[Paroles de lecteurs] Bio et aides Pac Quand les lecteurs commentent les commentaires des lecteurs

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78 commentaires. Jamais un Paroles de lecteurs n'aura été aussi commenté ! Le bio fait donc partie des thématiques suscitant le plus de débats sur Terre-net. Autre sujet ayant inspiré pas mal de commentaires (23 en tout) au cours de l'été : les aides Pac, notamment la sempiternelle guéguerre qu'elles provoquent entre les céréaliers et les éleveurs.

paroles de lecteurs commentaires des commentaires bio et aides pac « Pourquoi les agriculteurs devraient-ils être plus blancs que le reste de la population ? À quand des charpentiers bio, des informaticiens bio, des commerciaux bio... », se demande The germs. (©Jan Engel, Fotolia // Création Terre-net Média)

Tomy : « Effectivement, le choix du bio ou non appartient aux producteurs. Mais beaucoup d'agris passent à ce mode de production, car la demande augmente fortement au niveau européen. Les raisons de cette augmentation sont diverses : respect de l'environnement, amélioration de la qualité de l'eau (baisse des nitrates et phosphates), réduction des pesticides (dans les aliments, le sol, l'eau, l'air...), des maladies (cancers notamment), lutte contre le réchauffement climatique. Pour de nombreux producteurs bio, le bonheur, c'est l'autonomie décisionnelle sur son exploitation. »

Baldin  : « Sur le principe, je suis OK : chacun fait ce qu'il veut chez lui. Mais quand il existe des limites, notamment des incidences pour les voisins ou la société en général, je ne suis plus d'accord. D'autant que les agriculteurs reçoivent des milliers d'euros de cette même société. Imposer une contrepartie me semble plus que normal. »

Faire du bio : un choix appartenant aux producteurs ? De là à vouloir que tous se convertissent... 

Pipo  : « Des incidences chez le voisin ? Prouvez-le ! Nous recevons des milliers d'euros de l'UE parce que celle-ci maintient artificiellement les prix des produits agricoles à un niveau dérisoire, ce qui profite en premier lieu aux consommateurs, qui majoritairement recherchent toujours les prix les plus bas. Alors votre contrepartie... Les agriculteurs font la course à la prime ? Vous ne devez pas connaître le montant des aides Pac, ni le prix des terres... Bref, vous ne connaissez rien à rien. »

S'ensuit alors toute une discussion sur la légitimité des aides Pac, en particulier entre Baldin et Pipo, dépassant largement le sujet de départ, l'agriculture biologique, pour aboutir à un dialogue quasi de sourds avec certains lecteurs, probablement non agriculteurs, qui remettent en cause ces soutiens avec des arguments pas toujours fondés.

Hub : « Peu importe tous vos commentaires, sachez qu'en agriculture biologique, il y a des gens motivés, passionnés par ce qu'ils font, confiants dans l'avenir, plein de ressources, enjoués et qui oeuvrent au quotidien pour protéger leur cadre de vie. »

The germs : « La question n'est pas de savoir si les gens qui sont en bio sont intéressants, motivés, enjoués. Il y en a évidemment et ils sont d’ailleurs les meilleurs ambassadeurs de leur système de production. Mais est-ce, pour autant, une raison pour obliger toute une profession à faire la même chose, en ne prenant pas en compte de surcroît les spécificités de chacun ? Aujourd'hui, tous les Français ne jurent que par les légumes bio en vente directe sur une petite surface. Très bien, mais si on veut que cela devienne le nouveau modèle de société, où va-t-on trouver 4 à 5 millions de jeunes pour faire ce métier ? On n'a pas déjà assez d'écoles pour les former. Les politiques, les journalistes, les associations nous vendent un modèle alors qu'ils n'ont pas les moyens de leur engagement !! »

Production insuffisante, mycotoxines,  charge de travail, prix, etc. : le bio a ses revers selon les lecteurs 

The germs : « J'ai longtemps été à fond pour le bio. J'ai fait mes études universitaires dans ce sens et ma ferme est proche, dans son fonctionnement, de ce mode de production. Mais pour connaître l'envers du décors, je ne suis plus très pressé de me faire certifier. Qu'on se le dise, le bio sert de caution environnementale à tout le pays. Tout le monde est très content quand vous vous convertissez en bio, au point de s'en approprier tout le mérite. Lorsqu'il y a eu le scandale des moteurs diesel trafiqués, je n'ai vu aucun commentaire, ni aucune émission télé ou radio insultante, vis-à-vis des salariés de ces entreprises, pourtant responsables. Lorsqu'il y a un scandale lié à un médicament, personne n'insulte les médecins prescripteurs, ni les employés des firmes incriminées. D’ailleurs, on ne demande pas expressément aux docteurs de se faire certifier bio... Alors pourquoi les agriculteurs devraient-ils être plus blancs que le reste de la population ? J'aimerais avoir un charpentier bio, qui ne laisse pas la moitié de ses pointes par terre (quel gaspillage !) ou un informaticien bio qui protège l'environnement, ou encore un commercial bio qui ne fait plus des milliers de kilomètres en voiture... Alors non, je ne suis plus très pressé. Surtout qu'en tant qu'éleveur, j'ai des chances de disparaître avec la vague vegan avant d'être passé en bio. »

The germs : « N'oublions pas la phrase type des "bobos" : « Je protège l'environnement car je consomme des produits bio...», qui sous-entend que ceux, qui ne mangent pas bio, polluent... Et c'est encore la faute des méchants agriculteurs. Car si les consommateurs cherchent surtout des prix bas et ne peuvent pas manger bio, c'est parce que les paysans ne fournissent pas assez de productions végétales et animales bio. La preuve que le consommateur ne veut faire de l'environnement que si ça ne lui coute pas plus cher. Les "bobos" ne font qu'ordonner à leurs voisins de faire ce qu'ils ne font pas eux-mêmes. Ils s'intéressent beaucoup aux pollutions des autres, mais ne cherchent pas, ou à la marge, à nettoyer devant leur porte... Par exemple, la pollution engendrée par l'informatique ne dérange pas les bobos. Ils militent pour plus de bio dans les cantines et, en même temps, pour que les cours soient dispensés sur tablettes tactiles, polluantes et fabriquées dans le tiers monde. Vive l'écologie !! »

Pipo  : « Le lait bio, la viande bio, etc. : OK, mais il faudra nourrir les animaux avec des aliments bio eux aussi... Le soja importé OGM à 80 % ne me paraît pas trop compatible avec le bio. Du pain bio ? Avec du blé bio donc ? C'est chouette, on va quintupler le prix de la baguette ! Heureusement que tout le pain n'est pas bio, sinon le prix de la baguette exploserait encore davantage du fait de rendements moindres en blé bio. »

Lacroix : « Le bio est un retour en arrière, malgré la mécanisation et les techniques actuelles. Produire bio c'est diminuer les rendements, avec des risques sanitaires supplémentaires en termes de mycotoxines. Donc on va vite être confrontés à des famines et par conséquent à des guerres. »

Plouf : « Les bénéfices de la protection phytosanitaire sont 100 fois plus importants que ses inconvénients. »

Titian : « Sans parler d'un aspect rarement évoqué : le travail en plus ! Déjà que c'est aux agriculteurs d'essuyer les plâtres suite aux nombreux problèmes techniques posés par l'agriculture biologique, avec parallèlement une concurrence mondiale accrue ! Nos donneurs de leçons nous répliquent souvent qu'il faut développer les circuits courts, soit la transformation et la commercialisation par les producteurs eux-mêmes, mais sans les payer plus. »

Arnaud : « Le bio est un marché de niche. Le jour où la production dépasse l'offre, c'est la mort des producteurs ! C'est pourquoi les grandes surfaces nous lavent le cerveau avec le bio. En fait, c'est surtout bon pour leur portefeuille !!! Si les "phytocondriaques" veulent manger bio, ils n'ont qu'à faire un jardin et se mettre à quatre pattes pour désherber à la main !! Il faudrait aussi laisser les boues d'épuration dans les stations car ces polluants de la ville polluent les sols agricoles. »

Chercher des compromis plutôt qu'opposer systématiquement bio et conventionnel

Titian  : « Parlons-en des revers de l'agriculture bio, y compris pour l'environnement. En grandes cultures par exemple, les sols s'appauvrissent en raison d'un travail intensif. Les adeptes du tout bio et détracteurs de l'agriculture conventionnelle doivent comprendre qu'aucun système n'est parfait. Il vaut mieux chercher les compromis. Après le mirage chinois Synutra, c'est celui du bio pour un même résultat, la "désagricolisation" de la France. »

Arnaud  : « Super, les citadins font n'importe quoi en ville et il faudrait que la campagne soit une sorte de Disneyland pour eux le weekend ! »

Steph72  : « Qui a dit que nous faisons n'importe quoi à la campagne ? De la critique gratuite en généralisant les mauvaises pratiques de quelques-uns. Mais c'est vrai, le bio il n'y a rien de plus sain, surtout s'il vient de l'étranger... »

Là encore, le débat s'écarte rapidement de l'agriculture bio pour se limiter à des rivalités stériles entre agriculteurs et citadins qui se focalisent, pour la plupart, sur les produits phytos et occultent les pollutions urbaines du monde moderne, sans écouter les explications apportées par les producteurs.

Maxens : « Qu'est-ce qui vous permet d'affirmer que l'agriculture conventionnelle n'est pas saine ?? L'espérance de vie augmente il me semble... »

Baldin : « Il faut un juste milieu. Je ne suis ni un écolo défenseur du 100 % bio avec des parcelles de 0,5 ha bordées de haies, ni pour des plaines de plusieurs dizaines d'hectares où les haies ont été rasées et où même les fossés sont labourés. »

Beaucoup d'entre vous ont également réagi durant l'été au Paroles de lecteurs : Série sur la Pac − La baisse des aides Pac ravive l'éternelle guéguerre entre céréaliers/éleveurs 

Phil47 : « Il est plus facile de se mettre en phase avec un dossier Pac pour toucher le maximum que de produire ce qui est payé au juste prix avec des moyens qui sont en adéquation avec le potentiel de la production. »

Marius : « Toujours ce sujet récurrent. Le lobbying des céréaliers est très fort au sein de la FNSEA avec d'anciens dirigeants devenus ministres qui pèsent toujours au niveau gouvernemental. Et les autres n'ont que des miettes pour les faire taire. »

Near01775@terrenet : « C'est très représentatif des discours dans les campagnes. Surtout cela montre que le système de la Pac est obsolète et qu'il faudrait mieux mettre en place un dispositif d'assurance revenu selon le chiffre d'affaires et que l'UE donne des aides pour pouvoir y souscrire. »

Maxens : « Et oui les politiques ont de beaux jours devant eux car ils savent diviser pour mieux régner. Mais encore une fois, nous avons accepté la non-rémunération des produits agricoles à leur juste prix pour la remplacer par les primes Pac. Ne soyons pas naïfs, même nos collègues, ou nos syndicats, ont trouvé leur compte dans ce schéma. »

Achille : « C'est effarant de lire ces messages… Les politiques ont en effet de beaux jours devant eux ! Pour ce qui est de l'avenir des exploitations agricoles par contre, la règle générale est toujours le "chacun pour sa g...". Nous n'avons encore pas compris qu'il ne faut pas compter sur les autres (politiques, distributeurs, citoyens…) Nous faisons d'ailleurs déjà notre mal sans eux car avons accepté bien des choses et avons même provoqué certaines situations ! Des terres achetées 15 000 euros l'hectare, des montages douteux, etc., acceptés par les élus locaux. Ne venons pas pleurer que le prix du blé soit bas et les aides insuffisantes. Quand à l'élevage, je fais les deux et l'un me prend plus de temps que l'autre. Devinez lequel...

Francky : « Il faudrait plutôt se demander pourquoi l'agriculture est subventionnée dans plus de la moitié des pays du monde et non rémunérée à sa juste valeur ? »

Diabolo61 : « Si on supprime les aides Pac, au moins la moitié de l'agriculture française disparaît. »

Steph72 : « C'est vrai que sans agriculture, tout serait plus simple. Plus de pollution, plus de Pac.. la vie rêvée, quoi ! L'inconvénient : les agriculteurs ne seront plus les boucs émissaires responsables de tout. »

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