L'info marché du jour Appétit chinois, sécheresse au Brésil, le cours du maïs gonfle tous azimuts

AFP

Appétit sans limites connues de la Chine, stocks qui s'épuisent à vue d'œil, et sécheresse menaçant les récoltes au Brésil : tous les signaux sont au rouge pour le maïs, dont le cours flambe, peut-être pour quelque temps encore...

epis de maisLe cours du maïs prennent la même direction que ces épis, et cela pourrait durer ! (©Pixabay) 

Une Chine insatiable

« Sur la campagne 2020-21, on a eu des récoltes très moyennes de maïs, notamment aux États-Unis et en Ukraine, qui ont commencé à tendre le marché mondial de la céréale, mais c'est surtout les achats sans précédent de la Chine qui ont vraiment mis le feu aux poudres », a rappelé Sébastien Poncelet, directeur du développement au sein du cabinet Agritel. La Chine, qui achetait globalement ces dernières années, entre 2 et 5 Mt grand maximum de maïs par campagne, en a acquis plus de 30 Mt sur la campagne 2020/21, principalement en provenance d'Ukraine et des États-Unis.

Lire aussi l'info marché du jour du 17/05/21 : 5 Mt de maïs US vendues à la Chine en 6 jours !

Si la reconstitution du cheptel porcin chinois, décimé par une épidémie de peste porcine africaine, a été régulièrement évoquée ces derniers mois pour expliquer cet appétit, les raisons sont en réalité « multifactorielles », selon M. Poncelet, qui explique que les Chinois n'avaient tout bonnement « plus de maïs ». Car, outre la forte croissance de la demande de maïs en Chine, notamment liée au domaine de l'élevage mais aussi à la reprise économique globale, le pays a connu une baisse de l'offre depuis cinq ans. « Depuis 2015 et la fin du prix garanti, les surfaces de maïs ont baissé en Chine et les productions réelles ont probablement été bien plus faibles que les chiffres officiels », indique M. Poncelet, selon qui « on est arrivé à l'été 2020 avec un quasi-épuisement des stocks que les Chinois devront reconstituer pendant plusieurs campagnes ».

La Chine a importé plus 30 Mt de maïs cette campagne !

Des stocks en berne

Au-delà du cas chinois, les stocks de maïs ont fondu ces dernières années. Aux États-Unis, premier producteur mondial, les stocks sont ainsi passés de 56 à 48 Mt, entre 2019 et 2020, selon des estimations du ministère américain de l'agriculture. Selon les dernières projections de ce dernier, ils pourraient descendre à 34 Mt cette année. Une projection jugée optimiste par Sébastien Poncelet, qui table sur une baisse plus forte encore, à 26,5 Mt.

Une hypothèse confortée par l'appétit chinois pour les prochaines récoltes : entre le 7 et le 11 mai, par exemple, un volume d'affaires à hauteur de 3,06 Mt a ainsi été déclaré par les exportateurs américains vers la Chine. « Cela valide notre théorie qu'il y en aura pour plusieurs années à reboucher ce déficit chinois », a estimé M. Poncelet.

+ 50 % pour le cours du maïs depuis début 2021.

Le principal contrat de maïs qui s'échange sur la plateforme du marché de Chicago a plus que doublé depuis un an, et atteint récemment 7,32 dollars le boisseau, son plus haut à la clôture cette année. C'est un record depuis février 2013, avec une hausse de plus de 50 % depuis le début de l'année. Cette flambée des cours du maïs entraîne avec elle d'autres céréales comme le blé fourrager, devenu de ce fait beaucoup plus compétitif en aliment du bétail.

La récolte brésilienne en danger

Les principales zones de production de maïs du Brésil, deuxième exportateur mondial, vivent « une sécheresse historique qui n'a pas été connue depuis le début des années 2000 », selon Marc Zribi, chef de l'unité grains et sucre de FranceAgriMer, lors d'une conférence de presse. En jeu, la « safrinha », deuxième récolte annuelle de maïs au Brésil, qui, en dépit de son nom qui signifie « petite récolte », représente habituellement les trois quarts de la production annuelle de maïs. Résultat, le dernier rapport de l'USDA a révisé à la baisse de 7 Mt la récolte brésilienne à 102 Mt, une estimation encore nettement trop optimiste, de l'avis général des experts.

Une production encore abaissée de 7 Mt.

Une flambée partie pour durer ?

À en croire les spécialistes du secteur, il faudrait un « miracle » pour enrayer cette course folle du maïs. « Tous les arguments en toile de fond sont haussiers pour le maïs », a ainsi résumé Paul Désert-Cazenave, responsable de l'analyse de marché chez Logaviv.

L'expert appelle aussi à garder en tête « l'aspect lié à la consommation de biocarburants et à la politique un peu plus verte côté américain », puisque le maïs est également utilisé pour produire des carburants. Il estime en outre qu'il est un peu tard pour que les agriculteurs américains, attirés par les prix qui flambent, se décident à semer du maïs en dernière minute, « d'autant que les cours du soja ont également crevé le plafond ces dernières semaines ». Pour être fixé, il faudra guetter un rapport américain sur les semis, attendu fin juin.

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