécurité face à la menace de l’ouragan, avant de reprendre progressivement ses activités à partir du 9 septembre.

Or « ce site produit 2,64 millions de short tons (2,39 millions de tonnes métriques) par an, c’est une production significative !, reprend Mike Nash. Les pertes de production et les répercussions sur la chaîne logistique ont entraîné des importations inhabituelles ».

Et les prix internationaux orientés à la hausse ont propulsé à des sommets les prix de la barge d’urée vrac dans les ports étasuniens.

La Chine a restreint ses exportations pour cause de pénurie

L’une des causes majeures de la baisse de l’offre internationale en urée, c’est aussi et surtout la pénurie en Chine, le premier fournisseur mondial : elle en a exporté 5,5 Mt en 2020, soit 10 % du commerce mondial.

Pourquoi ce retrait de l’offre chinoise à l’export ? « Il y a eu des contrôles environnementaux accrus qui ont réduit la production, des pannes d'électricité dues aux inondations, des coûts élevés du charbon alors que la Chine en est très dépendante… », liste l’expert.

Les autorités ont donc décidé de restreindre les exportations afin d’assurer l’approvisionnement du marché chinois et limiter la hausse des prix intérieurs.

« Les inspections douanières se sont intensifiées mi-octobre, retardant les expéditions », poursuit Mike Nash, et les livraisons d’engrais ont été interrompues au départ des ports du nord de la Chine : Qingdao, Tianjin, Qinhuangdao et Huanghua.

L’Inde peine à répondre à sa demande

La baisse de l’offre chinoise est particulièrement problématique pour le marché indien, «  premier importateur mondial d’urée », représentant 54 % des commandes d’urée venue de Chine.

« Malgré leurs efforts pour être autosuffisants, les Indiens sont encore très dépendants des imports, explique Mike Nash. Ils n’ont pas de production nationale constante à cause de goulots d’étranglement logistiques », renforcés par la pandémie de Covid.

La demande indienne est « estimée à 5 Mt d’urée sur le dernier trimestre 2021 », un pic d’importation habituel en Inde qui correspond à la saison du rabi, c’est-à-dire des cultures semées en novembre après la mousson et récoltées au printemps : blé, orge, moutarde, sésame et pois.

Mais «  seulement 730 000 tonnes ont pu être obtenues lors d’un appel d’offre courant du 1 er octobre au 17 novembre », alerte Mike Nash (depuis cette intervention, le ministre indien chargé des engrais a annoncé un arrivage de 1,6 Mt d’urée fin novembre, NDLR).

Pas d’offre supplémentaire en provenance de la Russie et de l’Égypte

« Par un effet domino », la Russie a réagi à l’offre mondiale limitée en restreignant elle aussi l’export d’engrais, de façon à maintenir la disponibilité sur son marché domestique. Début novembre, le gouvernement a imposé un plafond de 5,9 Mt jusqu’au 31 mai.

« Ce sont des restrictions habituelles, dont l’effet sera limité, précise le spécialiste. Mais ça veut dire qu’il n’y aura pas d’offre supplémentaire sur le marché mondial. Il y a un impact psychologique sur les marchés ».

Même scénario en Égypte, qui renforce les contrôles sur les exportations d’urée. Les producteurs doivent réserver 55 % de leur production au marché intérieur, et notifier au ministère de l’agriculture leurs plans d’exportation.

Voilà qui « ne laisse qu’une fenêtre très réduite pour des exportations supplémentaires », conclut Mike Nash. Et devrait contribuer à la tension sur les prix des engrais azotés dans les semaines qui viennent.

Pour surveiller les évolutions des cours des matières premières agricoles, connectez-vous sur Les marchés agricoles de Terre-net.fr

*prix FOB, « free on board » : le vendeur a la charge des marchandises jusqu’au bateau ; l’acheteur paie le prix du produit plus le transport, les taxes d’exportation et les assurances liées à l’expédition.


© Tous droits de reproduction réservés - Contactez Terre-net


Tags

A lire également

Chargement des commentaires


Contenu pour vous

Terre-net Média