[Paroles de lecteurs] Datura D'où vient cette mauvaise graine, comment la dompter ?

Terre-net Média

Si la plupart des lecteurs de Terre-net pensent qu'il faut éliminer le datura, ils ont plus de mal à se mettre d'accord sur l'origine de cette plante toxique et sur les moyens pour limiter sa propagation. Et la discussion vire malheureusement vers une opposition entre les différentes techniques culturales, notamment entre le bio et le conventionnel, alors qu'il y a sans doute du bon à prendre dans chacune.

paroles de lecteurs mauvaises herbes datura« Rotations, associations, plantes compagnes, sols couverts, réduction ou suppression du travail du sol me semblent des leviers intéressants » contre le datura, explique Cabeillade. (©Arvalis-Institut du végétal // Création Terre-net Média) Pour eric17 : « Ce sont les entrepreneurs avec leurs moiss-batt qui propagent le datura. (...) » « Ce qui est "amusant" avec cette adventice, poursuit-il, c'est sa faculté à germer plus de 20 ans après avoir été amenée par la machine du voisin. »

Mais selon Jean, « cette mauvaise herbe pullule dans les cultures bio ».

« Apporté par les moissonneuses-batteuses »

moi-même renchérit : « L'une des déconvenues des producteurs bio : la difficulté d'enlever manuellement les daturas dans plus d'une dizaine d'hectares de culture ! D'où leur déclassement en conventionnel !! Et bien évidemment, on évite de leur dire avant leur conversion à l'agriculture biologique... Autre surprise : le datura germe tout l'été, quelles que soient les plantes cultivées. Perso, j'ai décidé d'arrêter le maïs car il est infesté de datura, apporté par les moissonneuses-batteuses. (...) »

« Une déconvenue des bios » ?

gibero  ajoute : « Si on écoute les bios, un bon coup de bineuse suffirait à éliminer le datura alors qu'en fait, ça ne fait que les multiplier comme pour les chardons ou l'ambroisie. Dans quelques années, ils auront réussi à nous envahir de plantes toxiques comme avec les coquelicots. Mais bon, c'est bio alors... (...) »

Datura, chardon, ambroisie, coquelicot...

titian rejoint gibero : « (...) Les coquelicots ne sont en effet pas signe de fertilité comme certains le prétendent, c'est même l'exact contraire... »

Seb n'est pas d'accord : « Les coquelicots indiquent un sol dégradé et le datura un sol pollué. Depuis mon passage en bio, avec des couverts végétaux et sans labour, le datura a disparu de mes champs mais il y a d'autres adventices. Mettre trop de nitrates et de phytos tue le sol et le datura rappelle à l'ordre ! » 

En moindre quantité en ACS...

titian le rejoint : « D'après Gérard Ducerf, cette adventice, comme beaucoup d'autres plantes toxiques, est un indicateur de pollution des sols. Au regard du peu de datura en agriculture de conservation des sols (ACS), il est possible que le travail du sol intensif en relargue. En outre, les millions de graines ainsi "mises au frigo" peuvent germer pendant plus de 50 ans. On en retrouve alors dans les soja et les tournesols. Avec le poison de la sève qui souille les graines dans les batteuses, beaucoup de récoltes sont déclassés en raison d'un très mauvais taux d'alcaloïdes ! »

Des millions de graines "au frigo" avec le travail du sol, parfois pendant plus de 50 ans !

gibero s'étonne : « Peu de mauvaises herbes en agriculture de conservation ?? On les reconnaît de loin pourtant les champs conduits en AC : envahis de mauvaises herbes de toutes sortes et certains agris ne moissonnent même pas ! »

... Ou plutôt en semis direct

titian rectifie : « gibero, je ne parle que des daturas et en semis direct ! (...) Après tu as raison, il faut toujours rester humble et prudent même si on observe des choses intéressantes, notamment un changement de flore adventice. »

Cabeillade partage le point de vue de titian, « voyant très peu de levées de datura chez les agris en semis direct ». « Cette plante, dans son biotope primaire, pousse sur des nappes d'hydrocarbures et des sols produisant des nitrites, complète-t-il. Personnellement, j'en ai beaucoup moins quand le sol reste couvert pendant l'hiver, même si effectivement le travail du sol au printemps engendre des levées. J'en remarque pas mal dans les parcelles au travail de sol intensif et où sont épandus avec excès du fumier de volaille ou des fientes déshydratées. »

« Un indicateur des déséquilibres de nos sols »

Massol, lui « ne comprend pas ce duel bio/non bio, agriculture de conservation/semis direct/agriculture conventionnelle ». « Le salissement des parcelles est surtout dû à l’absence ou l’insuffisance de rotation, qui favorise l’infestation par telle ou telle plante. La mieux est de passer en agro-écologie et après quand on maîtrise, on décide de passer ou pas en AB. Chez nous, au bout de 17 ans d’agro-écologie et 11 de bio, plus de rumex, ni de chardon mais des pâturins, RGA et trèfles divers. »

Bio, pas bio, ACS, SD... le problème n'est pas là.

Cabeillade rebondit : « Un commentaire qui fait plaisir à lire. Bio, pas bio, ACS, SD... le problème n'est pas là. Personne ne se demande pourquoi on n'observe absolument aucune levée de datura dans une prairie multi-espèces avec zéro herbicide. Cette plante, comme les autres adventices, sont avant tous des indicateurs des déséquilibres que souvent nous entretenons dans nos parcelles. Rotations, associations, plantes compagnes, sols couverts, réduction ou suppression du travail du sol me semblent effectivement des leviers beaucoup plus efficaces pour répondre à ces problématiques que la chimie systématique ou le désherbage manuel. »


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