[Reportage] Colza associé Une pratique aux multiples intérêts, mais soumise à la sécheresse cette année

Terre-net Média

À la frontière entre la Côte d'Or et l'Yonne, Dominique Picoche conduit la culture de colza en association avec la féverole depuis quatre ans. Gain de rendement, atténuation des dégâts de ravageurs à l'automne... : l'agriculteur observe les nombreux intérêts de cette pratique. Toutefois, la sécheresse de 2018 a aussi montré quelques limites.

Dominique PicocheDominique Picoche a mis en place la technique du colza associé depuis quatre ans sur son exploitation, et en est globalement très satisfait. En cette fin janvier, toutes les féveroles sont détruites grâce au gel. (©Terre-net Média) Dans la belle région de Fain-lès-Moutiers en Côte d'Or, Dominique Picoche cultive 400 ha de grandes cultures, en commun avec son voisin. Depuis quelques années, « la culture de colza est de plus en plus soumise à des contraintes comme la résistance des ravageurs, une gestion compliquée des adventices ou une réglementation accrue concernant la fertilisation azotée… », selon Michael Geloen, ingénieur régional Nord-Est chez Terres Inovia. La technique du colza associé semble être un des leviers potentiels pour faire face à cela. S'intéressant aux pratiques d'agriculture de conservation des sols, Dominique Picoche a découvert cette technique il y a quatre ans, et depuis il la met en place sur la totalité de sa sole de colza.

L'exploitation en quelques chiffres :
  • SAU : 400 ha
  • Assolement : 100 ha colza, 150 ha blé, 80 ha orge d’hiver, 30 ha orge de printemps, 38 ha tournesol, 2 ha pois chiche (essai)
  • Stockage à la ferme de l’ensemble des cultures (sauf pour le tournesol). Livraison à partir de janvier à la coopérative locale.
  • Types de sol : terres argilo-calcaire superficielles pour la plupart du parcellaire.
  • Potentiel de rendement : blé 60-65 q/ha, colza 28-30 q/ha, orge d’hiver 60-65 q/ha, orge de printemps 40-55 q/ha (réservée aux bonnes terres), 25-28 q/ha tournesol (bonnes terres aussi). 

Un itinéraire technique assez simple à mettre en place

Pour Dominique Picoche, la conduite du colza associé reste assez proche de celle du colza seul. « J’effectue généralement un déchaumage après moisson et un passage de glyphosate (1 l/ha) afin d’éliminer les repousses de blé ou d’orge », explique-t-il. « Le semis est à réaliser au début du mois d’août, pendant la première décade pour permettre une levée rapide du colza et des féveroles ». L’agriculteur sème un mélange de 4 à 5 variétés lignées de colza à 3 kg/ha et des féveroles de printemps à environ 60-70 kg/ha. Parmi les variétés de colza, il y a « environ 5 % d’Es Alicia afin de lutter contre les méligèthes au printemps. J’utilise des semences fermières pour le colza et des semences achetées aux coopératives voisines (dans la Marne ou la Seine-et-Marne) pour les féveroles (environ 16 €/ha) afin de limiter les coûts ».

Grâce à son semoir à trois trémies, Dominique Picoche ajoute également 70 kg/ha d’engrais starter (DAP) dans la ligne de semis pour booster la levée des plantes et termine par un passage de rouleau. Selon Terres Inovia, la conduite du colza associé permet de « réduire la fertilisation azotée de 30 % ». L’agriculteur y associe 60 unités de soufre. À la reprise de végétation, il met aussi 3 l/ha de bore sur ses colzas. Côté maladies, il a souvent recours à un seul passage fongicide à la chute des pétales, contre le sclérotinia (Pictor Pro 0,2 l/ha et Caramba Star 0,35 l/ha).

Colza associéAfin de limiter les coûts, Dominique Picoche n'achète pas de semences certifiées et s'en procure auprès de coopératives agricoles voisines. « Il devient toutefois difficile de trouver des semences de féveroles, beaucoup d'agriculteurs arrêtent d'en cultiver », commente l'agriculteur. (©Dominique Picoche)

À noter toutefois : les programmes de désherbage classiques sont généralement phytotoxiques sur légumineuses, selon Terres Inovia. Les applications de prélevée sont déconseillées. Dominique Picoche préfère un désherbage de post-levée précoce, à dose réduite : « j’utilise par exemple Novall à 0,6 l/ha, 2 fois à 15 jours d’intervalle, précise-t-il. Cette année, je n’ai pas eu besoin de réaliser de désherbage d’automne avec les conditions sèches ».  Le programme est complété par le passage d’un Ielo (1,5 l/ha) en décembre.

« Aucun insecticide » et un gain de rendement de « 2,5 à 4 q/ha »

Outre une mise en place assez facile sur son exploitation, Dominique Picoche relève d'autres atouts de cette pratique. La culture de colza est fortement soumise aux dégâts causés par les larves de grosses altises et les charançons du bourgeon terminal notamment ; et les moyens de lutte insecticide sont de plus en plus limités. « Nous sommes dans une véritable impasse dans notre région. Les grosses altises sont désormais résistantes aux pyrèthres », précise l’agriculteur. Le passage au colza associé a montré une action très positive sur les attaques de ces ravageurs d'automne, lui permettant de supprimer ses deux passages d'insecticides (environ - 10 €/ha). « Est-ce grâce à l'effet leurre des féveroles pour les insectes ? », se demande Dominique Picoche.

Depuis ces trois années de pratiques, il note aussi « un gain de rendement de 2,5 à 4 q/ha » grâce aux bandes témoin mises en place sur plusieurs parcelles. Là encore, l'agriculteur constate des bénéfices sans savoir exactement les expliquer : « Est-ce l'effet azote des féveroles ? Ou bien l'enracinement du colza favorisé par les légumineuses ?  »

Des semis 2018 dans le sec, non sans impact pour le colza associé

Seul ou associé, les cultures de colza n’ont malheureusement pas été épargnées par la sécheresse 2018 en Bourgogne-Franche-Comté, comme pour de nombreuses autres régions françaises. Sur son exploitation, Dominique Picoche n’a pu semer que 80 ha sur les 120 prévus. « J’ai préféré ne pas semer au-delà du 12 août, car aucune précipitation n’était prévue rapidement et les semis tardifs peuvent entraîner des soucis par la suite avec les grosses altises ».  Malgré cette précaution, parmi les 80 ha semés, 22 n’ont pas du tout levé et ont dû être ressemés en orge d’hiver. En janvier, 13 ha supplémentaires ont été retournés et seront implantés en tournesol au printemps. L’agriculteur est couvert avec une assurance aléas climatiques, qui devrait rembourser les charges dues au ressemis.

Colza associé 2017Colza associé 2018
Comparaison entre une parcelle de colza associé sortie hiver semée en 2017 (à gauche, ©Dominique Picoche) et une semée en 2018 (à droite, ©Terre-net Média). Cette deuxième photo représente l'une des parcelles où les féveroles ont le mieux poussé chez Dominique Picoche.

Pour les parcelles de colza associé encore en place, les féveroles ont levé de manière assez hétérogène et semblent ne pas avoir pu remplir toutes leurs fonctions. « On estime que le couvert est bien développé, lorsqu'il est supérieur à 200 g/m² », précise Michael Geloen. La chambre d’agriculture de Côte d’Or suit une parcelle de Dominique Picoche avec la méthode Berlèse et a comptabilisé en janvier 10 larves de grosses altises par pied et jusque 50 dans certains endroits ! « C’est une année exceptionnelle, je n’ai jamais vu ça », indique l’agriculteur. Pour se protéger contre ces risques, Terres Inovia propose de « mélanger plusieurs couverts complémentaires » pour essayer « d’assurer au moins une association au colza, quelles que soient les conditions de levée de l’année ». Des légumineuses telles que le fenugrec, la gesse, la lentille… peuvent ainsi être utilisées. Cela permet aussi de « jouer sur la complémentarité des bénéfices des couverts : enracinement complémentaire au colza pour améliorer son exploration du sol, bonne capacité de stockage d’azote à l’automne puis de libération de celui-ci au printemps, couverture du sol pour concurrencer les mauvaises herbes et rechercher une hauteur de végétation suffisamment importante pour perturber les insectes ».


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